La Belgique, deux démocraties ? "Le fossé entre la Flandre et la Wallonie se creuse de plus en plus"

Notre pays est-il composé d’une démocratie flamande et d’une démocratie francophone, comme l'affirme Bart De Wever, président de la N-VA ? Le journaliste politique de la VRT Ivan De Vadder estime que nous vivons de plus en plus dans deux mondes différents et son collègue de la RTBF Alain Gerlache reconnaît que l’écart se creuse de plus en plus entre les communautés flamande et française.

L’incident qui s’est produit mardi après la prestation de serment de la toute nouvelle ministre présidente flamande, Liesbeth Homans (N-VA) est représentatif de la manière dont les deux communautés analysent les choses de manière différente.

Alors qu’elle allait poser pour une photo avec les ministres de son gouvernement, la ministre présidente Liesbeth Homans a déclaré qu’elle ne voulait pas du chiffon belge à l’arrière-plan. Elle désignait de la sorte le drapeau tricolore de la Belgique. "Du côté francophone les réactions ont été unanimes : le masque est tombé, "Liesbeth Homans est anti-Belge" a déclaré Alain Gerlache dans l’émission "De wereld vandaag" sur Radio 1 (VRT).

"De l’autre côté de la frontière linguistique, on a une image stéréotypée d’une partie de la Flandre et cette image est immédiatement mise en avant" ajoute Ivan De Vadder. "Liesbeth Homans fait partie de la N-VA, la N-VA est un parti qui est contre l’existence de la Belgique, donc elle est immédiatement associée à cette image. "Cela dit", ajoute Ivan De Vadder,  "je trouvais que sa remarque était le signe d’un manque de respect".

Le fait que près d'un Flamand sur deux a voté pour la N-VA ou le Vlaams Belang est alarmant pour de nombreux francophones.
Alain Gerlache

Ivan De Vadder prend un autre exemple, un article sur le site internet de la RTBF relate un incident raciste qui s’est produit à Waregem, en Flandre occidentale.

Une famille d’origine marocaine doit subir les insultes d’un voisin raciste. "Sales nègres, vous puez" a déclaré ce voisin à deux jeunes adolescentes. L’article de la RTBF s’intitule "Sales nègres, vous puez!" : scène de "racisme ordinaire" à Waregem".

"Cela laisse suposer que c’est comme cela que ça se passe tout le temps en Flandre, or, on oublie qu’il y a à peine une semaine une journaliste d’origine marocaine présentant le journal sur RTL TVi, subissait elle-aussi des insultes racistes".

"Les résultats des élections du 26 mai dernier jouent probablement un rôle à cet égard, explique Alain Gerlache. "Le fait que près d'un Flamand sur deux a voté pour la N-VA ou le Vlaams Belang est alarmant pour de nombreux francophones".  

L'objectivité, c’est quelque chose qu’on ne peut pratiquer que dans le contexte de sa propre communauté.
Ivan De Vadder

Comment réagissent les journalistes ? "C'est toujours le problème avec les journalistes ", ajoute Alain Gerlache. "Ils sont principalement en contact avec leur propre communauté. Il y a donc une connaissance insuffisante de l'autre groupe linguistique ? "Bien sûr, il y a un manque de contact avec la Flandre, mais, l'attitude des hommes politiques n'aide pas. Lorsqu’il tente d'apporter un peu plus d'objectivité dans la couverture de la Flandre, Alain Gerlache est alors accusé par les téléspectateurs et les auditeurs francophones d'être trop souvent fourré dans les studios flamands.

"L'objectivité, c’est quelque chose qu’on ne peut pratiquer que dans le contexte de sa propre communauté", estime de son côté Ivan De Vadder. "En tant que journaliste, vous savez parfaitement comment aborder l'extrême droite ou l'extrême gauche dans votre propre communauté. Dans un autre pays ou une autre communauté, cela s'avère plus difficile".

"Nous le remarquons lorsque la BBC, les chaînes françaises, la RTBF ou la RTL viennent en Flandre pour faire des reportages, estime Ivan De Vadder, mais ajoute immédiatement que même les médias flamands ne font pas toujours des reportages nuancés de l'autre côté de la frontière linguistique.

Des hommes politique francophones plaident pour le maintien de la Belgique unie, mais refusent de se rendre dans un studio de la télévision flamande.
Ivan De Vadder

Les hommes politiques, non plus, ne semblent pas intéressés par l’autre communauté. C’est ce qu’a vécu le journaliste de la VRT Pieterjan De Smedt lorsqu’il a voulu interviewer des dirigeants du parti socialiste francophone. La plupart des responsables politiques francophones ne semblent pas enthousiastes à l'idée de se rendre dans un studio de la télévision publique flamande. "Ils n'ont rien à y gagner ", estime Alain Gerlache.

Cela dit ces mêmes hommes politique plaident, la main sur le cœur, pour le maintien de la Belgique unie, et même pour la création d’une circonscription fédérale, mais ils refusent de se rendre dans un studio de la télévision flamande", observe de son côté Ivan De Vadder.  "Alors, que cela nous plaise ou non, je crois que nous sommes de plus en plus dans deux mondes différents. "Le fossé se creuse de plus en plus", confirme Alain Gerlache.