La statue d'Ambiorix à Tongres

"L’Histoire ne doit pas être un instrument pour faire de la politique"

Le professeur de didactique de l'Histoire à l’Université catholique de Louvain (KU Leuven), Karel Van Nieuwenhuyse, ne voit pas d'un bon œil le plaidoyer de Bart De Wever (N-VA) pour des "canons flamands", à savoir une liste de "points d'ancrage" de la culture et de l'histoire flamandes "qui caractérisent la Flandre en tant que nation européenne" et que les élèves et nouveaux arrivants devront connaître. C’est ce qui est évoqué dans la note d'intention publiée lundi par l'informateur flamand. "Ce n'est pas une bonne idée", a commenté mardi le professeur louvaniste ce mardi sur les ondes de Radio 1 (VRT).

"De cette façon, l'Histoire devient un outil de la politique", a développé le professeur dans l’émission matinale "De ochtend". "Et nous voyons où cela a mené dans d'autres pays." Il n'est pas non plus raisonnable, selon Karel Van Nieuwenhuyse, de se voir imposer une identité.

Une liste de canons existe déjà aux Pays-Bas depuis 2006. Mais elle a mené à de nombreuses discussions sur son bien-fondé, qui s’élèveront certainement aussi en Flandre si le projet aboutissait dans l’accord de gouvernement.

Karel Van Nieuwenhuyse voit un certain anachronisme dans la démarche. La Flandre d’aujourd’hui n’est plus celle du 14e siècle. "A l’époque, il existait un comté de Flandre et un duché de Brabant, deux entités séparées. Si l’on retournait à cette époque avec une machine à remonter le temps, et qu’on qualifiait ces personnes de Flamands, ils se moqueraient certainement de nous".

D’autre part, estime le professeur de la KULeuven, "le plaidoyer en faveur de tels canons flamands tend vers une forme de supériorité que je n'aime pas du tout. Une société repose sur de très nombreuses influences extérieures. Il s'agit d'un discours en faveur d'un mécanisme exclusif plutôt qu'inclusif. Il faut juste abandonner cette idée", a insisté Karel Van Nieuwenhuyse.

La note rend "l'intégration des nouveaux venus plus difficile"

Avec de nouvelles conditions, des contrôles et sanctions supplémentaires, la N-VA rend l'intégration et la participation des nouveaux arrivants plus difficile dans la société, met en garde la plateforme Minderhedenforum (Forum des minorités), dans une réaction à la note de l'informateur flamand Bart De Wever.

Dans une déclaration, l'organisation pointe notamment la contribution financière pour les programmes d'intégration, l'application de sanctions et d'amendes et le lien suffisamment fort et durable avec la commune ou la Région à présenter pour obtenir un foyer social. "Ce sont des mesures qui atteignent petit à petit les personnes les plus vulnérables et issues de l'immigration, et qui auront précisément l'effet inverse sur leur intégration", déplore le directeur du forum Landry Mawungu.

L'association estime aussi que la note met trop l'accent sur "l'identité flamande". "La note part du principe d'une assimilation des personnes d'origine étrangère à l'identité flamande, cependant pour la plupart des Flamands la diversité vient de la différence entre les gens".

Les personnes d'origine étrangère seraient en outre dépeintes comme des individus qui "ne respectent pas l'état de droit et ne prendraient pas leur responsabilité citoyenne et sociétale", regrette l'organisation. La "note de départ" publiée lundi par le président de la N-VA Bart De Wever - et désormais ex-informateur flamand - doit servir de base au formateur Jan Jambon pour doter la Flandre d'un nouveau gouvernement régional en reconduisant la majorité "suédoise". Elle s'inspire largement du programme du parti nationaliste.