De "grand succès" à "moins d’impact que prévu" quel est le bilan de cette grève nationale ?

La grève nationale de ce mercredi a-t-elle vraiment paralysé le pays ? Ou l'impact était-il tout simplement plus faible que ce que les entreprises redoutaient ? Comment cette grève a-t-elle été suivie ? Nous faisons le point dans les différents secteurs et régions du pays.

La grève nationale de ce mercredi a été assez bien suivie dans l'ensemble. Les effet ont surtout été ressentis dans les secteurs classiques comme les transports en commun, les aéroports et les ports maritimes. Dans le cas des transports en commun, il y a eu indéniablement beaucoup de perturbations chez De Lijn, la STIB et les TEC: très peu de bus et de trams ont circulé en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles.

En raison du service minimum en vigueur à la SNCB, l'inconvénient pour les voyageurs a été légèrement moindre, ou du moins plus prévisible : environ la moitié des trains circulaient aujourd'hui. Ce matin, cela s'est traduit par une heure de pointe exceptionnellement calme sur les autoroutes : de nombreux navetteurs avaient clairement pris leurs précautions. Pour les taxis de Bruxelles, c'était un grand jour : ils ont eu deux fois plus de clients que d’habitude.

Selon la société flamande de transports en commun De Lijn, 17% de ses chauffeurs ont pris la route mercredi après-midi, un pourcentage équivalent à celui de ce matin. "Les passagers doivent tenir compte des fortes perturbations pour le reste de la journée", souligne le porte-parole Tom Van de Vreken. Les chauffeurs non-grévistes ont été affectés aux lignes prioritaires.

L'activité dans le port d'Anvers était toujours ralentie mercredi après-midi, avec une trentaine de navires bloqués, en attente de sortir ou d'entrer, selon le gestionnaire du port. Le changement de shift a lieu à 19h00 et le retard accumulé pourra alors peut-être être résorbé, bien que les dockers fassent grève jusqu'à jeudi matin. "Cela pourra prendre entre 24 et 36 heures."

Seules quelques écluses sont opérationnelles, ce qui limite fortement l'activité.

Le trafic aérien était totalement paralysé : aucun avion ne pouvait décoller ni atterrir à cause de la grève chez le contrôleur aérien Skeyes. Il n'y a donc eu aucune activité dans les aéroports de Zaventem, Charleroi et Liège.

Dans les usines, cette grève a surtout eu un impact dans les grandes entreprises à savoir dans les secteurs traditionnels où les syndicats sont puissants. La grève était beaucoup moins perceptible dans les PME. Selon l'association professionnelle Unizo, seuls 4 % des petites et moyennes entreprises étaient en grève.

Mais cela ne veut pas dire que ces PME n’ont pas été touchées par la grève. Certains employés n’ont pas pu se rendre dans leur entreprise à cause des blocages des filtrant dans les zoning dans les zones industriels ou à cause de la grève dans les transports en commun et puis les fournisseurs ont aussi parfois rencontrés des problèmes. Unizo estime qu'environ 10 à 15% des PME ont été impactées.

L'impact est moins important dans les secteurs des services tels que les banques, l'informatique, les commerces et la grande distribution. Chez Carrefour, 44 supermarchés sont restés fermées, chez Delhaize 68. La grève dans les grands magasins s’est surtout concentrée à Bruxelles et en Wallonie. Les magasins indépendants étaient tous ouverts.

Dans l'enseignement, la grève a été particulièrement bien suivie dans les grandes villes comme Anvers, Bruxelles ou Gand. Dans le réseau de la Communauté flamande, une minorité d'enseignants ont fait grève alors que dans le réseau libre, la nuisance pour les élèves était généralement minime.

Dans le secteur de la santé la grève a été très peu ressentie. Chez Bpost, la distribution du courrier était globalement assurée dans l'ensemble du pays. Les tournées des journaux ont ainsi été effectuées à plus de 95%, tant en Wallonie qu'en Flandre et à Bruxelles. Quant à l'acheminement des lettres et des colis, la situation était meilleure dans le nord que dans le sud du pays, où seules 68% des tournées étaient assurées.

Succès" ou non, une telle journée de grève nationale laissera des traces d’un point de vue économique. L'association professionnelle Voka estime le préjudice économique de la grève à "au moins un demi-milliard d'euros". Quant au ministre de l'Économie Kris Peeters (CD&V) il a même cité ce matin le chiffre de 929 millions d'euros. Marc Leemans, président de l'ACV, sourcille lorsqu'il entend ces montants : "Cette journée de grève aurait donc coûté plus cher que l’augmentation salariale que les employeurs auraient pu donner ? C'est le monde à l’envers".

Depuis mardi soir 22h, une grève nationale était menée par les trois grands syndicats FGTB, la CSC et la CGSLB dans tout le pays. La raison de cette grève nationale est l'échec des négociations sur un accord interprofessionnel (AIP) du secteur privé pour la période 2019-2020. Le Conseil central de l'Économie a fixé à 0,8% la marge de progression salariale en plus de l'indexation. Aux yeux des syndicats, cette marge est insuffisante. Ils exigent une hausse du pouvoir d'achat.