foto Peter Hilz (C)

Bruxelles met la pression pour une taxe kilométrique, mais l’annonce fait débat

Dans un entretien accordé aux quotidiens L’Echo et De Tijd, la ministre bruxelloise de la Mobilité, Elke Van den Brandt (Groen), a indiqué que Bruxelles n’attendra pas les deux autres Régions pour instaurer une taxation kilométrique intelligente. Elle souligne que les automobilistes seront taxés selon l’usage, l’heure, et le type de véhicule grâce aux caméras de la zone basse émission. L’annonce n’a pas tardé à susciter le débat au sein même de la majorité bruxelloise. Le ministre bruxellois Sven Gatz (Open VVL) a ainsi jugé prématurées les déclarations de sa collègue.

"Pour l'instant, on paie une taxe fixe par an, peu importe si on utilise beaucoup ou peu sa voiture. On veut modifier cela pour avoir une taxe liée à l'usage du véhicule. Si vous roulez dans les heures de pointe avec telle ou telle voiture, ce sera telle ou telle taxe au lieu d'une taxe annuelle fixe", explique Elke Van den Brandt.

Le système reposera sur les caméras intelligentes déjà mises en place pour contrôler la zone basse émission (LEZ). Le périmètre concerné par la nouvelle taxation pourrait couvrir l'ensemble du territoire régional ou seulement le Pentagone annexé du quartier européen.

Tous les déplacements effectués à Bruxelles seront concernés par ce système de taxation. En revanche, les diminutions des taxes de mise en circulation et de circulation prévues n'interviendront que pour les Bruxellois.

Les navetteurs risquent-ils dès lors de payer davantage? "Si la Flandre et la Wallonie ne bougent pas et ne participent pas au système, cela aura cet impact. C'est pour ça qu'on préfère avoir un accord avec elles sur un modèle", répond la ministre bruxelloise. "Idéalement, la taxation kilométrique devrait donc être mise en place avec les autres Régions. Mais si cela prend encore dix ans pour qu'elles soient convaincues, nous n'avons pas le luxe d'attendre à Bruxelles", indique-t-elle, insistant sur le fait qu’elle désire instaurer ce prélèvement d'ici la fin de la législature.

La majorité divisée

Le ministre bruxellois des Finances, Sven Gatz (Open VLD), juge prématurées les déclarations de sa collègue écologiste. "Il est écrit dans l'accord de gouvernement bruxellois que la Région bruxelloise se concertera, dans le cadre du Plan national Climat, avec les Régions wallonne et flamande sur un prélèvement kilométrique  intelligent à Bruxelles. Tant que les gouvernements wallon et flamand ne sont pas formés et tant que cette concertation n'a pas eu lieu, toute déclaration sur ce point de membres du gouvernement bruxellois est prématurée", a-t-il expliqué.

Du côté socialiste, pas de réaction directe au gouvernement ou au parlement régional mais l'annonce fait déjà vrombir au sud du pays. Le ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles André Flahaut a fustigé l'idée écologiste. "Imaginer que les navetteurs brabançons wallons et de toute la Wallonie accepteront la taxe kilométrique bruxelloise sans broncher... c'est naïveté ou mépris!!", a-t-il réagi sur Twitter depuis ses terres nivelloises.

Dans l'opposition au parlement bruxellois, la députée MR Alexia Bertrand s'interroge sur les conséquences d'une telle mesure prise sans concertation avec les autres Régions. "Cela implique que les entreprises demain, que la classe moyenne, que les gens qui travaillent, peuvent déménager en périphérie de la Région bruxelloise et cela crée une paupérisation encore plus grande de la Région bruxelloise", a-t-elle réagi sur Bel RTL. Le MR attend une vraie "offre alternative et une vraie vision sur le transport en commun".

L'avis de l’ex-ministre Benoît Cerexhe (CDH) va dans le même sens. "Sans accord avec les autres Régions, cette mesure aura pour effet de délocaliser les entreprises en dehors de Bruxelles. Un beau cadeau à la Région flamande! ", a-t-il commenté.

De son côté, la cheffe de groupe N-VA Cieltje Van Achter a dénoncé la discrimination qui viserait la Flandre et la Wallonie, menacés de devoir payer deux fois plus que les citoyens bruxellois. Elle a également mis en garde face au risque d'exode des entreprises. "Bruxelles n'offre pas de production mais des services, qui peuvent facilement être déplacés", a-t-elle souligné, invitant le gouvernement bruxellois à la prudence.

Enfin, pour la députée Bianca Debaets (CD&V), il est "incompréhensible qu'il y ait déjà des disputes au sein du gouvernement bruxellois un mois après son installation. Est-cela la bonne gouvernance?".

"Chaque chose en son temps"

Depuis lors, le ministre-président bruxellois, Rudy Vervoort (PS),  a lui aussi réagi. Pour lui, il ne faut pas brûler les étapes.  "Chaque chose en son temps. Certains principes sont inscrits dans la déclaration qui a reçu la confiance du parlement. Maintenant, il faut que chacun prenne le temps d'investir ses compétences et travaille collectivement pour apporter des réponses concertées et crédibles pour améliorer la fiscalité environnementale. Je n'ai pas de doute que chaque membre du gouvernement s'inscrive dans cette dynamique", a-t-il commenté.