Le 26 mai dernier, un électeur sur trois a voté pour un autre parti qu’en 2014

L’électeur belge est devenu plus instable que jamais. Selon une étude réalisée par un consortium d’universités belges, lors du scrutin du 26 mai dernier, un électeur sur trois a voté pour un autre parti qu’en 2014. Selon le chercheur de l’université d’Anvers Patrick Van Erkel, "les électeurs belges sont devenus plus adultes. A présent, ils expriment vraiment leur choix personnel".

Dans le passé, la situation était simple : vous votiez pour le parti du pilier auquel appartenait votre famille. Mais ces piliers ont perdu de leur influence et l'électeur est devenu beaucoup plus indépendant. Plus que jamais, cela s'est avéré le 26 mai dernier. Pas moins d'un tiers des électeurs n'ont pas voté en 2019 pour le parti pour lequel ils avaient voté en 2014. C'est ce qui ressort clairement de l’étude réalisée par l'Université d'Anvers, la KU Leuven et de l'UCLouvain (Louvain-la-Neuve).

Le chercheur de l’université d’Anvers Patrick Van Erkel (UA) explique ainsi: "Dans les années 60’, ’70 et 80, on avait la pilarisation en Belgique. (Un phénomène basé sur la structuration d’un ensemble d’organisations (partis, mutualités, écoles, associations d’éducation permanente, etc.) en fonction de tendances idéologiques concomitantes ndlr.) Mais ce phénomène a quasi disparu aujourd’hui. Les électeurs ont donc vraiment commencé à faire leur propre choix, ils sont devenus adultes. La plupart d'entre eux ont un parti ou deux en tête pour lesquels ils sont disposés à voter. Et ils choisissent ensuite parmi ceux-là en fonction de leur performance ou de la figure de leur leader."

Le score de volatilité, soit les différences de résultats entre les deux scrutins, atteint 16,9 en Flandre et 16,6 en Wallonie contre 14,9 pour l'ensemble du pays en 2010, année pourtant marquée par une crise communautaire.

Près d'un tiers des électeurs flamands et wallons ont changé de parti entre 2014 et 2019. En Flandre, le PVDA (le PTB) a également bénéficié de cette tendance, de même que le Vlaams Belang. En Wallonie, le PTB est le grand gagnant de ce mouvement: s'il a perdu 25% de ses électeurs, il est parvenu à en attirer 40% d'autres partis.

Le PTB a surtout pris des électeurs au PS et à Ecolo, et Ecolo au MR et au PS. Le Vlaams Belang a surtout pris des électeurs à la N-VA (18,5%).
Un peu plus d'un cinquième des votants a changé de parti au cours de la campagne électorale.

En Flandre, les pertes de la N-VA ont profité au Vlaams Belang

En Flandre, la N-VA n'a pas connu sa plus grosse perte pendant la campagne mais avant celle-ci. L'immigration semble être le motif principal de cette tendance qui a profité au Vlaams Belang. Plus de 80% des électeurs passés de la première au second ont déclaré que ce thème était l'un des deux les plus importants pour leur vote, contre 43% dans la population en général.

En Wallonie, ce sont les partis traditionnels qui s'en sortent le mieux puisqu'il apparaît qu'au cours des 3-4 semaines qui ont précédé les élections, ils ont pu limiter la casse. Le PTB a perdu une partie de son soutien au profit du PS, et Ecolo au profit du MR et du PS.

Faut-il y voir l'effet de la communication très dure des libéraux envers les écologistes et/ou celle du tract "communautariste" des Verts bruxellois? Il apparaît en tout cas que le MR a réalisé des gains nets au cours de la campagne avec un afflux considérable d'électeurs Ecolo.

L'étude a été réalisée auprès d'un panel de 1.470 personnes en Flandre et 860 en Wallonie. Bruxelles a été exclue des analyses car la taille de l'échantillon a été jugée trop petite au regard, notamment, du nombre de partis.