Quel groupe la N-VA rejoindra-t-elle au Parlement européen? Le casse-tête chinois de Geert Bourgeois

Deux semaines après les élections, les nationalistes flamands ne savent toujours pas quel groupe politique ils rejoindront au sein du nouveau Parlement européen. Rester auprès des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) semble désormais compliqué. Mais aucun autre groupe ne semble réellement idéal pour la N-VA. Récemment élu, le ministre-président flamand sortant, Geert Bourgeois, souligne que les négociations sont toujours en cours. Un des scénarios évoqué pourrait être de créer un nouveau groupe politique, avec les écossais et les catalans indépendantistes. Une mission qui s’annonce cependant difficile.

Au sein du Parlement européen, plusieurs groupes rassemblent les différents partis politiques des Etats-membres de l’UE, selon leurs similitudes. Les principaux mouvements traditionnels, tels que les libéraux, les socialistes ou les démocrates-chrétiens, sont logiquement regroupés. Mais pour les partis qui ne rejoignent aucune de ces idéologies, la question est moins évidente. C’est notamment le cas pour la la N-VA.

CRE

Jusqu’ici, le parti de Bart De Wever est toujours membres du groupe des Conservateurs et Réformistes européen (CRE). Il s’agit d’une fraction relativement petite, qui réunit principalement des partis conservateurs opposés au développement d’un "super Etat" européen.

Les nationalistes flamands avaient rejoint ce groupe en 2014, notamment à cause de la présence des conservateurs britanniques. Problème : suite au Brexit, ces derniers disparaitront bientôt du Parlement européen. Le groupe se retrouvera donc encore diminué, et deviendra ainsi stratégiquement bien moins intéressant.

Autre souci : la semaine dernière, le Forum pour la Démocratie (FvD) du populiste néerlandais Thierry Baudet a rejoint le CRE. Le leader du FvB plaide ouvertement pour un "Nexit", une sortie des Pays-Bas de l’UE. Une revendication qui ne coïncide pas avec la position de la N-VA, cette dernière ne désirant pas se profiler comme opposée au projet européen.

La présence de Thierry Baudet ne convient pas non plus à la position d’Assita Kanko, élue pour la N-VA au niveau européen lors du dernier scrutin. Assita Kanko défend régulièrement les droits des femmes, un combat qui est loin d’être celui de Thierry Baudet, qui s’oppose ouvertement à l’émancipation des femmes et au droit à l’avortement.

ALDE

Rejoindre l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ALDE), qui vient d’être renforcée par les députés du président français Emmanuel Macron, ne semble pas non plus être une option pour la N-VA. Les libéraux sont clairement pro-européens et défendent un élargissement des compétences de l’UE, notamment au niveau militaire. Cette position fédéraliste est donc loin de rencontrer la tendance souverainiste du parti de De Wever.

PPE

Une autre possibilité serait de rejoindre le groupe du Parti Populaire européen (PPE). Il reste aujourd’hui encore le plus grand groupe européen, malgré la perte de plusieurs sièges. Seul hic : le CD&V en fait également partie. Il semble dès lors peu probable que les nationalistes flamands les rejoignent. C’est en outre aussi le groupe du parti de l’Allemande Angela Merkel, que la N-VA a régulièrement critiquée pour sa politique migratoire.

Quelle autre option?

Face à ce casse-tête chinois, l’une des solutions qui se présente à la N-VA serait de constituer un nouveau groupe politique au sein du Parlement européen.

Les Ecossais, mais aussi et surtout les régionalistes catalans, avec qui la N-VA entretient des relations étroites, semblent entrer en ligne de mire. Les conditions de la formation d’un nouveau groupe sont toutefois difficiles à remplir. Il devrait en effet rassembler un minimum de 25 eurodéputés provenant de 7 pays membres. Ensemble, les séparatistes flamands, catalans et écossais n’ont que 8 sièges. Les autres partis régionalistes sont également des poids-plumes, ce qui rend la création d’un tel groupe difficile à réaliser.

Quoi qu’il en soit, le temps presse : la date butoir pour la formation des nouveaux groupes est le 24 juin. La N-VA devra idéalement faire son choix au plus vite, celui-ci ayant des conséquences directes sur la répartition des sièges dans les différentes commissions. La clé se trouve entre les mains de Geert Bourgeois qui, en tant que tête de liste, a reçu le mandat de son parti pour négocier la nouvelle position des nationalistes flamands au sein du Parlement européen.

Jasper Jacobs