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Débrider un vélo électrique est très courant mais illégal et dangereux

Il est apparemment très courant de débrider un vélo électrique pour augmenter sa vitesse à 45 km/h au lieu de 25. Des journalistes de la VRT ont mené l’enquête, en caméra cachée, auprès de nombreux marchands de vélos et presque tous ont répondu positivement à une demande de débridage. Inutile de préciser que cette pratique est non seulement illégale mais aussi très dangereuse. Les commerçants qui accepteraient de poser un tel geste s'exposent aussi à des poursuites.

Les vélos à assistance électrique sont de plus en plus populaires chez nous et aussi de moins en moins chers mais leur vitesse est limitée à 25 km/h. Or, de nombreux mécaniciens acceptent de débrider ces vélos standards pour qu’ils atteignent les 45 km/h. Cette pratique est illégale et les marchands de vélos le savent très bien. Si un vélo à assistance électrique débridé coûte beaucoup moins cher qu’un speed pedelec, il ne répond pas aux mêmes exigences en matière d’équipements de sécurité.

Le moteur d’un vélo électrique standard fournit une assistance si vous roulez à moins de 25 km/h. Mais si vous voulez aller plus vite le moteur s’arrête et vous vous retrouvez alors avec un vélo de 25 kilos sans assistance et vous devez appuyer sur les pédales pour pouvoir avancer.  Apparemment, certains cyclistes trouvent cela très frustrant.
 

La seule solution légale pour aller plus vite : acheter un speed pedelec

Le speed pedelec est un vélo électrique rapide dont l’assistance au pédalage continue de fonctionner au-delà de 25 km/h. En pédalant simultanément, on peut donc atteindre 45 km/h, voire plus. Le speed pedelec est considéré par la loi comme un cyclomoteur.

Cela signifie que vous êtes soumis à certaines obligations : vous avez besoin d'un permis (pour lequel vous devez avoir au moins 16 ans), vous devez faire enregistrer et immatriculer votre speed pedelec, avoir un certificat de conformité, le port du casque est obligatoire et vous n'êtes pas autorisé à utiliser les pistes cyclables sur lesquelles les piétons peuvent circuler.

De plus, les speed pedelecs ne sont pas bon marché : ils coûtent facilement 1 000 euros de plus qu'un vélo électrique ordinaire. Pour les modèles haut de gamme, il peut même y avoir une différence de prix allant jusqu'à 5.000 euros.
 

Un kit permettant de rouler à plus de 70 km/h

Mais il y a aussi une autre solution : une solution illégale, à savoir débrider un vélo électrique standard. De cette manière, le moteur continue à fournir de la puissance, même jusqu'à 70 kilomètres à l'heure. Sur Internet, vous trouverez différents kits que vous pouvez installer vous-même. Mais bon nombre de mécaniciens de vélos se rendent également coupables de pratiques illégales, comme l'a montré l’enquête des journalistes de la VRT.

Sur les 6 magasins visités en une journée, en caméra cachée, pas moins de 5 étaient disposés à débrider le vélo. Cela allait de l'offre spontanée de vendre un vélo électrique déjà débridé (même sans poser la question), en passant par une proposition de pousser le moteur pour que la bicyclette puisse atteindre 70 km/h. Certains toutefois répondaient immédiatement par l'affirmative tout en ajoutant que c'est illégal.

En principe, avec ce type de vélo, vous ne pouvez rouler que sur un terrain privé et certains mécaniciens  vous demandent de signer un document dans lequel vous vous engagez à ne pas rouler sur la voie publique. Les revendeurs de vélos se déchargent ainsi de leur responsabilité sur le client.

Ce kit de débridage est invisible de l’extérieur mais comme c’est illégal, en général les marchands de vélo demandent un paiement en liquide et sans facture. 

Une pratique très courante en Flandre

Un mécanicien de vélos a confié aux journalistes de la VRT que selon lui, il y avait plus de vélos électriques débridés en circulation que de speed pedelecs. Un autre marchand a affirmé que 90% des vélos électriques vendus étaient débridés.

Une enquête réalisée par téléphone auprès d'un échantillon de vendeurs de vélos confirme que cette pratique est très courante. 

Un vélo électrique qui roule à plus de 25 km/h est totalement interdit sur la voie publique

Selon Vias (anciennement Institut belge pour la sécurité routière) : rouler avec un tel vélo débridé sans casque et à une telle vitesse, peut entraîner des blessures graves en cas d'accident. De plus, le champ de vision du cycliste se rétrécit à grande vitesse de sorte qu'il voit beaucoup moins les dangers venir.

Comme un vélo électrique qui roule à plus de 25 km/h est totalement interdit sur la voie publique, vous risquez de gros problèmes avec votre assurance en cas d’accident. Car en roulant à une telle vitesse sur un vélo qui n’est pas prévu pour cela, non seulement vous risquez votre vie mais vous mettez aussi les autres usagers en danger.
 

Selon la police, il est quasi impossible d’établir une infraction

Pour la police, la seule solution serait d’adapter la législation. Les vélos suspectés d’être débridés devraient pouvoir être placés sur des rouleaux comme les cyclomoteurs pour en vérifier la vitesse, or les zones de police ne disposent pas toutes de ces appareils.  Les fabricants de vélos devraient également spécifier la vitesse maximale de leurs bicyclettes. Si vous constatez que sur les rouleaux, le vélo dépasse nettement cette vitesse, le fabricant pourrait être poursuivi. Une autre mesure dissuasive serait de pouvoir saisir un vélo débridé.

Si le nombre d’accidents de vélos est en augmentation depuis quelques années ce n’est pas seulement parce qu’il y a de plus en plus de vélos sur nos routes mais aussi parce que ces vélos roulent de plus en plus vite et aussi souvent hélas de manière illégale.

Les commerçants qui débrident des vélos électriques exposés à des poursuites

Le ministre des Consommateurs, Kris Peeters (CD&V), met en garde toute personne conduisant un vélo électrique trafiqué. En cas d’accident tous les frais seront à sa charge.

"Ces pratiques sont interdites. Les vendeurs de vélo s'exposent à des poursuites car ils sont directement responsables des produits qu'ils vendent", souligne Guy Crab, secrétaire général de Traxio Vélo, la fédération du secteur automobile et des secteurs connexes (ex-Federauto).  "Je suis surpris", réagit encore Guy Crab, qui se réfère au label qualité de Pro Vélo, qui contrait les commerçants affiliés à se conformer à la réglementation en vigueur. "Ce texte n'indique pas explicitement que la vitesse des vélos électriques ne peut pas être débridée mais je vais veiller à ce que ce soit le cas." 

De son côté, Pieter De Crem (CD&V), ministre de l'Intérieur, a l'intention de consulter des experts sur la question. "Tout ce qui peut nuire à la sécurité routière nous inquiète", a-t-il fait savoir via son porte-parole. "Le cadre législatif peut toujours être ajusté. (...) Quiconque conduit un vélo débridé met en péril non seulement sa sécurité mais également celle des autres usagers."

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