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Le prince Henri de Croÿ aidait des riches Belges à dissimuler leur fortune

Une quarantaine de Belges fortunés réussiraient depuis des années à dissimuler des dizaines de millions d’euros noirs au fisc et à la justice avec l'aide du réseau du prince belge Henri de Croÿ. C'est ce que révèle une enquête publiée ce samedi dans les quotidiens financiers De Tijd et L'Echo. Les journalistes ont suivi la trace de ces grandes fortunes en épluchant plus de 3.100 e-mails et autres documents fuités. La justice française a ouvert une enquête, la belge ne l’a pas encore fait.

Une quarantaine de clients ont pu être identifiés par les quotidiens, via plus de 3.100 e-mails, fax, contrats et données bancaires que De Tijd a pu étudier grâce au magazine français L’Obs et qui ont donc fuité. Ces données mettraient au jour un réseau mis en place par le prince belge Henri de Croÿ  (60 ans) pour dissimuler des millions d’euros provenant de clients riches.

Ils ont confié à de Croÿ des sommes allant jusqu'à 13 millions d'euros. Ce dernier leur a permis de dissimuler leur argent sur des comptes secrets aux Emirats Arabes Unis, aux Bahamas ou à Porto Rico aux noms de sociétés écrans et à l'aide d'un réseau international d'hommes de paille. Le prince leur a également permis de profiter de leur argent sur le sol belge, notamment en faisant appel à des coursiers. Ces derniers fixaient rendez-vous aux clients à Bruxelles et leur remettait un sac de billets de banque. "Ils étaient par exemple dissimulés sous un sac de capsules de café Nespresso".

Certains clients ont en outre bénéficié de cartes de crédit anonymes intraçables, qui devaient être chargées d’autres comptes que le prince utilisait et sur lesquels il mélangeait l’argent des différents clients pour effacer les traces, précise les deux quotidiens financiers.

"C’est un trafic d’argent inédit permettant à des membres de la haute noblesse, des chefs d’entreprises et d’autres Belges nantis de dissimuler de l’argent noir du fisc", indiquait Lars Bové du quotidien De Tijd, ce samedi dans l’émission "De ochtend" de la VRT.

Optimalisation fiscale ?

Pour promouvoir ses services et attirer les riches clients, le prince de Croÿ organisait de grandes fêtes au Château d’Azy en France. La justice française a d’ailleurs lancé une enquête à son sujet, à la suite de révélations faites par le magazine français L’Obs. "L’Inspection spéciale des Impôts aurait demandé à la justice française s’il y a des Belges qui sont liés à cette fraude, mais d’après les Français ce ne serait pas le cas", indique Lars Bové. "Et pourtant, les documents qui ont fuité démontrent que le prince avait un nombre élevé de clients français".

L’avocat suisse de Henri de Croÿ affirme qu’il ne s’agit pas d’un blanchiment d’argent ni de fraude fiscale, mais uniquement d’une opération d’optimalisation fiscale, légale selon lui.

Henri de Croÿ a déjà fait l'objet de poursuites en Belgique, avant que la cour d'appel de Liège ne prononce en 2015 la relaxe complète de l'intéressé, tirant un trait sur un dossier à 32 millions d'euros. C'est aujourd'hui la justice française qui s'intéresse à lui, le soupçonnant d'avoir aidé des fortunes françaises à dissimuler leurs millions.