Photo d'archive. (c) Koen Wessing/ Hollandse Hoogte

L’histoire oubliée du champion cycliste intersexe Willy De Bruyn, né sous le prénom d’Elvire

La Ville de Bruxelles a inauguré vendredi la rue Willy De Bruyn en hommage à cette figure du cyclisme belge des années trente, mais aussi de la lutte pour les droits des personnes transgenres et intersexes. Né au début de la Première guerre mondiale sous le prénom d’Elvire, il s’est fait juridiquement reconnaître en tant qu’homme en 1937.

Willy De Bruyn a été sacré champion du monde de cyclisme chez les femmes en 1934 et 1936. Il est né en 1914, entre Bruxelles et Alost, sous une identité féminine. Ses parents lui donnèrent le prénom Elvire De Bruyn. A l'âge de 14 ans, il était déjà devenu champion de Belgique, après une course remportée avec 7 minutes d'avance.

Selon certains documents, Willy De Bruyn était probablement une personne intersexe, à savoir une personne qui présente à la naissance des caractères sexuels qui ne sont pas typiquement masculins ou féminins.

En 1937, il s'est fait juridiquement reconnaître en tant qu'homme. Après avoir mis un terme à sa carrière cycliste, il s'est établi à Bruxelles où il a ouvert avec son épouse le café 'Denderleeuw', situé dans le quartier de l'allée Verte. Willy De Bruyn est décédé à Alost à l'âge de 75 ans.

Un combat qui reste d’actualité

La nouvelle rue Willy De Bruyn se trouve au croisement de l'allée Verte et de l'avenue de l'Héliport. L’événement a eu lieu en présence de l'échevine de l'Urbanisme et des Espaces publics Ans Persoons, de l'échevin de l'Égalité des chances Khalid Zian, mais aussi de représentants d'associations de la communauté LGBTQI+ comme la RainbowHouse.

"À travers les dénominations de rues, nous gardons en mémoire celles et ceux qui ont permis de faire avancer la société", a souligné Ans Persoons. "Willy De Bruyn fait partie de ces personnes, dont l'histoire mérite d'être connue, dans son combat pour faire reconnaître les personnes transgenres".

Si le succès de Willy De Bruyn lui a aussi valu de connaître le mépris pour sa déviance de la norme particulièrement taboue au siècle dernier, les élus ont remarqué que le combat des athlètes transgenres restait encore d'actualité. Ils ont notamment fait référence à la coureuse sud-africaine Caster Semenya, dont le taux anormalement élevé de testostérone a fait l'objet de vifs débats dans la presse internationale.

L'échevin Khalid Zian estime qu'il est primordial de poursuivre le travail de sensibilisation: "Cela passe par des évènements comme la Pride ou par les différentes actions que mènent la Ville et la cellule Égalité des chances, tout au long de l'année. L'inauguration de cette rue est donc une corde que nous rajoutons à notre arc afin de montrer que les personnes transgenres sont présentes dans l'histoire et la culture de notre pays".