Studio Brussel

L’expérience d’un Marocain en Flandre : "Je suis un grand naïf qui voue une confiance aveugle à la société"

Mohamed Ouaamari est un créateur numérique. Depuis un certain temps, il écrit des lettres sur sa vie en Flandre à ses grands-parents décédés. A l'occasion de la Journée internationale contre le racisme, ce jeudi 21 mars, Mohamed Ouaamari a lu sa 14ème et dernière lettre sur les antennes de la chaîne Studio Brussel (VRT).

"Salaam alaikum, opa et oma

Si vous étiez encore en vie aujourd'hui, vous me trouveriez incroyablement naïf ", commence-t-il . "C'est vrai, je suis un grand naïf qui voue une confiance aveugle à notre société. Je crois que je vis dans un monde où nous pouvons compter sur le bon côté de l’être humain. Et c'est justement ce monde qui est devenu la cible de ces connards de fascistes qui ne croient plus au bien".

Mohamed Ouaamari faisait référence aux attentats terroristes perpétrés dans notre pays le 22 mars 2016, il y aura trois ans demain.

"Les auteurs étaient des hommes qui apparemment me ressemblaient. Ils venaient de la même patrie que nous et avaient la même religion. Mais ils n’avaient pas la même foi ni la même conviction, car eux ne croyaient qu'à une haine aveugle.

On dit qu'il y a plus de morts causés par les accidents de la route que par des attentats terroristes. Je trouve toujours cette comparaison aberrante. Car les gens qui meurent dans un attentat terroriste sont frappés dans leur confiance aveugle. C’est une attaque qui vise le cœur de notre société.

Combien de fois n’ai-je pas pensé : "Et si quelqu’un attaquait une mosquée ?"Je me disais, "tu ne devrais pas penser cela car il y a très peu de risque qu’une chose pareille puisse se produire ici ?" Mais depuis l’attentat de Christchurch il est de plus en plus difficile de défendre cette idée. Pourtant je dois bien admettre que je reste ce grand naïf qui conserve toujours une confiance aveugle en notre société".

"Une société dans laquelle les gens ne se font plus confiance est une société faible et craintive. La méfiance est le poison avec lequel les terroristes tentent de nous  déstabiliser. Et les dirigeants politiques qui attisent cette peur et tentent de l’utiliser sont leurs complices objectifs. Le jour où la haine aveugle l'emportera sur la confiance aveugle, alors il en sera fini du vivre ensemble. Alors oui, je reste encore un grand naïf, parce que ne pas l'être serait encore pire", conclut Mohamed Ouaamari.