Caricatures de juifs à Alost : la Commission UE condamne, le bourgmestre relativise

La Commission européenne a fermement condamné les représentations jugées antisémites qu'un groupe a fait défiler dimanche sur un char du carnaval d'Alost, demandant à la Belgique de "prendre les mesures qui s'imposent". De son côté, le bourgmestre de la ville, Christophe D’haese (N-VA) a exprimé sa compréhension, mais demande de "replacer les choses dans leur contexte". Unia, le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, préconise pour sa part le dialogue.

Lundi, le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB) et le Forum der Joodse Organisaties (FJO) ont dénoncé la présence de marionnettes représentant des juifs au nez crochu et aux coffres remplis d'argent dans le défilé du carnaval d'Alost. Les deux coupoles ont saisi Unia, le centre interfédéral de lutte contre les discriminations.

Hier, la Commission européenne a, à son tour, condamné les représentations en question. "Il devrait être évident pour tous que faire défiler des représentations de ce type dans des rues d'Europe est absolument impensable, 74 ans après la Shoah", a affirmé le porte-parole en chef de la Commission européenne, Margaritis Schinas, interrogé lors du point presse quotidien.

"Il incombe aux autorités nationales de prendre les mesures qui s'imposent sur la base du droit applicable", a-t-il ajouté, répétant que la Commission condamnait fermement toute manifestation d'antisémitisme.

"Personne n’y échappe"

"J’ai de la compréhension pour la situation car il faut respecter l’histoire et les blessures du passé", a réagi le bourgmestre d’Alost, Christophe D’haese (N-VA). "Mais je voudrais aussi relativiser certaines choses, et les replacer dans le bon contexte", a-t-il poursuivi.

D’après Christophe D’haese, le carnaval d’Alost est une fête populaire humoristique lors de laquelle les participants n’aiment pas qu’on leur dicte de quoi on a le droit ou non de rire. "Tout est visé, sans aucune exception. La vie politique, la vie sociale, et aussi la vie religieuse n’échappe pas à la danse. Cela fait des années que c’est comme ça", défend le bourgmestre.

Selon ce dernier, la Commission européenne doit prendre l’"absence d’intention" en compte. "L’habitant d’Alost est quelqu’un qui a le cœur au bon endroit", déclare-t-il encore.

Appel au dialogue

Unia, le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, a préconisé le dialogue que ce soit dans le dossier des élèves qui se déguisent en musulmans à l'occasion des "100 jours" à Melle, ou dans le cas des chars du carnaval d'Alost qui caricaturent les juifs, deux incidents récents qui ont heurté les sensibilités.

A propos de l'incident relevé au carnaval alostois, Unia fait valoir, mardi dans un communiqué, qu'un carnaval "est, par essence, un lieu d'autodérision, de satire, un outil de critique sociale. Impossible donc d'éviter les stéréotypes, les clichés et les généralisations. Un temps pour inverser les rôles et ne pas avoir à respecter les normes".

Mais les stéréotypes et les généralisations peuvent évidemment être offensants, rappelle Unia qui se propose donc d'inviter les différentes parties autour de la table. "Un échange entre personnes se révèle souvent précieux quand il s'agit de dépasser les préjugés", souligne Patrick Charlier, co-directeur du Centre.

Cellule de surveillance

Le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), a annoncé avec le ministre de l'Egalité des chances, Kris Peeters (CD&V), la relance de la cellule de surveillance 'Antisémitisme'. "Dans cette cellule, plusieurs services sont en contact étroit avec la communauté juive", a-t-il expliqué. "J'espère que le groupe du carnaval d'Alost et les organisations juives se rencontreront sous l'égide d'une médiation. Je trouve cela très important de se parler", a-t-il estimé.

Le ministre rappelle également qu'il existe une législation en Belgique afin de poursuivre en justice l'antisémitisme et les infractions motivées par la haine.

Selon les derniers chiffres d’Unia, le nombre d'actes antisémites a doublé en Belgique l'an dernier, passant de 56 à 101. Unia s'est également intéressé au nombre d'actes négationnistes qui ont fait l'objet de 31 dossiers en 2018. La haine sur internet à l'encontre des Juifs a, elle, quadruplé en douze mois.