Taxe kilométrique : Le virage à 180 degrés de la N-VA

L’instauration d’une taxe kilométrique constitue un véritable casse-tête pour la N-VA. Il n’y a pas si longtemps, le président Bart De Wever qualifiait cette taxe d’inévitable. Mais ce week-end, le parti nationaliste semble avoir pris un virage à 180 degrés. "En cause, l’idée que la N-VA puisse être associée à l’instauration d’une nouvelle taxe,  une taxe-Ben (du nom du ministre flamand de la Mobilité Ben Weyts ndlr.) Ce qui pourrait causer du tort à la N-VA en pleine campagne électorale", estime le politologue Carl Devos (UGent).

Ce mardi matin, c’était le silence radio des partis de la majorité au gouvernement flamand. Aucun de ces partis n’a voulu réagir au sujet de l’instauration d’une taxe kilométrique dite "intelligente".

Le ministre flamand de la Mobilité Ben Weyts (N-VA), toujours si prompt à réagir sur les antennes, n’a pas décroché lorsque les journalistes de l’émission "De ochtend" ont tenté de le contacter par téléphone ce mardi matin.

Pour le politologue Carl De vos (UGent) l’instauration de cette taxe kilométrique est un thème qui dérange les partis de la majorité en Flandre, l’Open VLD mais surtout la N-VA qui détient avec Ben Weyts le portefeuille de la Mobilité au gouvernement flamand.

Pourtant jusqu'il y a peu, les partis de la majorité étaient tous clairement favorables à l’instauration d’une taxe kilométrique intelligente sur nos routes.

Lorsque pour la confection du test électoral, la VRT a demandé à tous les partis s’ils étaient en faveur d’une telle taxe, presque tous les partis ont clairement répondu qu'ils y étaient favorables. Seuls le Vlaams Belang et le PVDA ont clairement indiqué qu'ils n'étaient pas d'accord.

Bart De Wever avait déclaré il y a un an qu’une taxe routière autour de Bruxelles et d’Anvers deviendrait inévitable (...) et en mai 2015, Ben Weyts a lui déclaré à propos de cette tarification routière : "Nous devrions simplement l’instaurer". Ce parti (la N-VA) semblait donc déjà très convaincu", se souvient le professeur Carl Devos.

"Mais ces derniers jours, la N-VA a pris un virage à 180 degrés et le président du parti, Bart De Wever, a soudainement freiné des deux pieds parce qu'il a eu l'impression que cette taxe kilométrique allait être associée à la N-VA", explique le professeur Devos.

Une "taxe-Ben" comme la "Turteltax"

"L'idée que la N-VA puisse être favorable à une augmentation des taxes ne passe pas", explique le professeur, qui fait le parallèle avec la taxe flamande sur l'énergie que l'ancienne ministre Open VLD, Annemie Turtelboom, avait introduite pour atténuer le gouffre financier causé par les subventions pour l’installation des panneaux solaires. Cette taxe avait été baptisée "Turteltax".

"Après la fameuse Turteltax, une taxe-Ben pourrait être déboursée par les Flamands qui travaillent et qui doivent faire des sacrifices pour l’instauration d’une politique en faveur de l’environnement," ajoute Carl Devos.

"C'est exactement ce que les "écoréalistes" de la N-VA veulent éviter. Et c’est pour éviter que cela ne devienne le point noir de la N-VA, que le parti a pris ce virage à 180 degrés" conclu Carl Devos. 

Le Vlaams Belang l'a bien compris et ne s'est pas privé  de s'en prendre à Ben Weyts. Par ailleurs, le candidat indépendant Jean-Marie Dedecker qui pousse la liste N-VA en Flandre occidentale a déclaré qu'il s'opposerait à l'instauration de cette taxe kilométrique. 

Les experts en mobilité estiment néanmoins qu’une taxe kilométrique serait le meilleur moyen de réduire les embouteillages en Flandre. Selon ces experts, qui proposent des montants entre 5 et 10 cents/km, la taxe devrait être suffisamment dissuasive pour modifier le comportement des automobilistes. Cette taxe "intelligente" devrait être logiquement plus élevée pendant les heures de pointe et à proximité des grandes villes.