L’autoroute E40 devient progressivement "boulevard urbain" à l’entrée de Bruxelles

La fin de l'autoroute E40 (entre Louvain et Bruxelles) sera réduite d'une bande de circulation à l'entrée de Bruxelles à partir de lundi 13 mai, a indiqué le cabinet du ministre bruxellois de la Mobilité, Pascal Smet (SP.A) jeudi soir. Les derniers panneaux de signalisation et marquages au sol sont en train d'être placés. Le ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts, réclame une phase de test préalable.

La limitation du nombre de bandes de circulation de l'E40 en provenance de Liège et du Brabant flamand, à l'entrée de Bruxelles, avait été annoncée précédemment, mais le projet était mis attente. En cause, plusieurs chantiers en cours à Bruxelles, dont celui de tunnel Reyers, qui compliquaient déjà pas mal le quotidien des navetteurs automobilistes se rendant dans la capitale.

Dès lundi prochain, le tronçon de la E40 compris entre le pont des Communautés, à Evere, et l'entrée du tunnel Cortenbergh, sera réduit d'une bande de circulation en rentrant vers Bruxelles. Cette mesure vise à améliorer la qualité de l'air et de vie des habitants des communes où transitent de nombreuses voitures.

"Suite aux travaux, les trois tunnels de la E40 en direction de Montgomery, du centre et de Meiser ont été réduits, chacun, à une seule bande. Tandis qu'une quatrième voie donne accès au site de Reyers et de la rue Colonel Bourg. L'effet d'entonnoir est ainsi atténué. "L'air sera plus sain et le flux de trafic amélioré. Plus on s'approchera du centre-ville, plus il faudra ralentir, mais la circulation sera mieux régulée", indiquait Mathias Dobbels, porte-parole de Pascal Smet.

A terme, l'objectif visera à transformer la fin de l'autoroute en boulevard urbain limité à 50 ou 80 km/h. En parallèle, une infrastructure élargie est envisagée pour les cyclistes.

Le ministre Weyts réclame une phase de test

Le ministre flamand de la Mobilité Ben Weyts (photo) n'a pas caché sa mauvaise humeur après avoir appris que la Région bruxelloise mettait définitivement en œuvre sa décision de procéder à une diminution du nombre de bandes de circulation sur la E40, à l'entrée de la Région-Capitale.

Selon Ben Weyts, il avait été convenu à plusieurs reprises que l'on commencerait par une phase de tests. "Qu'est-ce donc pour une forme de coopération?", s'interroge le ministre N-VA. "Si l'objectif de Bruxelles était de faire cadeau à la Flandre de ses files, c'est réussi", a regretté le ministre.

Touring et VAB appellent à la prudence

La société de mobilité Touring souhaiterait aussi que soit prévue une phase de test pour le rétrécissement de l'autoroute E40 à l'entrée de Bruxelles. "Il semblerait que le ministre bruxellois Pascal Smet cherche à forcer les choses avant les élections. Et le danger est que ça se fasse de manière irréfléchie", avance le porte-parole de Touring, Danny Smagghe.

Touring s'inquiète surtout des conséquences de cette mesure sur la fluidité du trafic. "Nous retenons notre souffle", explique Smagghe. "L'idée ne peut pas être de déplacer les embouteillages de Bruxelles vers la Wallonie ou la Flandre. Il est important que cela ne provoque pas plus de files ou que cela n'influence guère la circulation sur le ring de Bruxelles".

Selon Touring, cette mesure doit donc faire l'objet d'une évaluation quant à ses conséquences sur la fluidité du trafic. "Si les effets sont négatifs, on ne pourra pas l'approuver", dit encore Danny Smagghe, lequel déplore encore qu'on ne réalise pas de parkings de délestage aux abords de Bruxelles. "Si on se montrait aussi pressé de construire des parkings de délestage que de rétrécir les voies, on serait bien plus avancé".

Maarten Matienko, porte-parole de l’association VAB, estime pour sa part que "si le rétrécissement de l'E40 à l'entrée de Bruxelles est bien appréhendé, ça peut se révéler être une amélioration". Matienko insiste qu'il faudrait un plan global. "L'espace libéré doit alors être dédié aux transports en commun et à une infrastructure cycliste. Il faudra prévoir des points de transfert. Dans ce cas-là, la mobilité verrait sa capacité augmenter".

Ce rétrécissement pourrait créer un filtre, selon le VAB. "Avec un trafic moins dense vers le centre, il y aura moins de files dans le centre et la circulation y serait plus fluide. Ce qui entraînerait un double effet positif, si c'est bien réfléchi. Parce que les nœuds les plus inextricables se situent dans le centre de la ville", affirme encore Maarten Matienko.

Que ce rétrécissement de l'E40 entraîne la formation de files jusqu'au ring de Bruxelles et y entrave la fluidité du trafic, est une thèse que ne retient pas Matienko. "On constate que les gens s'adaptent vite. Il est donc important qu'il y ait des alternatives".