Le carnaval d’Alost bientôt retiré de la liste du patrimoine de l’humanité ?

Un "possible retrait" de la liste du patrimoine de l'humanité de l'Unesco du carnaval d'Alost sera examiné en décembre, après la polémique suscitée par des chars dénoncés comme antisémites. C’est ce qu’a annoncé ce vendredi l'institution des Nations Unies. Le bourgmestre d’Alost, Christoph D’Haese, estime que l’Unesco évalue mal la situation.

Le bureau du Comité du patrimoine immatériel a inscrit ce sujet à l'ordre du jour de la prochaine session du Comité, du 9 au 14 décembre prochains en Colombie, précise la même source. Le bureau condamne "toutes les formes de racisme, d'antisémitisme, d'islamophobie et de xénophobie" et prévoit que le Comité examinera le "possible retrait" du carnaval des listes de la Convention du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, selon l'Unesco.

Cette décision, prise à l'unanimité par le bureau, fait suite à une demande du secrétariat de l'Unesco, qui avait déjà condamné en mars le carnaval d'Alost. "L'Unesco se devait d'être vigilante et ferme quant aux dérives d'un festival classé au Patrimoine de l'humanité et qui en bafoue les valeurs élémentaires. Ce n'est de plus pas la première fois que ces chars racistes et antisémites défilaient dans ce festival", a déclaré la directrice générale de l'Unesco, Audrey Azoulay.

Le carnaval de la ville de Flandre orientale, inscrit sur la liste du patrimoine depuis 2010, avait déjà fait l'objet d'une condamnation par l'Unesco en 2013, mais le retrait de la liste n'avait alors pas été étudié par le Comité de sauvegarde du patrimoine, organe intergouvernemental qui prend ses décisions de manière indépendante.

Le bourgmestre d’Alost est incrédule

Christoph D'Haese (N-VA) déplore que le carnaval de sa ville puisse être retiré de la liste du patrimoine immatériel de l'Unesco à la suite de la polémique antisémite suscitée par l’un des chars. Lors du 91e cortège de carnaval, au début du mois, un char a suscité l'indignation de la communauté juive. Le véhicule était surmonté de poupées représentant des caricatures de juifs orthodoxes, installées sur des sacs d'argent.

La société carnavalesque responsable du char entendait ainsi montrer que l'événement lui-même était confronté à des économies. L'Unesco a fait savoir vendredi qu'elle envisageait d'exclure le carnaval de la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Christoph D'Haese (photo) pense que l'Unesco commet une erreur de jugement. Il répète que la société concernée n'avait pas d'intentions antisémites. Il souligne qu'"au sein du contexte particulier du carnaval, beaucoup de choses sont possibles car il n'y a pas de censure". "Nous n'allons pas autoriser que les musulmans, les catholiques ou les juifs décident de ce dont nous pouvons rire", ajoute-t-il.

D’Haese espère avoir une chance de pouvoir exprimer sa position auprès de l'Unesco. L'affaire ne semble de toute façon pas encore bouclée en Belgique. La communauté juive a exigé des excuses après le cortège, et des organisations juives influentes menacent de se retirer du secteur diamantaire anversois. Une concertation entre les différentes parties, dont la société de carnaval, est prévue.

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