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Un habitant de Willebroek incarcéré en Turquie pour avoir partagé des articles critiques sur Erdogan

Un Turc de 53 ans résidant en Belgique, à Willebroek (Anvers), est incarcéré dans une prison en Turquie depuis deux mois parce qu'il a partagé des articles critiquant le régime de Recep Tayyip Erdogan sur Facebook. La police a arrêté Ali Akyüz alors qu'il rendait visite à sa famille en Turquie sous prétexte d’avoir diffusé de la “propagande terroriste”. L’information est notamment révélée par le quotidien De Morgen.

Ali Akyüz est incarcéré depuis le 18 mars 2019 dans une prison turque parce qu’il est soupçonné de terrorisme. Non pas parce qu'il a préparé un attentat ou a appelé à la violence, mais parce qu'il a partagé sur Facebook des articles critiques sur le régime du président Erdogan. "En dehors de la famille, seul mon patron est au courant. Ce n'est pas parce que je veux le cacher - c'est juste difficile d'en parler. Nous nous sentons impuissants, impuissants et stressés." a expliqué son épouse Mavigül (50) ans qui a déjà perdu sept kilos, ces derniers mois, parce qu’elle s’inquiète pour son mari.

Ali Akyüz était arrivé en Turquie quatre jours plus tôt pour y déposer une voiture qu'il avait achetée en Belgique avec son fils aîné Temuz (26 ans). Temuz travaille à Antalya pour TUI Belgique et y reste souvent avec sa femme et son fils. Après qu'Akyüz eut déposé son fils et la voiture, il se rendit à Inegöl pour rendre visite à sa famille.

Temuz Akyüz était était en voiture lorsqu’il a reçu un appel de la police. "Ton père est en prison pour terrorisme présumé", lui a-t-on appris. "J'avais l'impression de recevoir un coup au visage. Je connais bien mon père, c'est la dernière personne qui ferait du mal à quelqu'un."

Pendant ce temps, à Willebroek, Mavigül a tenté pendant des heures d'appeler son mari. "J'ai chaque fois eu son répondeur, alors qu’en principe il attendait mon appel. Au bout d'un moment, je suis devenue nerveuse. Pourquoi ne répond-il pas ?" Mavigül a été bouleversée d'apprendre qu'Ali était en prison pour avoir diffusé de la propagande terroriste : "Je ne savais même pas qu'il était sur Facebook. Mon mari est critique, mais certainement pas militant. J'ai toujours pensé : si tu ne fais rien, ils te laisseront tranquille. Mais je me trompais"

Dans la famille d’Akyüz c’est la stupéfaction surtout depuis qu’elle a eu accès au dossier que les tribunaux turcs ont constitué contre le père Ali. "Ce sont des articles qu'il a partagés sur Facebook ", dit Temuz. "Il a partagé un article sur deux enseignants qui ont perdu leur emploi à la suite de l'échec du coup d'État en Turquie. Parce qu'il pensait que c'était injuste pour ces gens. Dans un pays comme la Belgique, c'est une question de liberté d'expression. En Turquie, cela vous rend criminel."

Son plus grand "crime" est le partage en 2015 d’une interview avec des militants qui ont occupé le parc Gezi à Istanbul. Une photo d'un des activistes avec un drapeau du DHKPC (une organisation d’extrême gauche turque) illustrait l’article. Mais cette photo, il ne l’a pas choisie. Et ne les cautionne pas non plus." La famille ne sait pas pourquoi la police a commencé à consulter la page Facebook d'Ali. "La police dit que quelqu'un a porté plainte contre lui mais on ignore qui c'est."

Brèves visites en prison

Depuis son arrestation, Ali a été autorisé à recevoir des " petits visites" trois fois par mois. Temuz doit effectuer un trajet de sept heures en voiture jusqu’à la prison pour voir son père derrière une vitre pendant dix minutes.

"Après quelques semaines, il avait déjà visiblement perdu du poids. Quand un gardien m'a dit qu'il mangeait bien, j'ai pu voir dans les yeux de mon père que ce n'était pas vrai. Les flics viennent le réveiller la nuit pour l'interroger pendant des heures. C’est très dur pour Papa, je le sais bien. Ils sont quinze dans une cellule, et récemment avec les fortes chaleurs, une bagarre a éclaté.

Une fois par mois, il a droit à une " grande visite " en prison. La famille a alors le droit de passer 40 minutes avec Akyüz dans une salle. Mavigül a déjà rendu visite trois fois à son époux. "C'est bien de pouvoir l’embrasser et lui parler un petit peu. Mais après de telles visites, j'ai encore plus de mal à lui dire au revoir."
 

Le ministère belge des Affaires étrangères ne peut pas intervenir.

Ali Akyüz étant le seul membre de la famille à ne pas avoir la nationalité belge, le ministère belge des Affaires étrangères ne peut pas intervenir. "Même pour les citoyens de double nationalité, il n'y a pas grand-chose que nous puissions faire en Turquie ", déclare le porte-parole des Affaires étrangères Mathieu Branders. C'est le cas de la famille Akyüz : "Mon père travaille ici depuis 26 ans, a payé ses impôts. Et maintenant qu'il a besoin d'aide, la Belgique ne peut rien faire", regrette Temuz.

Les Pays-Bas ont récemment durci leur avis de voyage pour la Turquie. Le gouvernement néerlandais met explicitement en garde ses ressortissants contre le fait d’avoir posté certains messages critiques sur les réseaux sociaux. Le gouvernement turc peut même vous arrêter pour de vieux messages que vous avez partagés dans votre pays d'origine. Pour l'instant, la Belgique ne modifiera pas son avis de voyage : "Nous inclurons ce cas comme l'un des éléments de notre évaluation", a déclaré Mathieu Branders au quotidien De Morgen.

Le 18 juin prochain, le quinquagénaire comparaîtra devant un juge turc. Le même jour, il connaîtra sa peine. "Il risque vingt ans de détention. Nous redoutons un procès inéquitable ", dit sa famille.