Jonas Roosens

Les partis de la coalition flamande sanctionnés, le Vlaams Belang devient le 2e plus grand parti de Flandre

En Flandre, le Vlaams Belang est sorti grand vainqueur du scrutin de ce 26 mai. Que ce soit au niveau de la Chambre ou du Parlement flamand, le parti d’extrême droite a fortement progressé pour atteindre les 18%. La N-VA est sanctionnée, mais reste malgré tout le premier parti avec 26% des voix. Le CD&V arrive troisième, l’effet Hilde Crevits ne s’étant pas produit. La poussée des verts flamands non plus n’a pas eu lieu.

La N-VA reste donc bel et bien le premier parti de Flandre, mais concède 6 points de pourcentage par rapport à 2014. Avec une progression de plus de 12 points de pourcentage, le Vlaams Belang est incontestablement le vainqueur du scrutin. Dans certains cantons, le score du parti d’extrême droite passe du seuil électoral à environ un quart des voix.

Le parti de Tom Van Grieken devient ainsi le deuxième plus grand parti de Flandre. Le président du Belang a tendu la main aux autres partis et s’est dit prêt à entrer dans un gouvernement. Dans son discours, il a toutefois indiqué qu’il viendrait dès ce lundi avec des conditions pour participer à une majorité. "Maintenant que nous sommes le deuxième plus grand parti, les autres ne pourront plus nous nier. Sinon, on ne pourra plus parler de démocratie", a-t-il lancé.

La N-VA reste en tête

Si la N-VA a perdu des plumes, elle reste malgré tout la première formation de Flandre avec plus de 26% des suffrages, un résultat quasi similaire au niveau de la Chambre. Fait marquant : les nationalistes flamands reculent également là où ils sont habituellement les plus forts, en l’occurrence à Anvers et dans ses environs.

"En Flandre, on constate un virage vers la droite, et vers la droite radicale", constate le bourgmestre N-VA d’Alost, Christoph D’Haese. "Niveau communication, le Vlaams Belang a bien joué", a réagi de son côté le nouveau candidat N-VA, Michael Freilich.

"Nous avons perdu les élections, mais restons résolument le plus grand parti de Flandre", a déclaré pour sa part le président du parti lors de son discours. Bart De Wever ne semble pas fermer la porte aux Vlaams Belang, qu’il compte inviter, comme tous les autres partis, à la table des négociations.

"Je ne suis pas un fan du cordon sanitaire, mais je ne sais pas ce que monsieur Van Grieken a à me dire", a poursuivi Bart De Wever au micro de la VRT. "Ce n’est pas le moment d’ouvrir ou de fermer des portes, surtout lorsqu’on a du respect pour l’électeur flamand", a-t-il encore fait savoir.

Pas d’effet Hilde Crevits pour le CD&V

Les chrétiens démocrates perdent pour leur part plus de 5 points de pourcentage par rapport aux élections de 2014. Le CD&V arrive ainsi à 15% en niveau du Parlement flamand, et prend donc la troisième place. Selon un résultat encore provisoire, le parti de Wouter Beke recueille environ 14% des voix au niveau de la Chambre.

"Ce résultat nous contraint à la modestie. Nous prendrons aussi nos responsabilités si nous sommes conviés", a déclaré Wouter Beke. Au micro de la VRT, celui-ci a souligné qu’il excluait une collaboration avec le Vlaams Belang.

Lors de la campagne, le parti avait misé sur la ministre flamande de l’Enseignement, Hilde Crevits, pour charmer les électeurs, mais la démarche n’a finalement pas mené à l’effet attendu, même dans la province de Flandre occidentale, traditionnellement CD&V. Le score personnel de Hilde Crevits est également en recul à Torhout. "L’ambition de devenir ministre-présidente doit maintenant être mise de côté", a-t-elle conclu.

Léger recul de l’Open VLD

L’écart entre le troisième et le quatrième parti de Flandre est non négligeable puisque l’Open VLD obtient environ 13% des voix au niveau flamand (14% au fédéral). Si les libéraux flamands sont plus ou moins parvenus à se maintenir dans les villes, ils perdent globalement quelques plumes, moins que le CD&V cependant.

Alors que l’un ou l’autre représentant de l’Open VLD avaient laissé entendre durant la soirée électorale qu’il fallait prendre en compte les électeurs du Vlaams Belang, la présidente du parti, Gwendolyn Rutten, s’est voulue claire dans son discours : "Les extrêmes ont gagné. Et nous respectons le résultat. Nous devons écouter tout le monde, mais je le dis clairement : nous ne collaborerons jamais avec le Vlaams Belang".

Groen progresse moins qu’attendu

Que ce soit au niveau flamand ou fédéral, les écologistes flamands progressent d’environ 1,5 points de pourcentage pour obtenir 10% des voix. En terme de sièges, Groen devient ainsi le plus grand parti flamand de gauche, devant le SP.A. Le parti ne semble toutefois pas être parvenu à profiter du vent favorable insufflé par les grèves pour le climat.

"La campagne a été agitée et intense", a réagi la présidente du parti. "Nous avons eu de bons résultats dans pas mal de villes. A Bruxelles, Louvain et probablement Gand, nous sommes les premiers", a-t-elle fait remarqué. Meryem Almaci reste par ailleurs optimiste. "Nous maintenons le cap, ceci est la quatrième victoire pour Groen", estime-t-elle.

A ses yeux, la progression du Vlaams Belang est liée aux frustrations de la population concernant les politiques menées. "Nous devons aussi écouter leurs électeurs. Nous ne pouvons pas les mettre de côté. Tous les partis démocratiques ont là une grande responsabilité. J’appelle à ce que l’on fasse ensemble la politique autrement", a-t-elle encore lancé.

Un niveau historiquement bas pour le SP.A

Après un mauvais score aux communales d’octobre, les socialistes flamands avaient pour objectif d’atteindre les 10% ce 26 mai. Ils y sont parvenus de justesse, mais perdent environ 4 points de pourcentage. Au niveau fédéral, le SP.A dépasse de peu les 11%.

"Nous avons fait une bonne campagne, mais nous nous sommes trop préoccupé de nous-mêmes ces dernières années", a réagi l’ancien président du parti, Bruno Tobback. Globalement, le SP.A atteint un niveau historiquement bas. A Ostende, bastion de l’actuel président du SP.A, John Crombez, le parti arrive troisième.

Le PVDA franchit le seuil électoral

Le parti travailliste belge progresse aussi bien en Flandre qu’à la Chambre. Au Parlement flamand, il franchit le seuil électoral et obtient pour la première fois trois sièges, si les résultats se confirment.

"Nous progressons dans toutes les provinces et à Bruxelles", constate le président du PVDA, Peter Mertens. "Deux partis avancent. Un parti qui a reçu beaucoup d’attention médiatique, et un parti qui en a peu eu : le Vlaams Belang et nous", a-t-il déclaré.

La formation flamande s'annonce compliquée

Pour le politologue Carl Devos, la formation du prochain gouvernement flamand s’annonce plus compliquée que prévu. "On pensait que la formation d’un gouvernement fédéral allait être difficile et que la prochaine coalition flamande allait très vite prendre forme, mais je crains que la formation flamande sera, elle aussi, très compliquée", a-t-il indiqué.

D’après les résultats provisoires, la coalition suédoise, formée lors de la précédente législature par la N-VA, le CD&V et l’Open VLD, reste possible. Elle pourrait toutefois ne pas être reconduite, sachant que les électeurs flamands l’ont clairement sanctionnée. "Ces trois partis sont perdants", souligne Carl Devos. "Comment vont-ils gouverner ensemble sans répondre au résultat électoral du Vlaams Belang ?", se demande le politologue.

L’initiative de former le prochain gouvernement revient à la N-VA, et à son président Bart De Wever. Ce dernier a indiqué à maintes reprises qu’il ne pouvait pas ignorer le score du Vlaams Belang. Sachant que les autres partis ont souligné ne pas vouloir collaborer avec l’extrême droite, la prochaine coalition s’annonce effectivement plus longue à former que prévu. Notons que mathématiquement, une alliance entre le CD&V, l’Open VLD, le SP.A, et Groen aboutirait à une courte majorité.