La ministre des "Fausses Affaires", les journaux flamands pas tendres avec Joke Schauvliege (CD&V)

Les éditorialistes des journaux flamands ont des mots très durs pour Joke Schauvliege au lendemain de sa démission de son poste de ministre de l’Environnement. Mais le CD&V, le parti de l’ex-ministre est également pointé du doigt et il est confronté à son image.

Het Laatse Nieuws

"Tant de larmes qu'on en oublierait ses mensonges". Sur sa une, Het Laatste Nieuws regarde à travers les larmes de Joke Schauvliege. Jan Segers lui renvoie ainsi qu’au CD&V une image douloureuse.

"Le dossier Schauvliege confronte les démocrates-chrétiens à leur raison d’être", conclu Jan Segers. "Durant un demi-siècle, le CVP/CD&V s’est vanté de faire la synthèse entres des intérêts contradictoires", ceux de la défense du climat et de l'agriculture. "Le problème du CD&V n'est pas que ce parti n'a pas de visage. Le problème, c'est qu'il y en a deux", c’est la dure conclusion. "Un visage de droite et de gauche. Et quand ils se regardent, ils se dévisagent".

Het Nieuwsblad

Pour la rédactrice en chef de Het Nieuwsblad, Liesbeth Van Impe, le mensonge de Schauvliege dépassait les bornes. "Schauvliege n’avait peut-être pas l’impression d’avoir menti, mais elle était bien la seule" écrit-elle. 

"Achevée par le climat (hostile)". Liesbeth Van Impe parle même de manœuvres dignes de Trump, manœuvres qui ont aussi fait du tort au CD&V qui se présente comme étant un parti raisonnable du centre. Tout comme Jan Segers, Liesbeth Van Impe conclut que "pour le CD&V il est temps à présent de trouver sa place sous les projecteurs".

De Standaard

De Standaard voit la démission de Joke Schauvliege comme le symptôme du très mauvais climat au CD&V. Le rédacteur en chef du Standaard Karel Verhoeven va jusqu’à qualifier Joke Schauvliege de "ministre des Fausses Affaires".

C’est ce qu’elle a montré lors de son discours samedi devant les membres de l'ABS, un syndicat agricole flamand. En s'appuyant sur les fortes épaules des agriculteurs, elle pouvait dire du mal de ses opposants, les jeunes manifestants pour le climat. Pour une fois, elle semblait dire publiquement ce qu'elle pensait vraiment. Ce qui, bien sûr, l'a confondue comme ministre des "Fausses Affaires", "invariablement du mauvais côté" et qui, selon Verhoeven, n'a jamais défendu l'intérêt général". Et là encore, la conclusion est la suivante : "elle n’est que le produit d’un CD&V proche du monde rural".

De Morgen

"Sorry ce n’est pas suffisant", titre De Morgen. Le rédacteur en chef Bart Eeckhout éprouve un peu de compassion pour Joke Schauvliege. Mais estime que la ministre a creusé elle-même sa propre tombe avec "une pelle clientéliste" en se tenant ouvertement du côté des agriculteurs, comme une "marionnette du Boerenbond".

Bart Eekhout souligne par ailleurs que c’est aussi le talent de Schauvliege : Elle sait parfaitement qui sont ses électeurs : les gens qui ne veulent pas modifier leurs traditions rurales ni que des  militants à la mode qui s’occupent de l’environnement ou du climat touchent à leurs intérêts.

La conclusion d'Eeckhout est très dure : "Au fond de lui, le CD&V reste toujours la même machine de pouvoir. Nulle part ailleurs cela n’existe aussi clairement que dans la politique environnementale flamande, délibérément sabotée ces dix dernières années".

De Tijd

"Le CD&V, déstabilisé avant les élections après la démission de Schauvliege" écrit De Tijd. Le commentateur Bart Haeck pose une question importante  sur la déclaration qui est devenue fatale à Schauvliege : "Soit elle a divulgué des informations extrêmement discrètes (de la Sécurité d'Etat, ndlr), soit elle a simplement menti.
Mais qui pense qu’il sera soudain facile de réconcilier le milieu de l’agriculture et les défenseurs de l’environnement – comme Schauvliege avait essayé de le faire – se demande Bart Haeck.  Ceux qui veulent concilier une défense du climat et un fort pouvoir d’achat se trompent également, c'est aussi la conclusion.