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Retour des djihadistes: "Les responsables politiques préfèrent opter pour l’illusion de la sécurité"

Si notre Etat de droit est aujourd’hui apte à juger les combattants belges détenus en Syrie et en Irak, les responsables politiques préfèrent opter pour "l’illusion de la sécurité", estime le politologue de l’Université de Gand, Carl Devos. Invité mardi soir sur le plateau de l’émission "De Afspraak", il remarque qu’une "approche rationnelle de la problématique est compliquée électoralement".

"Le problème des combattants belges de l’Etat islamique est pénible car ces individus sont perçus par beaucoup comme les pires personnes sur terre", explique Carl Devos. Le débat est vif depuis que le président américain Donald Trump a appelé les Européens à rapatrier et juger les djihadistes originaires de leurs pays, et actuellement détenus en Syrie.

"Pendant longtemps, les politiciens se sont dit : on les laisse là, ils ne reviendront pas, on les en empêchera. L’idée que ces djihadistes pourraient rentrer crée un énorme sentiment d’insécurité. La tentation est dès lors grande d’opter pour l’illusion de la sécurité : s’ils restent là-bas, ils ne causeront pas de souci. Qu’ils se fassent juger là-bas, punir, et peut-être exécuter", analyse Carl Devos.

Des politiques pris de court

"Si cette discussion était prévisible, elle a malgré tout surpris de nombreux partis. Ils pensaient pouvoir s’épousseter en réglant le sort des enfants de djihadistes de moins de 10 ans, mais l’appel de Trump a accéléré les choses. On ressent bien que les partis n’étaient pas prêts à ça", relève le politologue.

Au sein des différentes formations politiques, les positions divergent parfois, et les idées fusent dans tous les sens. "On entend ainsi le président de la N-VA, Bart De Wever, dire que ça ne lui pose pas de souci si les djihadistes belges sont condamnés à mort en Irak. Dans De Morgen, le président des jeunes du CD&V, Sammy Mahdi, évoque une liste noire de terroristes qui peuvent être abattus. Ce genre de sentiment est ressenti par beaucoup de gens, même s’il est en contradiction avec nos conventions", souligne Carl Devos.

Selon le politologue, aucune solution politique n’interviendra sur le sujet avant les prochaines élections du 26 mai. "C’est impossible. Nous avons un Parlement qui travaillera encore grosso modo 50 jours, et le gouvernement minoritaire est divisé. Le dossier sera certainement repris dans l’accord gouvernementale de la prochaine coalition, qui ne sera, dans le meilleur des scénarios, pas en place avant octobre ou novembre", conclut-il.   

Selon le politologue Carl Devos, aucune solution politique n’interviendra avant les élections du 26 mai.