"Remplacer les hêtres de la Forêt de Soignes par des chênes n'est pas une bonne idée"

La Région de Bruxelles-Capitale souhaite remplacer environ un tiers des hêtres de la partie bruxelloise de la Forêt de Soignes par des chênes sessiles. Le chêne résisterait mieux aux effets du changement climatique. Cependant, selon l'expert forestier Martin Hermy de la KU Leuven, cet argument n'est pas valable.

La Forêt de Soignes s’étend sur les trois régions du pays (la Région de Bruxelles-Capitale, le Flandre et la Wallonie) et est célèbre pour sa "hêtraie cathédrale". Autrefois, le hêtre occupait 70 % de la Forêt de Soignes. Mais la Région de Bruxelles-Capitale souhaite remplacer environ un tiers des hêtres de son territoire par d'autres espèces arbres.

C’est ce qui figure dans le nouveau plan de gestion de la Forêt de Soignes pour la période 2019-2020 qui a été approuvé par le gouvernement bruxellois.

Les hêtres sont particulièrement vulnérables aux tempêtes, qui deviendront plus fréquentes à l'avenir.
Frederik Vaes, chef du département Forêt de Bruxelles Environnement

L'enracinement du hêtre est beaucoup plus superficiel que celui du chêne" explique Frederik Vaes, le chef du département Forêt de Bruxelles Environnement.

Les hêtres ne sont pas profondément ancrés dans le sol et puisent l'eau dont ils ont besoin dans les couches supérieures du sol. Lors d'étés longs et secs, comme ceux qui sont susceptibles de se produire à l'avenir, ces arbres risquent de se dessécher. De plus, ils peuvent atteindre jusqu'à 45 mètres de haut et prendre beaucoup le vent. Cela les rend particulièrement vulnérables aux tempêtes, qui deviendront plus fréquentes à l'avenir. Avec des risques de chutes et de déracinement".

Le remplacement des hêtres se fera progressivement, sur une période de 24 ans. Ainsi, l'apparence de la forêt ne changera pas trop. La plupart des arbres seront remplacés par des chênes sessiles.

Le professeur Martin Hermy qui est expert en gestion forestière à la KU Leuven estime que l'approche de la région bruxelloise est exagérée. "Si les hêtres sont sur un bon sol limoneux, ils sont parfaitement résistants au changement climatique.

Au moins 80 % du sol de la Forêt de Soignes est constitué de limon. Je ne vois donc aucune raison de remplacer les hêtres à grande échelle. Dans les endroits où le limon est complètement sec ou où le sol est composé de sable, il est sage de remplacer les hêtres par des chênes, car leurs racines poussent plus profondément. Mais la plupart des hêtres peuvent rester là."

Mais la Région de Bruxelles-Capitale n'est pas la seule région à vouloir remplacer les hêtres de la Forêt de Soignes par d'autres essences. La Flandre veut faire de même. Mais avec une préoccupation différente. La Flandre ne pense pas tant aux conséquences du changement climatique qu'à la promotion de la biodiversité. Cela joue d'ailleurs également un rôle dans la motivation de la Région bruxelloise.

"Plus il y a d'espèces d'arbres et de plantes dans une forêt, mieux elle est protégée contre les parasites et les maladies.
Martin Hermy de la KU Leuven

"La biodiversité est en effet une préoccupation légitime ", confirme le Professeur Hermy.

"Plus il y a d'espèces d'arbres et de plantes dans une forêt, mieux elle est protégée contre les parasites et les maladies. Les moisissures et les insectes qui causent des maladies choisissent habituellement une espèce d'arbre en particulier. Si une forêt ne se compose que de cette espèce, elle menace de disparaître complètement en cas de maladie. Dans une forêt multi-espèces, d'autres espèces peuvent remplacer les arbres qui disparaissent. C'est ainsi que la forêt continue d'exister."