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30 ans d’immersion linguistique : un engouement principalement francophone

Les écoles en immersion connaissent un véritable engouement en Wallonie et à Bruxelles. Pourtant des problèmes subsistent au niveau de l'organisation scolaire. Il n’est pas évident de dénicher des locuteurs natifs prêts à enseigner en Wallonie et à Bruxelles. Mais des solutions sont à l’étude. En Flandre, par contre, cette pédagogie demeure encore très marginale.

Si l’enseignement du néerlandais comme seconde langue est obligatoire dans la Région de Bruxelles-Capitale, en Wallonie, cela reste une option. Dans l’enseignement secondaire, on constate que le néerlandais est de moins en moins souvent choisi comme première langue étrangère. En Flandre, par contre, le français est imposé dès le primaire. Les petits francophones sont-ils dès lors, moins bilingues que les petits Flamands? Rien n’est moins sûr car il faut ajouter un élément à ce constat : le succès des écoles en immersion linguistique, qui célèbrent cette année leurs 30 ans d'existence en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le 14 février dernier avait lieu dans la commune de Pecq une réunion de directeurs d’écoles qui pratiquent cette pédagogie.  La petite commune se situe non loin de la frontière linguistique, à 17 km de Courtrai.

Les écoles pionnières

La première école à avoir pratiqué l’immersion en Belgique est l’Athénée Léonie de Waha à Liège,  il y a tout juste 30 ans. Elle fut suivie par une école de Mouscron (Hainaut) puis de Frasnes-lez-Anvaing (Hainaut). Aujourd’hui on trouve des écoles en immersion dans toute la Wallonie, et bien sûr dans les 19 communes de la région de Bruxelles.

Le décret qui réglemente ce type d'enseignement a été voté en 1997, puis modifié en 2007, en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ces dernières années, le nombre d'écoles en immersion n'a cessé d'augmenter et s'élève aujourd'hui à plus de 200. Il n’existe toutefois pas de chiffres sur le nombre d’élèves suivant ce programme.

Bain linguistique

L’enseignement par immersion peut être organisé tant au niveau du fondamental que du secondaire, et ce dans les trois langues nationales.

L’idée de l’immersion est de plonger les élèves, dès le plus jeune âge, dans un bain linguistique grâce à des enseignants "native-speaker" qui donnent cours dans leur langue maternelle. Ces enseignants peuvent dispenser des cours de mathématiques, de sciences, de géographie ou d’histoire. Dans certaines écoles fondamentales, l’apprentissage de la lecture se fait dans la seconde langue mais ce n’est pas souvent le cas.  

Vrais problèmes, fausses idées

"De plus en plus de parents ont pris conscience de l’importance du bilinguisme en Belgique pour trouver du travail et du fait que l’apprentissage d’une second langue commence dès le plus jeune âge", a confié Benoît Dremaux, directeur de l’école Communale de Pecq.

Des problèmes subsistent encore au niveau de l'organisation scolaire. Il est notamment très difficile de trouver un remplaçant lorsqu’un enseignant tombe malade. Il peut aussi y avoir des stagiaires néerlandophones mais se pose alors le problème des déplacements et du logement. L’association "Un Toit deux âges" qui propose des logements intergénérationnel par la formation de binôme entre un étudiant et un sénior constitue  une éventuelle solution. Une formule spéciale "stage" pourrait ainsi être créée selon les besoins.

Le manque de motivation des enseignants néerlandophones à venir travailler en Wallonie est souvent expliqué par un salaire moins avantageux. Or, il s’avère que la rémunération est quasi similaire, mais que le nombre d’heures de cours est, lui, inférieur en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Autre problème : il n'existe actuellement aucun manuel scolaire spécifique. Les manuels francophones ne sont pas traduits en néerlandais. Les enseignants néerlandophones qui ne comprennent pas le français ont souvent du mal à s'intégrer dans le milieu scolaire, ce qui limite le partage d'expérience avec leurs collègues.  

La Flandre a raté le train de l’immersion

La Flandre accuse un grand retard en ce qui concerne l’immersion. Cet enseignement est autorisé depuis le 1er septembre 2014, mais uniquement dans l’enseignement secondaire.

Seules 25 écoles ont pour l'instant intégré le CLIL (Content and Language Integrated Learning). Plus de 3 100 élèves peuvent suivre un certain nombre de matières telles que l'histoire, l'informatique, l'économie ou la géographie en français, en anglais ou en allemand.

Pour que l’immersion donne de bons résultats, le directeurs de l'école de Pecq estime que les parents doivent idéalement faire preuve de soutien. Le fait d’envoyer ses enfants dans une école en immersion relève parfois d’un choix politique, mais est surtout motivé par des raisons économiques.
 

Les membres de DirImmersion se sont réunis à Pecq pour partager leur expérience sur l'enseignement en immersion.