Pourquoi le suspect de l'assassinat de Julie Van Espen était-il en liberté ?

Comment se fait-il que l'homme arrêté lundi pour l'assassinat d'une étudiante ce week-end à Anvers était-il en liberté, alors qu’il avait été condamné pour viol à quatre ans de prison en première instance ? C’est la question que tout le monde se pose. L'homme de 39 ans est passé aux aveux. Il a été placé sous mandat d'arrêt par le juge d'instruction, a indiqué mardi midi le parquet d'Anvers.

Le corps de Julie Van Espen, une étudiante de 23 ans disparue depuis samedi soir à Anvers alors qu'elle devait retrouver des amies en ville, a été retrouvé lundi dans le canal Albert. Un homme de 39 ans, identifié par la police qui avait lancé un avis de recherche à son encontre, a été appréhendé ce lundi également à Louvain et comparaîtra mardi pour assassinat devant le juge d'instruction. 

Koen Geens : “Le suspect était en liberté parce que la procédure d’appel traînait”

“Ce suspect n’était pas un inconnu de la Justice, il avait déjà été condamné pour viol à quatre ans de prison en première instance, mais cette condamnation n'avait pas été suivie de son arrestation immédiate et la procédure en appel traînait, a indiqué le ministre de la Justice Koen Geens, interrogé lundi soir sur la VRT.

Dans la foulée de l'émission de la chaîne publique flamande, le cabinet de Koen Geens a encore donné des informations supplémentaires sur le suspect. "Celui-ci a purgé quatre ans et demi de prison entre 2004 et 2008 notamment pour des vols, des infractions routières, du recel et le viol d'une adulte", indique-t-on.

Fin 2016, il a commis un vol avec violence et un viol pour lesquels il a fait deux mois et demi de détention préventive. Au moment du renvoi de l'affaire par la chambre du conseil vers le tribunal correctionnel, début 2017, la chambre du conseil a décidé de le relâcher sous conditions, dans l'attente de son procès.

Le tribunal correctionnel d'Anvers l'a condamné cette même année à quatre ans de prison. "L'arrestation immédiate de l'individu, requise par le parquet, n'avait pas été prononcée par le tribunal. L'homme a fait appel et son dossier a été examiné en mai 2018 par la cour d'appel d'Anvers. A cette audience, l'agenda des conclusions avait été porté à novembre 2018. A cette date, l'affaire a toutefois été postposée pour une durée indéterminée. La dernière condamnation n'est donc pas encore définitive et ne peut donc pas encore être exécutée", expliquait le cabinet de la Justice lundi soir.

Bien que la condamnation en première instance soit tombée très rapidement, cela n'a pas été le cas pour la procédure d'appel, selon le cabinet. "Je regrette cela très fort. Particulièrement parce que j'ai tout fait pour raccourcir les délais des procès. La possibilité en 2016 d'introduire un juge siégeant seul afin de pouvoir traiter plus d'affaires, en est un exemple. On peut ainsi libérer de la capacité", commente le ministre.

Jo Daenen : “Le nombre de dossiers en attente a augmenté alors que le personnel a diminué”

Le nouveau premier président de la cour d'appel a annoncé il y a quelques semaines le recours à un magistrat siégeant seul et la réouverture de la chambre compétente. Le parquet a alors requis la comparution du suspect. L'affaire devrait être traitée le 5 juin.

Selon le magistrat de presse de la cour d'appel d'Anvers, la principale raison pour laquelle le dossier n'a pas encore été abordé est que le suspect n'avait pas été arrêté. "Les affaires impliquant des personnes arrêtées ont la priorité", a déclaré Jo Daenen.

"Sa condamnation en première instance n'a pas ordonné son arrestation immédiate, ce qui a rendu le traitement de son dossier moins urgent. Sur base du contenu du dossier, rien n'indiquait également qu'il fallait donner la priorité à son dossier qui est toujours en attente", poursuit Jo Daenen. Le nombre de dossiers en attente a augmenté à la coup d'appel d'Anvers au cours des dernières années, alors que deux chambres ont été fermées en raison d'un manque de personnel.

"Il n'y avait pas de risque qu'il refuse de se soumettre à sa peine"

Le tribunal correctionnel d'Anvers dit "comprendre la consternation", mais justifie sa décision de ne pas avoir suivi le ministère public.

"L'article 33, alinéa 2, de la loi relative à la détention provisoire ne permet une arrestation immédiate que lorsqu'il existe un doute sur l'intention de l'intéressé de se soustraire à l'exécution de sa peine. Il s'agit d'un critère légal que le tribunal doit respecter. Le risque de récidive, la gravité des faits, la lourdeur de la peine, etc. ne constituent pas un motif juridique légitimant une arrestation immédiate", argue-t-il.

"Dans ce cas précis, l'intéressé avait déjà été libéré depuis plus de quatre mois, il s'était à chaque fois présenté dans le cadre de la procédure, il disposait d'une adresse permanente et d'un rapport favorable dressé par une maison de justice sur le suivi de ses conditions de libération", ajoute l'instance.

Au vu de ces circonstances, le tribunal a estimé qu'il n'existait pas de risque que Steve B. tente de se soustraire à sa peine et n'a pas ordonné son arrestation immédiate.