"Six soeurs désirant coucher avec un prêtre": une étude sur des textes pornographiques du 17e siècle

D’après une étude de doctorat réalisée par l’universitaire anversois Sven Molenaar, des textes et des chansons pornographiques circulaient vers 1700 au sein d’une société secrète à Anvers. Les histoires relatées ne laissent aucun doute sur leur nature. Comme celle racontant les aventures coquines de six sœurs prostituées et d’un prêtre.

Durant cinq années, Sven Molenaar a décortiqué un manuscrit datant de 1696 intitulé "Mengelmoes", qui peut se traduire par "amalgame" ou "méli-mélo". L’ouvrage circulait à l’époque dans la ville d’Anvers, et contenait de nombreux chants et histoires pornographiques.

Il est aujourd’hui établi que des citoyens de premier plan et des Anversois fortunés faisaient partie de ces groupes secrets.

Sven Molenaar (Université d'Anvers)

"Il s’agit d’un manuscrit, qui ne comprend donc aucun texte imprimé. C’était une manière d’échapper à la censure ecclésiastique", raconte le doctorant sur les ondes de Radio 2 (VRT). D’après Sven Molenaar, les textes étaient lus au sein d’un cercle déterminé. "Le manuscrit n’était pas lu par un individu seul, mais bien dans un club fermé. Il est aujourd’hui établi que des citoyens de premier plan et des Anversois fortunés faisaient partie de ces groupes secrets", précise-t-il.

Le manuscrit contient également des chansons, pour une raison bien simple : "tout le monde peut comprendre une chanson dans la société. Il ne faut pas savoir lire ou avoir beaucoup d’argent pour aller au théâtre. A travers les chansons, les idées peuvent rapidement atteindre un large public", explique encore Sven Molenaar.

La pornographie du 17e siècle ne voulait pas uniquement éveiller les désirs. Elle remettait également en question l’Eglise et la noblesse.

Sven Molenaar (Université d'Anvers)

Le doctorant donne pour exemple un fragment concernant six sœurs. "On y apprend que les six femmes jouent un jeu de hasard dans le but de pouvoir coucher avec un prêtre. Dans la sixième strophe, on découvre un détail piquant : le prêtre doit en fait lui-même payer. Ces dames semblent donc être des prostituées", souligne-t-il. 

Selon Sven Molenaar, ce n’est pas un hasard si ces dames cherchaient à avoir une relation sexuelle avec un pasteur. "La pornographie du 17e siècle ne voulait pas uniquement éveiller les désirs. Elle remettait également en question l’Eglise et la noblesse, et inversait les rôles". 

Des idées libertines reviennent également régulièrement dans "Het Mengelmoes". "On y lit par exemple l’histoire d’un amant qui viole une femme mariée. Par la suite, celle-ci admettra ne pas avoir été trop affligée par l’acte, étant donné que son mari ne la satisfait plus sexuellement".

Sven Molenaar défendra sa thèse de doctorat dans la faculté de Littérature de l’Université d’Anvers.