Un Brexit dur pourrait mettre en péril 4.500 emplois de l’industrie alimentaire belge

Une sortie du Royaume-Uni en s’affranchissant totalement des règles de l’Union européenne, risque d'avoir un impact majeur sur l'emploi dans le secteur textile et le secteur alimentaire, tant en Europe qu'en Belgique. Selon une nouvelle étude d'impact réalisée par la KU Leuven, un Brexit dans lequel le Royaume-Uni quitte également le marché intérieur européen entraînerait en effet la perte de 4.523 emplois dans l'industrie alimentaire et des boissons en Belgique. La Flandre serait la plus durement touchée.

L'étude en question, qui s'intéresse à l'impact du Brexit sur différents secteurs économiques, a été menée à la demande de la Région flamande. Elle fait une distinction entre une sortie "douce" et "dure" du Royaume-Uni de l'Union européenne. La première option implique que ce pays quitte l'UE mais continue à faire partie du marché intérieur ou de l'union douanière européenne, la seconde qu'il quitte également le marché intérieur et se conforme aux règles de l'Organisation mondiale du commerce.

Selon cette analyse de l’Université catholique de Louvain (KU Leuven), l'impact du départ britannique de l'Union européenne sur l'industrie des produits alimentaires et des boissons serait encore plus lourd qu'on ne le supposait jusqu'à présent. Selon les chercheurs, dans l'éventualité d'un Brexit dur, 112.000 emplois seraient perdus à l'échelle des 27 pays de l'UE. En Belgique, le compteur s'établirait à 4.523, alors qu'en cas de sortie douce, il s'arrêterait à 762.

L'industrie alimentaire flamande serait la plus durement touchée. Le Royaume-Uni est en effet l'un de ses principaux marchés d'exportation et une telle sortie imposerait des restrictions commerciales supplémentaires. L'étude démontre par ailleurs qu'il n'y a pas d'opposition en Europe entre l'est et l'ouest en ce qui concerne l'impact du Brexit. Vu la nature en réseau de l'économie européenne, les pays les plus proches du Royaume-Uni ne sont ainsi pas les seuls concernés. La Pologne, la Suède, la Slovaquie, la République tchèque, la Roumanie et la Hongrie n'échapperaient, par exemple, pas à ses effets.

Pour les quinze secteurs économiques les plus touchés par le Brexit, la Belgique se trouve presque à chaque fois dans le top 3 des pays où l'impact est le plus fort (exprimé en pertes d'emplois relatives). Une sortie douce menace de faire disparaître 10.000 emplois à travers le pays, contre 42.000 pour sa version dure.
Le Brexit pourrait entraîner des pertes d'emploi pouvant atteindre 1,2 million à travers l'UE et 525.000 au Royaume-Uni. A l'échelle du continent, la plupart des emplois disparaîtront dans le secteur du textile, où 130.000 emplois pourraient passer à la trappe. En Belgique, 3.440 emplois sont menacés.

Protéger les ports d’Anvers et Zeebrugge

Le secteur des services n'échappera pas non plus aux conséquences du Brexit. "Il n'y a pas de tarifs douaniers en vigueur sur les services et ils ne seront pas imposés, même dans le cas d'un 'no deal'", expliquent les chercheurs de la KU Leuven. "Mais les services sont également importants pendant les processus de production, ce qui signifie que de nouveaux tarifs sur les produits pourraient également affecter le secteur des services." Si des droits de douane sont imposés sur le commerce des voitures, les services juridiques d'appui seront également affectés, illustrent-ils.

Pour le département flamand des Affaires étrangères, qui a commandé cette étude d'impact, la solidarité européenne est la clé pour digérer le Brexit. Et c'est encore plus vrai si les Britanniques quittent l'UE sans accord. Sa secrétaire générale Julie Bynens a souligné jeudi la nécessité d'un "fonds d'ajustement du Brexit" spécial, intégré au budget pluriannuel européen. Elle a également appelé l'UE à protéger les ports d'Anvers, Zeebrugge, Rotterdam et Calais, situés au bord de la mer du Nord, en raison de leur rôle vital dans l'ensemble du tissu économique.