Régulation du Net par les pouvoirs publics: le ministre De Backer sceptique face à l'appel de Zuckerberg

La tribune du patron et fondateur de Facebook Mark Zuckerberg appelant les pouvoirs publics dans le monde à jouer un "rôle plus actif" pour réguler Internet a laissé sceptique le ministre Philippe De Backer, en charge de l'Agenda numérique. "C'est logique que des entreprises comme Facebook réclament du changement, mais la responsabilité repose aussi en partie sur elles", a rappelé M. De Backer (Open Vld) lundi matin, sur les ondes de la VRT.

"On reproche à Facebook et à d'autres entreprises du net de diffuser des 'fake news' et de la désinformation", a souligné Philippe De Backer. Ces firmes "se sont trop peu souciées d'instaurer des freins et des contrepoids pour éviter des choses telles que (la diffusion en direct du massacre de) Christchurch."

Le ministre souligne que l'Union européenne a commencé à réagir avec sa nouvelle réglementation de protection des données personnelles (RGPD), mais "il reste encore du travail", convient-il.

"Je ne veux pas créer un ministère de la Vérité (...) mais les médias doivent agir contre des choses comme les 'bots' informatiques. C'est important de réagir rapidement pour endiguer les rumeurs avant qu'elles ne se répandent."

Le ministre réclame aussi plus de transparence sur les algorithmes utilisés par Facebook pour collecter et revendre les données de ses utilisateurs. Or, "c'est précisément sur cela qu'est construit le modèle commercial de cette entreprise."

Haine, violence, élections et vie privée

Dans sa tribune, Mark Zuckerberg avait appelé les pouvoirs publics dans le monde à jouer un "rôle plus actif" pour réguler Internet, enjoignant notamment plus d'États à s'inspirer des règles européennes en matière de protection de la vie privée.

Il estime qu'il faut de nouvelles règlementations dans quatre domaines: les contenus violents et haineux, l'intégrité des élections, la protection de la vie privée et la portabilité des données.

Facebook a essuyé les critiques sur ces quatre sujets, depuis les propos haineux publiés sur le premier réseau social au monde, l'utilisation de sa plateforme de vidéo Live par l'auteur de l'attentat perpétré dans des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande, les tentatives d'influences étrangères lors d'élections, et les inquiétudes concernant les données personnelles des utilisateurs.

La Commission européenne avait reproché fin février aux géants du Net, et en particulier Facebook et Twitter, de ne pas lui donner suffisamment d'informations sur leurs efforts contre la désinformation à l'approche des élections pour le Parlement européen prévues fin mai.