Laurie Dieffembacq

"Sans investissements supplémentaires, certaines opérations militaires seront compromises"

La Défense devra disposer de 2,4 milliards d'euros supplémentaires au cours de l'actuelle législature - soit d'ici 2024 - pour renouveler son matériel, assurer sa transformation et recruter quelque 10.000 nouveaux militaires en renforçant l'attractivité du métier des armes face à la concurrence du marché de l'emploi dans le secteur civil, a affirmé vendredi le "patron" de l'armée, le général Marc Compernol.

"On a fait ça (des "réinvestissements" en matériels majeurs à hauteur de 9,2 milliards d'euros sous le gouvernement Michel 1er, qui expédie désormais les affaires courantes dans l'attente de la mise en place d'une nouvelle équipe fédérale), mais cela n'est pas terminé", a-t-il déclaré lors d'un entretien accordé à l'agence Belga.

"On a réalisé à peu près environ 80% de ces investissements (nouveaux avions de combat F-35, véhicules de combat, navires de lutte contre les mines et drones) pour remplacer du matériel arrivant en fin de vie", s'est réjoui le chef de la Défense (Chod) à l'avant-veille de la Fête nationale - une occasion pour l'armée de se présenter au grand public.

"Mais il y a encore pas mal d'investissements qui sont moins visibles mais aussi importants pour rester dans (le cadre fixé par) la +vision stratégique+ (approuvée en juin 2016 par le gouvernement et qui fixe les contours de l'armée à l'horizon 2030), a-t-il prévenu, dans un message principalement adressé au monde politique.
 

S'il n'y a pas de hausse du budget, cela aura un impact sur l'output de la Défense, principalement en terme de participation aux opérations à l'étranger

"Et tout doucement, on commence à regarder plus loin que la vision stratégique et il y aura d'autres investissements qui seront nécessaires si l'on veut continuer à répondre aux critères de l'Otan", a dit le général Compernol. Il a rappelé que nombre d'exigences formulées par l'Alliance atlantique ne sont actuellement pas satisfaites - comme la création d'une deuxième brigade terrestre (soit au moins 3.000 hommes).

Avec les factures des grands achats en vue, il faut, selon lui, atteindre le chiffre de 1,27% du Produit intérieur brut (PIB) consacré à la Défense en 2024. L'Otan - qui presse ses Etats-membres d'augmenter leur dépenses militaires pour arriver à 2% à cette échéance - estime que la Belgique consacrera cette année 0,93% de son PIB aux dépenses de défense (une notion qui comprend aussi les pensions des militaires).

Ce qui représente un montant de 2,4 milliards supplémentaire pour la Défense d'ici 2024, a expliqué le Chod.

"Je réalise qu'il s'agit de beaucoup d'argent mais c'est un héritage du passé", a-t-il souligné.

S'il n'y a pas de hausse du budget, cela aura un impact sur l'output de la Défense, principalement en terme de participation aux opérations à l'étranger, a averti le général.

Et "à terme", la norme doit atteindre à 1,5 ou 1,6% "si l'on veut arriver à un appareil militaire digne de ce nom" pour la Belgique, l'un des dix pays les plus prospères de l'Union européenne. Il jugé toutefois l'objectif des 2% irréaliste à atteindre pour la Belgique.

Le général Compernol a aussi insisté sur l'importance du personnel, alors que 41% des militaires partiront à la retraite d'ici 2025. Ce qui contraindra l'armée, même en voie de réduction à 27.000 personnes (dont 2.000 civils, l'objectif fixé par la vision stratégique) à recruter près de 12.000 personnes durant cette période, dans un marché du travail de plus en plus concurrentiel et avec une pénurie de travailleurs croissante en Flandre.

Le "CHOD" a également mis le doigt sur les besoins criants qui existent en matière d'infrastructure, avec des casernes parfois dans un état "abominable", afin de les mettre aux normes. Il a salué la volonté politique croissante de ne plus fermer d'installations militaires. Mais il souhaite aller plus loin, en construisant "à terme des nouvelles casernes" dans des zones où de la main d'oeuvre est disponible - pour favoriser le recrutement régional - et/ou la collaboration avec des écoles ou l'industrie pourrait déboucher des opérations "gagnant-gagnant".

Pour tenter de convaincre le monde politique, le "patron" des forces armées a entrepris de rencontrer les présidents de parti. Il a également mis sur pied une équipe NFL (nouvelle législature fédérale) capable de répondre aux sollicitations des dirigeants politiques et prépare un document destiné au formateur - quand il aura été désigné par le roi Philippe.