Le sabotage de Doel 4 reste un mystère, 5 ans après les faits

Ce lundi, cela fait exactement 5 ans que le réacteur nucléaire Doel 4 a été mis à l’arrêt durant quatre mois et demi en raison d’une fuite d’huile. On ignore toujours qui a commis ces actes de malveillance.

Le 5 août 2014, à 11 heures 06, une vanne de sécurité, censée servir en cas d'incendie, a été ouverte dans la partie non nucléaire de la centrale de Doel. En 37 minutes à peine, 65.000 litres d'huile de graissage se sont écoulés dans un réservoir de secours. La turbine a tourné un bon moment à sec avant d'être mise à l'arrêt, ce qui a provoqué de sérieux dégâts. Les coûts de réparation dépassent les 100 millions d’euros.

Du jamais vu

C’est la première fois qu’un sabotage de ce type se produit en Belgique. Il y a cinq ans, le parquet fédéral a lancé une enquête dans la plus grande discrétion.

En décembre 2014, l'OCAM (Organisation de coordination pour l'analyse de la menace) a déclaré que l'enquête avait montré qu'il s'agissait d'un acte criminel préparé depuis longtemps. Selon lui, l'enquête suit la voie du terrorisme. "Si le parquet fédéral travaille sur ce dossier, c'est qu'il va dans cette direction", expliquait André Vandoren, le responsable de l'OCAM de l'époque.

L'enquête se concentre sur les employés qui étaient présents dans la salle des turbines le 5 août. Le scénario le plus logique voudrait que l'un d'entre eux soit responsable du sabotage. Une soixantaine de personnes, employés d'Electrabel et sous-traitants, sont concernées. Elles ont toutes été interrogées. Le groupe de suspects possibles s’est alors réduit et un détecteur de mensonges a également été utilisé, mais aucun résultat concret, depuis.

Procédure renforcée

Les enquêteurs ne disposent pas d'images caméra de l'ouverture du robinet, ils n’ont retrouvé ni empreinte digitale ni matériel génétique. Afin d'éviter de nouveaux sabotages, les procédures de sécurité ont été renforcées, explique Hellen Smeets d'Engie Electrabel : "L'accès au site a été encore renforcé. D'autres caméras ont été installées. Certaines installations ont été sécurisées. Les employés ne sont plus autorisés à se rendre seuls dans certaines zones, ils doivent toujours être accompagnés d'un collègue."

Toutes les centrales nucléaires belges appliquent ces mesures. "Nous en avons tiré des enseignements", déclare Ines Venneman, de la AFCN, l'Agence fédérale de contrôle nucléaire. "Nous avons pris de nombreuses mesures pour éviter de tels incidents à l'avenir. La Belgique joue désormais un rôle de premier plan dans ce domaine. Nous donnons des ateliers sur les menaces internes, également à l’étranger."

Rien de neuf en cinq ans

Cinq ans plus tard, l’enquête est toujours en cours d'ouverture, "mais elle est très complexe", explique le parquet fédéral qui s’abstient de commentaires supplémentaires.

Du côté d’Engie Electrabel, même son de cloche : "En 2016, Electrabel a demandé une enquête supplémentaire afin de clarifier cette affaire, qui a causé de sérieux dommages à l'entreprise", déclare Hellen Smeets. "L'enquête est toujours en cours. Nous ne pouvons pas commenter l'état actuel des choses."