Nuages noirs sur la Rue de la Loi: que va faire Di Rupo ?

Le président du PS, Elio Di Rupo, négocie actuellement la formation d’un gouvernement wallon. Malgré des discussions difficiles, la situation est loin d’être aussi compliquée qu’au niveau fédéral. Alors que le blocage est absolu, les divergences au sein du parti socialiste n’arrangent pas la donne. Di Rupo va toutefois devoir choisir : prendre le signal des électeurs flamands en compte et négocier avec la N-VA, ou laisser la situation mener à un retour aux urnes.

Au niveau wallon, le PS espère trouver un accord avec les verts et les libéraux. Elio Di Rupo voudrait à tout prix éviter qu’Ecolo ne le lâche. Un tel scénario mènerait en effet les socialistes à gouverner avec le MR, face à deux partis de gauche (Ecolo et le PTB) dans l’opposition.

La tâche ne semble toutefois pas aussi évidente. Ecolo voudrait par exemple durcir les règles concernant les aéroports de Liège et Charleroi, une position qui est loin de plaire au MR. Di Rupo espère à terme pouvoir aboutir à un mariage de raison. 

L’huile lubrifiante du SP.A

Au niveau fédéral, un tel mariage semble actuellement impossible. Durant le week-end, les deux informateurs, Didier Reynders et Johan Vande Lanotte, se sont rendus chez le roi pour un rapport intermédiaire. Jusqu’ici, ils ont principalement oeuvré autour d’une coalition bourguignonne, qui inclurait les libéraux, les socialistes, la N-VA, et éventuellement le CD&V.

Reynders et Vande Lanotte ont longtemps espéré que Bart De Wever ouvrirait la voie à une telle coalition au niveau flamand. Mais le président de la N-VA a finalement opté pour un prolongement du gouvernement suédois formé par son parti, l’Open VLD et le CD&V. Officiellement, ce choix est expliqué par le fait que les trois partis forment la plus grande majorité. En coulisses, il se dit toutefois que Jan Jambon et Theo Francken étaient opposés à un gouvernement avec les socialistes flamands, alors même que le Vlaams Belang se retrouve dans l’opposition.

Désormais hors-jeu au niveau flamand, le SP.A perd son pouvoir d’huile lubrifiante devant faciliter un rapprochement entre le PS et la N-VA. 

L’intransigeance d’Onkelinx

Impossible, à l’heure actuelle, de savoir ce que le PS va faire sur le plan fédéral. Laurette Onkelinx, qui annonçait il y a quelques années encore son retrait de la vie politique, s’immisce toutefois activement dans le débat et adopte un langage clair : son parti n’acceptera pas de nouvelle réforme d’Etat.

Au sein du PS, certains refusent catégoriquement de s’embarquer dans un gouvernement avec la N-VA, pour des raisons idéologiques mais également stratégiques : ils craignent en effet que les prochaines élections mèneraient dès lors à une victoire du PTB. D’autres ne sont pas défavorables à un retour anticipé aux urnes. Hors caméra, ils espéreraient ainsi un nouvel affaiblissement de la N-VA en faveur du Vlaams Belang. 

Le poids de l’électorat flamand

D’après de nombreuses sources, Elio Di Rupo désire prendre en compte le signal lancé par les électeurs flamands. Il serait ainsi conscient que ces derniers exprimeraient leur mécontentement en cas d’un retour anticipé aux urnes, une colère qui ne serait pas des plus favorables à la solidarité nord-sud.

Au sein de son parti, le président du PS tente ainsi de tempérer les plus fervents opposants à la N-VA. Personne ne sait toutefois s’il y parviendra. Actuellement une chose est sûre : le temps presse, alors que le gouvernement en affaires courantes de Charles Michel n’a plus de majorité au Parlement.