A2004

Nier ou minimiser le génocide rwandais sera bientôt punissable

Alors qu'ont lieu ce week-end les commémorations du début du génocide rwandais (1994), il y a 25 ans, et que le Premier ministre Charles Michel se rend à Kigali pour une visite officielle liée à cette commémoration, la Belgique a décidé de modifier prochainement la "loi Moureaux" afin de réprimer toute dénégation, minimisation ou tentative de justification de génocides reconnus par une juridiction internationale.

Les génocides rwandais et de Srebrenica sont donc concernés, le négationnisme de l'Holocauste ayant déjà une loi spécifique datant de 1995. La modification consiste en un élargissement de l'article 20 de la loi contre le racisme et la xénophobie, du 30 juillet 1981. La proposition de loi, dont le texte a été approuvé en commission Justice de la Chambre jeudi, sera votée en plénière "juste après les vacances de Pâques", précisait ce samedi le ministre de la Justice Koen Geens.

Le texte émanant des partis MR, CD&V, N-VA et Open VLD précise que "quiconque (...) nie, minimise grossièrement, cherche à justifier ou approuve des faits correspondant à un crime de génocide, à un crime contre l'humanité ou à un crime de guerre (...) établis comme tels par une décision définitive rendue par une juridiction internationale, sachant ou devant savoir que ce comportement risque d'exposer soit une personne, soit un groupe, une communauté ou leurs membres, à la discrimination, à la haine ou à la violence" s'expose à des sanctions pénales.

En adoptant ce texte, la Belgique se conformera en réalité aux exigences de l'Union européenne et du Conseil de l'Europe, qui réclament une telle adaptation depuis des années, rappelle Koen Geens. "Le génocide arménien ne relève pas du champ d'application de cette loi, car il ne fait pas l'objet d'une décision rendue par une juridiction internationale", précise cependant le ministre de la Justice.

Charles Michel à Kigali

Le Premier ministre se rend ce week-end à Kigali pour une visite officielle liée à la commémoration du 25ème anniversaire du début du génocide des Tutsi au Rwanda, qui a fait plus d'un million de morts selon les autorités rwandaises - environ 800.000 selon l'Onu - en trois mois et qui a également coûté la vie à 22 Belges, dont dix Casques bleus.

Cette visite, qui comprend un volet rwandais et un autre réservé aux victimes belges, fait suite à une invitation "personnelle" adressée par le président rwandais Paul Kagame au chef du gouvernement fédéral démissionnaire. Charles Michel y a répondu favorablement, contrairement au président français Emmanuel Macron qui l'a déclinée en invoquant des problèmes d'agenda. Le Premier ministre belge assistera dimanche à la cérémonie de commémoration présidée par Paul Kagame au mémorial de Gisozi, sur une des collines de la capitale rwandaise.

Cette cérémonie annuelle marque le début d'un deuil officiel annuel de cent jours - la durée du génocide, du 7 avril 1994, au lendemain de l'attentat qui avait coûté la vie aux présidents rwandais et burundais, Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira, au 4 juillet, date de la prise de Kigali par le Front patriotique rwandais (FPR), la rébellion tutsi commandée par le général Kagame. M. Kagame allumera le matin une flamme du souvenir au mémorial de Gisozi, qui abrite, dans d'immenses tombes communes, les restes de plus de 250.000 victimes du génocide, tuées à Kigali et dans les environs.

BELGA/DOPPAGNE

Charles Michel participera ensuite lundi à la cérémonie de commémoration au mémorial belge de Camp Kigali (photo), à la mémoire des dix commandos de Flawinne - assassinés le 7 avril 1994 alors qu'ils étaient chargés de protéger la Première ministre, Agathe Uwilingiyimana, une Hutu modérée, et qu'ils servaient au sein de la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (Minuar) - et des douze autres victimes belges, des civils. Le Premier ministre sera accompagné par les familles - cinq sur dix - des paras-commandos décédés, par une délégation militaire conduite par le chef de la Défense (Chod), le général Marc Compernol, et comprenant une dizaine de membres du 2ème bataillon de commandos caserné à Flawinne ainsi que par 24 élèves de quatre écoles secondaires (deux francophones et deux néerlandophones) accompagnés de professeurs.

Il s'agit d'une initiative du War Heritage Institute (WHI), le parastatal dépendant de la Défense qui a pour mission de valoriser le patrimoine militaire belge et la mémoire des conflits armés impliquant des Belges. "Le but est de les sensibiliser à ce qu'est un génocide et de leur faire rencontrer des jeunes Rwandais dont des proches ont été victimes", a résumé vendredi le directeur général a.i du WHI, Michel Jaupart, à l'agence Belga.

Au camp Kigali, là où les dix Casques bleus ont été assassinés, un petit immeuble aux murs vert pâle et toujours criblés d'impacts de balles a été transformé en "lieu-mémoire" (photo). Le site abrite aussi dix stèles en granit noir (photo) avec des pointes coupées net - comme le furent les vies de ces dix hommes - et des crans indiquent l'âge de chaque militaire défunt qu'elles représentent. Les proches des victimes civiles ne seront en revanche que peu représentées, selon Martine Beckers, dont la soeur, Claire, a tuée à Kigali début avril 1994 avec son mari rwandais et une fille "parce qu'elle était Belge".

Charles Michel doit aussi s'entretenir lundi avec Paul Kagame, qu'il a déjà rencontré à quatre reprises depuis le début de la législature - et auparavant, alors qu'il était ministre de la Coopération au développement. Ce sera la seconde visite d'un Premier ministre belge au Rwanda depuis celle de Guy Verhofstadt, qui était allé présenter le 7 avril 2000, six ans après le génocide, les "excuses" de la Belgique pour les erreurs commises. Les relations entre Bruxelles et Kigali sont désormais qualifiées de "bonnes", après avoir été à plusieurs reprises "en dents de scie".