L’expédition Belgica 121 va jauger le changement climatique dans l’Antarctique

Une dizaine de scientifiques belges quittent ce mardi le pays pour rejoindre l'Antarctique à bord d'un voilier (photo). Ils vont étudier la biodiversité marine et la présence de plastique dans l'Océan Austral. Ils espèrent également rassembler des informations concernant l’impact du changement climatique sur la vie marine. Un premier essai d’expédition avait échoué l'an dernier. "Le bateau n'avait pas tenu. Nous faisons une nouvelle tentative", explique Bruno Danis, chercheur au Laboratoire de Biologie marine de l'ULB et chef de l'expédition.

Les chercheurs - issus de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et de sa consœur néerlandophone VUB, de l’Université catholique de Louvain KU Leuven, de l’Université de Liège, mais aussi d’universités de Bourgogne et du Royaume Uni - vont observer la manière dont les écosystèmes marins antarctiques répondent au réchauffement climatique. "Ces écosystèmes, auparavant préservés, subissent des changements environnementaux rapides qui se manifestent par une hausse de la température de l'eau, des changements de salinité et une fonte des glaciers, avec un impact direct sur la biodiversité", explique Bruno Danis.

Il s'agira de "réaliser un travail de recensement détaillé de la biodiversité, jusqu'à des profondeurs atteignant une centaine de mètres", poursuit-il. L’ADN d’invertébrés leur sera utile pour découvrir l’impact de changements climatiques par le passé. Autre point d'attention: la présence de particules de plastique dans l'Océan Austral, considéré jusqu'il y a peu comme relativement préservé par la pollution.

La particularité de l'expédition est qu'elle se déroule sur un voilier léger qui pollue peu et doit limiter l'impact environnemental des recherches, menées traditionnellement à bord d'un brise-glace. Baptisé Australis, le voilier de 23 mètres de long "permet aussi une plus grande agilité et d'aller plus près des côtes", ajoute le chef de la mission Belgica 121.

L’expédition antérieure avait échoué

L'année dernière, un premier essai s'était soldé par un échec en raison d'un problème lié au moteur du navire. "Il a fallu rentrer", regrette encore Bruno Danis. Les chercheurs font donc une nouvelle tentative.

Ce mardi, ils s'envolaient depuis Brussels Airport vers l'Argentine, où ils prendront le large à Ushuaïa vers le 22 ou le 23 février. "La date exacte dépend des conditions météorologiques", précise le biologiste belge. Les scientifiques rejoindront ensuite le détroit de Gerlache, dans la péninsule Antarctique, où ils jetteront l'ancre pour un mois.

L'été austral touchant à sa fin, les chercheurs de la mission Belgica 121 devraient bénéficier d'un temps relativement clément. Si tout se déroule comme prévu, ils seront de retour en avril.

L’expédition de 1897 en mémoire

Le nom de la nouvelle expédition rappelle le premier voyage d’exploration entrepris par des Belges dans l’Antarctique entre 1897 et 1899 avec des objectifs purement scientifiques. Il était mené par le marin Adrien de Gerlache, au départ d’Anvers sur le Belgica (photo).  A son bord se trouvaient également l’Américain Frederick Cook et le Norvégien Roald Amundsen, qui revendiqueront respectivement la conquête du pôle Nord et celle du pôle Sud, et du passage du Nord-Ouest.

Avant d’arriver dans l’Antarctique, plusieurs membres de l’équipage avaient abandonné le bateau, à bord duquel semblait régner un problème de discipline et des querelles. Prisonnier des glaces pendant de longs mois près de l’île Pierre Ier, le navire belge fut le premier à hiverner officiellement dans la région antarctique.

Les membres de l'expédition vécurent dans des conditions météorologiques très rudes, mais purent récolter une quantité importante de données scientifiques et rapporter des observations sur le cycle annuel en Antarctique. Ils rentrèrent au port d’Anvers en 1899, et inspirèrent par la suite d’autres nations à partir à la découverte du continent polaire.