Menaces et intimidation pour tous ceux qui osent critiquer Schild & Vrienden

Le compte anonyme Schuld & Vrienden, qui critiquait régulièrement l’organisation d’extrême droite Schild & Vrienden sur Twitter, a été mis hors ligne. Son auteur a en effet été identifé par le groupe nationaliste flamand ‘Make Vlaenderen Great Again’, lié à Schild & Vrienden, qui se trouve actuellement toujours sous enquête judiciaire. Depuis, le propriétaire du compte subit menaces et intimidations. Un cas qui est loin d’être isolé : quiconque se montrant critique envers l’organisation devient la cible de harcèlement, de ‘trollage’, et de menaces de mort, qui ne se limitent pas au monde virtuel du Net.

"Tu seras effrayé par ta propre ombre et tu devras regarder en continu derrière ton épaule pour être sûr que personne ne te suit. Quand le temps viendra, tu découvriras qui a mis fin à ta misérable existence". Voilà l’une des menaces reçues par S., l’homme derrière l’ancien compte Twitter Schuld & Vrienden. Le message se trouve parmi d’autres menaces sur le forum anonyme 4chan, une plateforme très populaire dans les milieux d’extrême droite.

Avant même que le documentaire Pano de la VRT ne dévoile l’an dernier les échanges racistes, sexistes et homophobes de Schild en Vrienden, le compte Schuld en Vrienden offrait sur Twitter un aperçu critique des agissements de ce groupe de jeunes identitaires.

Depuis la création du compte en 2018, les membres de Schild & Vrienden tentaient coûte que coûte de savoir qui se trouvait derrière. Lors de l’enquête de Pano, le journaliste de la VRT Tim Verheyden avait déjà pu constater quels moyens étaient déployés pour découvrir l’identité du propriétaire du compte. L’an dernier, le leader du mouvement, Dries Van Langenhove, récemment élu député fédéral pour le Vlaams Belang, écrivait littéralement dans un groupe d’échange secret : "Je veux le nom de celui de Schuld en Vrienden afin qu’il n’ose plus rien faire".

Il y a quelques jours, le propriétaire du compte a fini par être identifié, suite à une erreur de sa part. Après la parution d’un article sur le sujet sur le site web Scpetr, rédigé par le rédacteur en chef Jonas Naeyaert, lui-même membre de Schild en Vrienden, Dries Van Langenhove a ouvert sur Twitter et Facebook une salve d’attaques frontales visant S., dévoilant dans la foulée ses nom et prénom.  

Menaces coordonnées et intimidation

Ces menaces ne surprennent pas l'auteur et Professeur d'université Ico Maly, qui dispense un cours sur les "Nouveaux Médias". Ico Maly est notamment l'auteur d'un ouvrage sur 'New Right' (Nouvelle Droite) et publie également une recherche académique sur 'Schild & Vienden', sur qui -soit dit en passant-, une enquête judiciaire est toujours en cours.

Harceler et menacer tous ceux qui sont critiques à l'égard des groupes de ce qui est décrit comme la "Nouvelle Droite " et l"'alt-droite" est une tactique très utilisée au niveau international", affirme Ico Maly, " aux Etats-Unis, les professeurs et les faiseurs d'opinion qui écrivent sur ce type d'organisations ont longtemps été intimidés. Le seul but est de les faire taire. L'Initimidation fonctionne, cela s’immisce en vous.

"Schild & Vrienden tire son inspiration du niveau international. J'écris beaucoup sur Schild & Vrienden, mais il est frappant de constater que je ne suis pas intimidé. Peut-être juste parce que j'écris plus à ce sujet. Quand j'ai dit un jour quelque chose sur l’homme politique néerlandais Thierry Baudet lors d'une conférence, Dries Van Langenhove a twitté quelque chose à ce sujet. Il a tagué Baudet et mon employeur, l'Université de Tilburg, sur ce tweet.

C'est l'une des tactiques utilisées : en étiquetant ou en créant un lien avec l'employeur, ils espèrent ainsi que la voix critique en question sera soumise à une pression interne. Une tactique bien connue dans l'espoir que les gens y réfléchissent à deux fois avant d’écrire quelque chose. D'ailleurs, vous pouvez maintenant voir ce qui arrive au collaborateur de l'Université de Gand."

Un autre tactique utilisée par l’organisation est le doxxing, une pratique consistant à rechercher et à divulguer sur l'Internet des informations sur l'identité et la vie privée d'un individu dans le but de lui nuire. Récemment, une enseignante de la haute école Artveldehogeschool a été victime de doxxing de la part de Schild & Vrienden. L'enseignante avait envoyé un courriel à ses élèves pour qu'ils aillent ensemble à la manifestation sur le climat. Peu de temps après, Dries Van Langenhove a posté une capture d'écran du courriel avec le nom et la photo de l'enseignante sur Facebook.

Dans une vidéo postée sur Twitter, Dries Van Langenhove affirme que le compte "SchuldnVrienden" utilise la même tactique.

Dans un entretien téléphonique avec la VRT, Dries Van Langenhove a répèté l'accusation et a dit que la personne qui se cache derrière "SchuldnVrienden" a mis en ligne des données privées pendant un an. Dries Van Langenhove affirme avoir engagé un avocat pour enquêter sur l'existence éventuelle d'infractions pénales et ajoute que les rôles de l'auteur et de la victime, dans cette affaire, sont inversés.

Une accusation démentie par "SchuldnVrienden", qui affirme qu'aucune information non accessible au public n'a jamais été publiée.

Dries Van Langenhove affirme aussi qu'il n'a jamais utilisé de tactiques d'intimidation, ni dans le cas de "SchuldnVrienden" ni dans le passé. Les archives du magazine Pano montrent pourtant le contraire.

Tout cela pour polariser et miner le débat

Outre le doxxing, des "raids" sont également organisés, c'est-à-dire des attaques en ligne coordonnées par une organisation ou une personne, dans le but de saper la crédibilité de ces personnes ou organisations à grande échelle.

Ces "raids" se font en inondant de commentaires la page de quelqu'un sur les réseaux sociaux ou alors en l’inondant de commentaires négatifs. On peut aussi infiltrer un groupe et essayer de le faire changer d'opinion en interne, comme Schild & Vrienden avait prévu de le faire avec le Conseil flamand de la jeunesse. On peut aussi faire un raid sur un sondage ou une enquête d’opinion en rassemblant autant de personnes que possible pour influencer les résultats de ce sondage, comme Schild & Vrienden l'a déjà fait avec un sondage sur les transgenres.

Enseignants, professeurs, journalistes, hommes politiques, organisations dans le viseur

Que vous soyez une grande organisation, un journaliste, un enseignant, un dirigeant politique ou un lycéen, tous ceux qui sont critiques courent le risque d'être intimidés.

Arthur Joos, par exemple, un journaliste gantois, a écrit un article d'opinion critique sur l'organisation avant même que Schild & Vrienden ne soit connu au niveau national. Par le biais de son faux compte Jean-Paul Mbongo, Dries Van Langenhove a jeté le numéro de téléphone d'Arthur Joos en pâture dans le groupe secret Facebook de Schild & Vrienden. C'est ce qui ressort des archives des groupes de discussion secrets. Plus tard, Joos reçut plusieurs appels anonymes. Jean-Paul Mbongo est l'un des nombreux comptes utilisés par Dries Van Langenhove. D'autres membres de Schild & Vrienden ont également divers faux comptes sur les réseaux sociaux.

Il y a quelques mois, Dries Van Langenhove avait lancé un appel sur les réseaux sociaux de filmer des " enseignants de gauche ". Peu de temps après, un extrait de vidéo d'un enseignant qui parlait avec peu de respect de Van Langenhove est apparu sur les réseaux sociaux, l’extrait avait été filmé en secret par un élève. Le film a été publié, entre autres, par Dries Van Langenhove lui-même.

Une autre fois, dans le cadre d'un cours sur la discrimination, divers exemples avait été montré en classe, dont le rapportage du magazine Pano. Cette information est parvenue à Van Langenhove, après quoi l'enseignant a reçu un appel téléphonique de sa part après les cours et a dû s'expliquer sur le matériel pédagogique utilisé. Van Langenhove avait également contacté la direction de l'établissement.

Même notre collègue Tim Verheyden, journaliste à la VRT, a également été injurié depuis la diffusion du documentaire Pano et est régulièrement menacé : "Cela va de "rat de gauche" à des personnes qui veulent me mettre leur poing sur la figure ou me frapper avec une batte de baseball ou alors souhaiter ma mort", a confié Tim Verheyden.

Est-ce que tous ces gens font partie de Schild & Vrienden ? "Non, bien sûr. Ce sont des gens qui nous en veulent parce que nous adoptons une approche critique à l'égard de " Schild & Vrienden ".

Les risques que quelqu'un passe à l'acte sont très minces. Heureusement, nous vivons dans une démocratie civilisée et pas dans un pays où les journalistes et les critiques sont chaque jour victimes de violences. Mais il suffirait qu'une seule personne prenne un tel message au pied de la lettre et passe à l'action...

L'incitation à la violence - en public - est rare, mais les insultes et l'intimidation constantes de ceux qui ne pensent pas comme vous suffisent parfois à semer des graines dans la tête de certains pour alimenter leur haine. Pour polariser, créer un climat de peur et ainsi miner le débat ", conclu Tim Verheyden.