En quoi la note de Bart De Wever tient-elle compte du Vlaams Belang ?

Bart De Wever laisse tomber le Vlaams Belang, mais sa note de base pour le prochain gouvernement flamand laisse transparaître (en partie) l’empreinte du parti de Tom Van Grieken.  

Moins d’une demi-heure après la diffusion de la note de base, le Vlaams Belang a publié un communiqué incendiaire pour montrer à quel point le texte était décevant. Selon ce parti, une "coalition des perdants" est en préparation, la N-VA passe à côté d’une opportunité historique, le signal "fracassant" des électeurs n'a pas été entendu, les postes ministériels priment.

Néanmoins, Bart De Wever a pris soin de répondre à un certain nombre de souhaits du Vlaams Belang dans ce texte. Le volet d'intégration et d'identité est assez substantiel, le terme "autonomie" (zelfredzaamheid) est crucial dans ce cadre. Les nouveaux arrivants doivent se créer eux-mêmes leur place dans la société flamande et obtiendront moins d'avantages.

À l’aide d’un certain nombre de ses propositions, Bart De Wever s'adresse directement aux partisans du Vlaams Belang, histoire de montrer clairement qu'il a bel et bien entendu le signal de l'électeur. Même en l’absence du Vlaams Belang, l’esprit du parti est présent dans le texte de Bart De Wever. Toutefois, il convient d'ajouter immédiatement que les propositions de De Wever cadrent bien avec  les propos de la N-VA.

On notera entre autres qu’un examen de citoyenneté sera obligatoire, que les logements sociaux seront d'abord attribués aux personnes qui sont sur la liste d'attente depuis le plus longtemps, ou que tout nouvel arrivant devra s'inscrire à l'agence pour l'emploi (VDAB), etc. Toute personne qui souhaite bénéficier d'un certain nombre d'avantages offerts par la Flandre, doit d'abord résider légalement dans ce pays pendant cinq ans. 

Discussions intenses

Le programme est ferme et posera probablement des problèmes aux partenaires potentiels de la coalition. Des personnes au sein du CD&V s'attendent à ce que les discussions au sein du parti soient extrêmement féroces. Peut-être que les partenaires potentiels de Bart De Wever feront encore obstacle, car personne ne veut donner l'impression qu'il va rejoindre un gouvernement dont le programme a été négocié par Bart De Wever avec le Vlaams Belang.

Bart De Wever est prêt à aller loin, comme le montre la proposition relative aux allocations familiales pour les enfants vivant à l'étranger. La N-VA propose de lier les allocations au coût de la vie dans le pays où ils résident, ce qui se traduira souvent par une réduction du montant. Lorsque l'Autriche a tenté d'introduire cette mesure, la Commission européenne a rejeté cette règle, car "discriminatoire".

Coeur sur la main

Il s’agit donc d’une liste stricte, mais, en même temps, il est frappant de voir combien de fois tombent des mots tels que "cœur", "chaleur" ou "solidarité". La N-VA s'est toujours concentrée sur la pauvreté à sa manière, mais elle le fait maintenant un peu plus de manière plus prononcée. Et ce n’est pas un hasard : la N-VA a perdu aux élections précédentes face au Vlaams Belang, qui est non seulement plus dur en termes de migration et d'intégration, mais aussi plus à gauche sur le plan socio-économique. La N-VA veut ainsi couper l'herbe sous le pied du Vlaams Belang.

Mais soyons clairs : il ne s'agit ici pas d'un accord de coalition, mais bien d’une "note de départ". Chaque parti voudra y intégrer certains de ses thèmes favoris ou enlever certains de ses tabous.

Et ce n'est pas seulement une question d'intégration et d'identité. Dans le domaine de l’enseignement, par exemple, un certain nombre de propositions sont totalement indigestes pour le CD&V, telles que l'abolition de facto de la réforme de l’enseignement et des amendements substantiels au décret M.

---

L'auteur de cette analyse est Fabian Lefevere, journaliste à VRT NWS. Traduction par Aubry Touriel.