Dr Jacobs : "Le terme de “mort subite du nourrisson” est souvent utilisé à tort"

"Mort subite du nourrisson est un terme qui est souvent utilisé alors qu'il ne correspond pas vraiment à la définition". C'est ce qu’a déclaré le célèbre médecin légiste Werner Jacobs dans son livre "De doden praten" (Les morts parlent). Dans l’émission télévisée "Van Gils & gasten", il a donné plus de détails sur cette affirmation. "Quand j'examine les corps de bébés de moins de 18 mois qui sont enregistrés comme mort subite du nourrisson, je découvre presque toujours une cause. Dans 20 % des cas, je découvre des traces de violence, les 80 % restants sont des morts naturelles ou des causes accidentelles."

Werner Jacobs est médecin légiste depuis 25 ans. La première grande affaire dont il a dû s’occuper a été le meurtre du vétérinaire Karel Van Noppen en 1995. Depuis lors, il a exercé comme médecin légiste dans d'autres affaires judiciaires importantes : Hans Van Themsche, Ronald Janssen et Kim De Gelder. Il a aussi participé à plusieurs émissions télévisée sur la VRT et VTM. Il vient de publier un livre "De doden praten", dans lequel il parle de ses expériences en tant que médecin légiste.

Un passage de ce livre est assez dérangeant, il traite de la mort subite du nourrisson. Selon le Dr Jacobs "On parle souvent de mort subite du nourrisson pour un phénomène qui ne correspond pas à la définition". On entend par mort subite du nourrisson, le décès soudain et inattendu d’un bébé apparemment en bonne santé. Mais pour le Dr Jacobs la mort subite d’un nourrisson de moins de 18 mois est une mort inattendue qui après enquête approfondie-à la fois de la police et une autopsie – ne révèlerait aucune cause ni anomalie pour expliquer ce décès. "Or quand comme médecin légiste nous cherchons une cause, nous en trouvons presque toujours une" a-t-il déclaré lundi soir dans l’émission "Van Gils & gasten" sur la VRT.
 

Dans près de 20% il y a des traces de violence

"Si les médecins légistes devaient et pouvaient vraiment faire leur travail, bien plus de cas ne seraient pas diagnostiqué comme morts subites du nourrisson. J'ose affirmer que si je pouvais examiner correctement tous les décès, il n'y aurait plus de mort subite du nourrisson. Si je devais examiner 50 enfants dont les décès sont enregistrés comme morts subites et il y en a un pour lequel je ne trouve pas la cause du décès, ce serait déjà beaucoup."

Il s’agit de constatations choquantes. Mais le Dr Jacob nuance ses propos : "cela ne signifie pas nécessairement que les 49 autres décès ont tous une cause non naturelle. Dans les cas sur lesquels j'enquête, je vois de réelles preuves de violence dans 20 % des cas. Les 80 % restants comprennent de nombreux décès d'origine naturelle".

"Ce que je vois aussi, par exemple, ce sont des enfants qui dorment dans le même lit que les parents et les parents roulent accidentellement sur l’enfant. Ce ne sont pas tous des meurtres. Je veux juste que ce soit clair : si un enfant meurt et que je peux enquêter là-dessus, il y a de très bonnes chances que je trouve une cause."

Pourquoi le terme de mort subite du nourrisson est-il utilisé à tort. "La mort d’un bébé de moins de 18 ans est, bien sûr, un sujet très sensible ", ajoute le Dr Jacobs.

"Imaginez, que votre enfant meurt, et que quelqu'un vient vous dire qu'on vous enlève le corps de votre enfant pour pratiquer une autopsie, et en attendant, un policier vient vous demander ce qui s'est passé exactement, ce ne serait pas agréable.

Le terme de mort subite du nourrisson est souvent utilisé pour éviter d'avoir à dire ce qui pourtant est évident.

"Disons qu'il y a beaucoup de réticences. Souvent, on est aussi influencé par le fait qu'on ne voit rien au premier coup d'œil et qu’une telle enquête serait beaucoup trop lourde." Utiliser le terme de mort subite du nourrisson est alors beaucoup plus facile. C'est un terme souvent utilisé pour éviter d'avoir à dire ce qui pourtant évident."

Mais pour le Dr Jacobs il est pourtant important de mener une enquête. "Supposons qu'il y ait eu de la violence. Lorsqu’il s’agit de violence sur des adultes, on constate généralement que des signes avertisseurs ont déjà été donnés, par exemple, des plaintes déposées à la police. Or un nourrisson de moins de 18 mois n'est pas capable d’alerter les autres".