Une pénurie d’eau atteint un quart de la population mondiale, y compris en Flandre

Depuis les années 1960, la consommation en eau a doublé et cette progression ne semble pas s’arrêter. Mais en raison du réchauffement climatique, la pénurie en eau se fait sentir de plus en plus largement et sensiblement. Des chercheurs du World Resources Institute aux Etats-Unis ont calculé, à l’aide de nouveaux modèles hydrologiques, que près d'un quart de la population mondiale, vivant dans 17 pays, est en situation de pénurie hydrique grave. Ces pays sont donc proches du "jour zéro" lors duquel plus aucune goutte ne sortira du robinet. D’après le rapport rendu public mardi soir, la Belgique - et en particulier la Flandre - enregistre elle aussi de mauvais résultats dans ce domaine.

La carte (voir en-dessous du texte) établie par l'Institut pour les ressources mondiales (WRI) mesure les risques de pénurie en eau, de sécheresse et d'inondations fluviales. "L'agriculture, l'industrie, et les municipalités absorbent 80% de la surface disponible et des eaux souterraines lors d'une année moyenne" dans les 17 pays concernés, principalement situés au Moyen-Orient et au nord de l'Afrique, indique l'institut. Ces pays sont le Qatar, Israël, le Liban, l'Iran, la Jordanie, la Libye, le Koweït, l'Arabie saoudite, l'Erythrée, les Emirats arabes unis, Saint Marin, Bahreïn, le Pakistan, le Turkménistan, Oman, le Botswana et l'Inde, deuxième pays le plus peuplé du monde.

"La pénurie en eau est la plus grande crise, dont personne ne parle. Ses conséquences prennent la forme d'insécurité alimentaire, de conflit, de migration, et d'instabilité financière", a indiqué Andrew Steer, PDG de WRI. "Lorsque la demande rivalise avec les réserves, même de petits épisodes de sécheresse - qui vont augmenter avec le changement climatique - peuvent provoquer de terribles conséquences", comme les récentes crises à Cape Town, Sao Paulo ou Chennai, détaille l'institut.

La Belgique mauvais élève, surtout en Flandre

Vingt-sept autres pays figurent sur la liste des pays présentant une "pénurie hydrique élevée". C’est le cas de la Belgique, qui occupe une alarmante 23e place (High baseline water stress) sur un total de 164 pays. Les chercheurs ont réalisé leur liste sur base des états nationaux, mais la carte permet de voir des différences régionales. Il en ressort qu’une grande partie de la Flandre présente même une "pénurie hydrique extrême" et qu’elle est la seule région d’Europe occidentale à être dans cette situation.

La Flandre est en effet l’une des régions les plus densément peuplées et urbanisées d’Europe. Beaucoup d’eau est également utilisée pour l’agriculture et l’industrie. Les Pays-Bas voisins, par exemple, se situent 50 places plus bas sur la liste.

Les chercheurs tirent la sonnette d’alarme : la pénurie d’eau aura un impact énorme sur la vie de millions d’êtres humains, sur les communautés et sur l’économie. Dans les pays du Moyen-Orient, le produit intérieur brut risquerait ainsi de baisser entre 6 à 14% d’ici 2050.

Viser une consommation d’eau plus durable

Les chercheurs du World Resource Institute soulignent qu’il existe des moyens de rétablir l’équilibre entre la demande et l’offre, et proposent trois points d’action. Tout d’abord, l’infrastructure doit être rendue moins dure, en créant davantage de zones de captage d’eau et de collecte d’eau.

Les exploitations agricoles peuvent irriguer de façon plus efficace, voire même cultiver des plantes qui ont besoin de moins d’eau. Enfin, les chercheurs soulignent l’importance du recyclage de l’eau. Ils citent en exemple la Namibie, excessivement aride. Depuis 50 ans, ce pays transforme les eaux souillées des égouts en eau potable. L’Australie a également énormément investi dans une gestion durable de l’eau.

La Flandre aussi peut améliorer sa gestion de l’eau. "La situation médiocre dans ce domaine est un problème de longue date", constate le professeur Patrick Willems, professeur en gestion hydraulique à l’Université catholique de Louvain (KU Leuven). "Mais à cause du réchauffement climatique et de la sécheresse extrême de ces derniers étés, nous n’en voyons que maintenant l’impact réel".

En raison du vieillissement de la population, notre consommation en eau ne va plus augmenter. Mais des mesures s’imposent néanmoins d’urgence, estime le professeur Willems. "Nous devons davantage conserver l’eau de pluie en la laissant infiltrer le sol. C’est faisable en remplissant les réserves d’eau souterraine, en réduisant les constructions et en ajoutant des puits d’eau. Le drainage agricole devrait également être réduit".

Nous devons aussi davantage réutiliser et recycler l’eau, souligne Patrick Willems. "Il faut en outre faire une utilisation plus parcimonieuse de l’eau, dans l’agriculture, l’industrie et dans les foyers".