4 février et notre énergie verte est déjà épuisée

Ce lundi, c'est le Grey Day en Belgique, c’est-à-dire le jour de l'année où l'équivalent de l’énergie verte que nous produisons en un an est épuisé. C’est ce qui ressort de calculs réalisés par VRT NWS et Canvas sur base des chiffres fédéraux. Jusqu'à la fin de l'année, les Belges devront donc se contenter d'énergie "grise", produite à partir du nucléaire ou d'énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon).

L’an dernier, le Grey Day était tombé le 2 février. Il y a donc une maigre amélioration de 2 jours cette année. Si la Belgique poursuit la "verdisation" de son parc de production électrique au rythme actuel (+0,4% annuel), l'énergie ne sera totalement renouvelable dans notre pays que dans 227 ans. Donc pas en 2050, comme prévu, mais en 2245.

Quelque 13% du total de l’énergie que nous consommons en Belgique devrait être l’an prochain de l’énergie verte. Or en 2016 la part de l'énergie renouvelable dans notre pays était de 8,7%. Un an plus tard, elle était de 9,1%. Si nous utilisions d’un seul coup toute l’énergie verte que nous produisons en un an, nous ne tiendrions cette année pas plus de 33 jours. Dès ce 4 février, nous carburions donc uniquement à l’énergie "grise".

Pour atteindre les objectifs européens, nous aurions dû aller deux fois plus vite. L’an dernier, VRT NWS avait ainsi calculé que Grey Day devait tomber cette année le 6 février. Et pas le 4 février, comme c’est finalement le cas. Alors que l’an dernier nous avions progressé de 4 jours par rapport à l’année précédente, cette fois nous n’avons avancé que de 2 jours. Et cela alors que nous aurions eu besoin d’une accélération du rythme pour atteindre les objectifs européens de 2020.

HDW

Pourquoi sommes-nous si lents ?

En 2017, la Flandre n’a réalisé qu’une petite avancée dans le domaine de l’énergie verte, alors que le ministre de l’Energie de l’époque, Bart Tommelein (Open VLD, photo), optait résolument pour l’énergie renouvelable. Il a investi en masse dans les éoliennes et les panneaux solaires comme source d’énergie verte. Et avec succès : les chiffres ont largement augmenté et Tommelein a fait mieux que les prévisions.

Mais l’énergie verte ne comprend pas que l’électricité. Elle englobe aussi la chaleur verte (les poêles à bois ou pellets, les pompes à chaleur ou chauffe-eau solaires). Et la Flandre l’a un peu oublié et a moins bien presté dans ce domaine. Notamment la combustion de la biomasse (bois et déchets) a rapporté nettement moins d’énergie qu’escompté, alors que la vente des chauffe-eau solaires a diminué de 30% et que les pompes à chaleur ont perdu en popularité.

ALLE RECHTEN AAN DE FOTOGRAAF

Mais la Belgique ne se limite évidemment pas à la Flandre. La Wallonie et Bruxelles doivent aussi fournir leur part d’énergie renouvelable. Et le gouvernement fédéral est, lui, responsable pour les parcs à éoliennes en mer du Nord, au large de la côte belge. Mais il n’est pas clair si ces autorités ont rempli leurs engagements et en quelle mesure elles l’ont fait.

Mais il se peut aussi que la nature vienne ralentir le processus, plus spécifiquement le vent et le soleil. Ces derniers sont évidemment déterminants dans la production d’énergie réalisée par les éoliennes et les panneaux photovoltaïques. Une année pauvre en soleil et vent peut ainsi faire baisser considérablement les chiffres de l’énergie renouvelable produite.

La consommation croissante d’énergie peut également faire baisser le pourcentage d’énergie renouvelable. Notre consommation totale en énergie est cependant à la baisse depuis des années. D’après la FEBEG - la Fédération belge des entreprises électriques et gazières -, la consommation en 2017 était ainsi moins importante qu’en 2016. On ne peut donc expliquer la production limitée d‘énergie verte par une consommation qui serait en hausse.

BELGA/LALMAND

Il faut aller plus vite

Une chose est claire : à ce rythme, la Belgique ne parviendra pas à atteindre les objectifs pour 2020. Et il lui sera dès lors de plus en plus difficile de respecter les objectifs pour 2030. D’ici là, l’Europe veut avoir atteint 32% d’énergie renouvelable. La Belgique a rendu ses premiers plans et vise seulement 18,3%. C’est, comparativement, moins ambitieux que les 13% pour 2020.

Il n’est pas facile pour la Belgique de développer de façon massive de l’énergie verte. Notre pays n’est pas le plus ensoleillé au monde et ne possède pas d’immenses espaces pour des parcs à éoliennes. Mais tout le monde se rend bien compte que nous devons accélérer le rythme. Car au tempo actuel, il faudra près de 230 ans à notre pays pour atteindre 100% d’énergie renouvelable.

Il faut accélérer le pas, car la Belgique n’est pas vraiment le meilleur élève de la classe. L’Union européenne n’a pas encore divulgué les chiffres pour les autres pays membres. Elle devrait le faire d’ici quelques semaines. Mais d’après les dernières comparaisons en date - celles de 2016 -, il semblerait que seuls trois pays s’en sortent encore moins bien que la Belgique : Malte, les Pays-Bas et le Luxembourg.

Il faut donc multiplier les efforts, avec pour premier objectif de repousser le Grey Day de 2020 au 10 février. Cela représenterait un bond de 6 jours.

A l’occasion du Grey Day, la chaîne de télévision Canvas (VRT) consacre toute une semaine au thème du climat, depuis le 2 février. Toutes les informations sont reprises sur canvas.be