Aucun parti francophone n'a félicité publiquement Charles Michel pour sa nomination

Fait remarquable, aucun président de parti francophone n'avait adressé de félicitations publiques à Charles Michel mardi soir après sa désignation à la tête du Conseil européen. Plusieurs présidents de parti ont ensuite fait savoir qu'ils avaient félicité discrètement M. Michel.

Le président de DéFI Olivier Maingain s'est singularisé mercredi peu après 10 heures en souhaitant sur Twitter le succès à M. Michel "pour renforcer l'ambition démocratique de l'UE et la protection des citoyens européens".

Ni Elio Di Rupo ni Maxime Prevot ni Jean-Marc Nollet n'ont tweeté, ce dernier adressant ses félicitations à la libération de la capitaine du Sea-Watch Carola Rackete ou... à la victoire de l'équipe féminine de basket au championnat d'Europe. La seule à avoir tweeté est l'autre co-présidente d'Ecolo Zakia Khattabi pour estimer que "la N-VA perd donc son meilleur allié" en Belgique.

Mercredi midi, le CDH a fait savoir que son président Maxime Prevot n'avait pu réagir, n'étant pas joignable et n'ayant pu tweeté, alors qu'il effectue une mission à l'étranger pour le compte de la ville de Namur dont il est bourgmestre. Pour le CDH, "la nomination d'un Belge est toujours une reconnaissance, une fierté pour notre pays. Il est donc enthousiasmant qu'un Belge soit valorisé de la sorte. C'est un espoir pour l'Europe, un bel hommage pour notre pays. Le CDH est convaincu que l'Europe a besoin d'un projet fort !".

Le président du PS Elio Di Rupo a félicité M. Michel dans la discrétion.

Pour le chef de file francophone du PTB Raoul Hedebouw, Charles Michel se voit promu à "l'Europe de l'inégalité et de la concurrence" après avoir été sanctionné dans son pays pour avoir mené une "politique d'austérité anti-sociale".

Paradoxe à l'aune de l'état de leurs relations, le chef de file des négociations pour le PS en Wallonie, Paul Magnette, qui était candidat au scrutin européen, mais qui ne siègera pas à Strasbourg malgré son élection, a lui félicité Charles Michel sur Twitter, l'assurant cependant qu'il pouvait compter sur "la vigueur critique des Européens de gauche". Dans un autre tweet, il a dit espérer que le groupe socialiste au parlement européen rejettera le paquet de nominations aux hauts postes européens soumis par les chefs d'Etat et de gouvernement, dont ne fait pas partie la désignation de M. Michel.

D'autres personnalités francophones ont également félicité M. Michel, parmi lesquelles l'ex-président du CDH Benoît Lutgen et la cheffe de groupe CDH à la Chambre Catherine Fonck.

Au nom du "rassemblement des démocrates", Olivier Maingain a invité à refuser "les mesquineries", M. Michel ayant à ses yeux fait la preuve de son engagement européen en sauvant l'appui de la Belgique au pacte de Marrakech sur la régulation des migrations que fustigeaient la N-VA et le Vlaams Belang.

Félicitations du MR et surtout de Flandre

Les principales félicitations publiques en Belgique sont venues des représentants du MR et de Flandre mardi soir, notamment des présidents de l'Open VLD et du CD&V, Gwendolyn Rutten et Wouter Beke, mais également de leurs homologues au SP.A et chez Groen, John Crombez et Meyrem Almaci.

Pourfendeur du pacte de Marrakech, le président de la N-VA Bart De Wever n'a pas salué M. Michel (le président du VB non plus) sur Twitter, se contentant de lui adresser un SMS.

Des félicitations ont également émané des rangs de la N-VA. Parmi les nationalistes, l'ex-secrétaire d'Etat Theo Francken, l'un des artisans du retrait du gouvernement fédéral en décembre 2018, sur fond de contestation du pacte de Marrakesh relatif à la régulation des migrations, a soufflé le chaud et le froid.

"Marrakesh devient Marracash. Je savais qu'il n'était pas vraiment question de ce pacte mais de se trouver du bon côté de Macron", a-t-il tweeté.

Les relations du MR avec les autres formations politiques - singulièrement le PS et Ecolo - sont particulièrement tendues depuis la participation des réformateurs depuis 2014 à un gouvernement fédéral largement minoritaire dans la partie francophone du pays. L'état de ces relations entache notamment la formation d'un gouvernement en Wallonie.

Le Délégué du MR Georges-Louis Bouchez a retweeté la position du rédacteur en chef du journal Le Soir selon qui "le monde politique ne sort pas grandi" de cet épisode en Belgique francophone. Ce dernier estime qu'"il y a des moments où les querelles partisanes doivent cesser, au moins quelques minutes".