Pourquoi Bart De Wever attend-il aussi longtemps pour accoucher d’un gouvernement flamand ?

Du côté de la N-VA, toutes les options sont encore ouvertes en matière de choix de coalition de gouvernement flamand. Le président Bart De Wever ne dévoile toujours pas son jeu. Officiellement, le Vlaams Belang est toujours en course. Plus de clarté devrait émerger cette semaine, même si on entend ça et là qu’un deuxième tour de négociations pourrait se profiler à l’horizon. Il est aussi possible que cette question soit tranchée début de la semaine prochaine. Pourquoi Bart De Wever attend-il aussi longtemps pour accoucher d’un gouvernement flamand ?

PTB et science-fiction

Le président de la N-VA se trouve dans une position de luxe. En raison du score élevé du Vlaams Belang et du cordon sanitaire qui l’entoure, aucune autre coalition n’est possible sans la N-VA. Ou alors, le CD&V, l’Open VLD, Groen, et le SP.A doivent constituer un gouvernement avec le PTB. Mais ça, c’est de la science-fiction.

Bart De Wever, rongé par le doute ?

C’est bien beau d’avoir l’embarras du choix pour la N-VA, mais encore faut-il faire un choix. Différents partenaires de coalition potentiels ont l’impression que Bart De Wever est rongé par le doute. Selon eux, c’est plus qu’un simple jeu visant à réduire au maximum les exigences des partenaires de coalition en les montant les uns contre les autres.

Ils partent du principe que Bart De Wever doit mener les négociations tout en regardant dans son dos pour satisfaire toutes les tendances au sein de son parti. C’est la première fois que la N-VA subit une défaite lors d’élections parlementaires. Le parti a perdu plus de 7 % alors que son concurrent le Vlaams Belang a dépassé les 18 %, une situation tout sauf confortable. Cela contraint Bart De Wever à s’atteler à la tâche avec prudence. C’est la raison pour laquelle il prend son temps afin de prendre les "bonnes" décisions.

L’axe impossible N-VA/Vlaams Belang

Il existe un noyau dur au sein de la N-VA qui ne veut certainement pas lâcher le Vlaams Belang. Au final, les deux partis font partie de la famille et ces membres de la N-VA ne veulent pas nier les plus de 800.000 électeurs du Vlaams Belang. Il s’agit en fin de compte de concurrence que l’on ne peut pas tout simplement minimiser. C’est pour ça qu’au Vlaams Belang, on plaide toujours pour la création d’un axe N-VA/Vlaams Belang et d’un modèle uni pour la vie.

Le Vlaams Belang espère qu’après quelques mois une coalition ayant une majorité verra le jour. Mais, du côté de la N-VA, on se rend compte que cela provoquerait une longue période d'ingouvernabilité au niveau flamand tant aimé. De plus, la N-VA serait un paria au fédéral pour les partis francophones si elle liait son destin à celui du Vlaams Belang.

Dans les hautes sphères de la N-VA, il est maintenant clair qu'il n'y a aucun parti flamand prêt à aider l'axe N-VA/Vlaams Belang à obtenir une majorité. Ce choix semble avoir été pris. La pause a fait son travail : elle a démontré qu'un gouvernement minoritaire avec le Vlaams Belang n'est pas viable et que les autres partis ne veulent pas rejoindre un gouvernement minoritaire qui bénéficie du soutien du Vlaams Belang. Nota bene : les si longues négociations entre la N-VA et le Vlaams Belang entraînent la normalisation du Vlaams Belang et, à l'avenir, il sera de plus en plus difficile d'expliquer pourquoi un gouvernement avec le Vlaams Belang n'est pas possible. De cette façon, le Vlaams Belang est de plus en plus réhabilité. 

Une gifle pour le CD&V

La coalition mise de plus en plus en avant ces derniers jours est la formule bourguignonne : N-VA, Open VLD et SP.A, comme à Anvers. Même s’il y a encore des membres N-VA qui détestent les socialistes et qui ne sautent pas de joie à l’idée de cette formule, elle présenterait des avantages pour le parti de Bart De Wever.

Cette option serait synonyme d’une grande gifle pour le CD&V, un parti qui, selon la N-VA, est responsable de l'échec de la coalition suédoise au fédéral. L'ancien vice-premier ministre du CD&V, Kris Peeters, est pointé du doigt, parce qu'il "aurait empêché les réformes socio-économiques et aurait ainsi contribué à provoquer les chamailleries au sein du gouvernement". Le CD&V est aussi par nature un parti de pouvoir, comme le SP.A : ce n'est pas sa tasse de thé de siéger dans l'opposition. La N-VA espère que le CD&V sera ainsi affaibli et ne pourra donc plus jamais revendiquer le titre de "parti populaire" ("volkspartij"). Un gouvernement sans les chrétiens-démocrates flamands permettrait en plus de réduire le poids du pilier catholique dans l'éducation et la protection sociale.

Une coalition avec la SP.A pourrait aussi donner à la N-VA une réputation plus sociale. Le parti de Bart De Wever a été régulièrement accusé d'être très libéral sur le plan socio-économique. Étant donné que le concurrent Vlaams Belang est non seulement très critique sur le plan migratoire, mais qu'il fait aussi des propositions de gauche sur le plan économique, une coalition avec le SP.A peut contribuer à la construction d’un barrage contre le Vlaams Belang.

Le SP.A redevient pertinent

Pour le parti de pouvoir SP.A, participer au gouvernement pourrait être une occasion de grandir. Si les socialistes peuvent obtenir une série de mesures sociales, ils redeviendront pertinents face à Groen. Le fait d'avoir des ministres du SP.A donne aussi plus de visibilité au parti et cela peut attirer des voix. Le SP.A. anversois souhaite aussi que les socialistes gouvernent en Flandre, ne serait-ce que pour faire affluer des subventions vers la métropole.

Il existe aussi des objections à l'égard de la coalition bourguignonne. La formule ne bénéficie que d'un seul siège en plus de la majorité simple. Le gouvernement Van den Brande était dans la même situation en 1995, ce qui n'a pourtant jamais posé problème. Cela maintient la discipline au sein de la coalition, un argument important à l'époque. Ce n'est pas non plus évident de faire tomber un gouvernement flamand. Il faut une autre majorité dans ce sens et avec un Vlaams Belang à 18%, c'est impossible. Et on ne peut pas organiser d’élections anticipées au niveau régional.

De nombreux membres du SP.A ne sont cependant pas favorables à une coalition flamande avec la N-VA. Selon eux, le fossé est trop grand entre les deux partis. L'ancien président Bruno Tobback et la quasi-totalité de la délégation socialiste en Brabant flamand soulèvent des objections. Pour Bruno Tobback, une coalition avec le CD&V au lieu de l'Open VLD serait bien mieux, car les socialistes n'auraient pas à gouverner avec deux partis de droite. En retour, la N-VA dira qu'une coalition avec le SP.A ET le CD&V est trop à gauche. Et si le SP.A exige la présence de CD&V, la N-VA l'acceptera-t-elle ? Autant de choix difficiles pour Bart De Wever.

Fédéral : la N-VA avec le PS ?

Le président de la N-VA doit encore choisir ce qu’il veut au niveau fédéral.

Supposons que la N-VA et le PS puissent gouverner ensemble, la N-VA n'est-elle pas plus à l'aise avec l'Open VLD au gouvernement flamand, car la symétrie est préservée ? Ou cela n’a-t-il pas d’importance et le gouvernement fédéral ne devrait-il être qu'un reflet des gouvernements flamand et wallon, précurseur du modèle confédéral préconisé par la N-VA ?

Le PS et la N-VA pourront-ils un jour s’entendre au niveau fédéral ? La N-VA devra-t-elle renoncer au confédéralisme et se retrouvera-t-elle finalement dans un groupe de travail qui élaborera une nouvelle réforme de l'État pour la prochaine législature ? Le report ne se transformerait-il pas en un abandon ? Et la N-VA ne devra-t-elle pas encaisser de nombreuses mesures de gauche du PS ? Il ne fait aucun doute que le grand groupe du Vlaams Belang à la Chambre s’empressera de tirer à boulets rouges sur le parti de Bart De Wever.

Trop de candidats ministres à la N-VA ?

On dirait pourtant que la N-VA veuille négocier au niveau fédéral avec le PS. Le parti souligne qu'il y a là des leviers importants, comme la fiscalité et la sécurité sociale. De plus, une participation au gouvernement fédéral résout le problème de ressources humaines à la N-VA. De nombreux candidats sont intéressés par des postes ministériels. S’il s’avère impossible de monter au fédéral, d'anciens ministres fédéraux tenteront de devenir ministres flamands, Jan Jambon comme candidat ministre-président en tête. Cela provoquera des frictions si des excellences flamandes doivent céder la place.

Ecolo peut-il faire des compromis ?

Qu'arriverait-il si le PS et la N-VA ne parviennent pas à s'entendre au niveau fédéral ? De nouvelles élections sont-elles alors une solution ? La plupart des partis n'en ont pas envie, car cela pourrait renforcer le Vlaams Belang. Ce serait un aveu d’échec.

Un gouvernement arc-en-ciel avec le CD&V pourrait éviter la tenue de nouvelles élections. Mais tant du côté de l'Open VLD que du CD&V, on se méfie grandement d’Ecolo. Un libéral de premier rang m'a dit : "Ecolo ne veut pas former un gouvernement, mais changer le monde." Les socialistes soulignent quant à eux que les élections présidentielles d'Ecolo à la fin du mois doivent d'abord avoir eu lieu. Après ça, ce serait possible de parler à un leader Ecolo expérimenté tel que Jean-Marc Nollet.

Conclusion

Au niveau fédéral, cela peut encore durer longtemps avant d’avoir un gouvernement. On entend néanmoins dire partout que la N-VA veut quoiqu’il arrive former un gouvernement flamand d’ici la rentrée parlementaire. Les négociations devraient donc se terminer d'ici le 23 septembre.

---

L'auteur de cette analyse est Johny Vansevenant, journaliste politique à VRT NWS. Traduction par Aubry Touriel.