Verhofstadt : "Le nettoyage après le Brexit durera de toute façon 4 à 5 ans"

"On ne négocie pas actuellement", déclarait jeudi soir dans l’émission "Terzake" de la VRT l’ancien Premier ministre libéral Guy Verhofstadt (photo), qui coordonne actuellement la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pour le Parlement européen. Le Gantois soulignait également qu’il "faudra de toute façon 4 à 5 ans pour nettoyer le Brexit", et cela indépendamment du fait que l’Union parvienne ou pas à un accord avec le Royaume-Uni sur les modalités de départ.

Les préparatifs du Brexit ont une nouvelle fois occasionné une journée houleuse, jeudi au Royaume-Uni, le Premier ministre Boris Johnson (photo, au centre) déclarant notamment qu’il préférait "être mort au fond d’un fossé" que de demander un report du Brexit, pourtant voté la veille par les députés. Johnson maintient que le Royaume-Uni doit quitter l’Union européenne le 31 octobre et plaide pour la tenue d’élections législatives anticipées.

D’après l’ancien Premier ministre belge puis président du groupe ADLE au Parlement européen Guy Verhofstadt - actuellement chargé de la coordination du Brexit pour le Parlement européen - une chose est certaine: "Nous serons encore occupés avec le Brexit dans quatre ou cinq ans. Soit pour nettoyer la poussière s’il n’y a pas eu d’accord, soit pour mener à bien le nouvel accord, car après le départ du Royaume-Uni le problème ne sera pas résolu. Nous entamerons alors des négociations pour élaborer un accord futur".

D’après Verhofstadt, il serait très dangereux de conclure un accord avec le Royaume-Uni qui donne un grand avantage compétitif à ses entreprises, au détriment des entreprises de l’Union. "Cela ne peut se produire", met en garde le libéral gantois.

HOC/JESSICA TAYLOR

"On ne négocie pas"

Guy Verhofstadt indique aussi qu’il n’y a pas de négociations en cours actuellement. "David Frost, le négociateur principal du gouvernement britannique pour le Brexit, vient régulièrement à Bruxelles. Mais on ne négocie pas. Nous demandons des alternatives pour les problèmes qui se posent. Comme par exemple sur la question de l’Irlande. Mais le gouvernement britannique n’en donne pas".

Et pourtant, le Premier ministre Boris Johnson a déclaré à la Chambre des communes britannique que son gouvernement est en train de négocier avec l’Union européenne. "Ils donnent des explications sur ce qui n’est pas possible. Mais cela fait trois ans que nous entendons ce qui ne sera pas possible. Nous voulons enfin savoir ce qui est possible pour les Britanniques".

Collaboration limitée

"Les négociateurs britanniques actuels voudraient aussi que les relations futures de leur pays avec l’Union soient moins importantes que ce qu’avait convenu l’ex-Première ministre Theresa May", précisait Verhofstadt. L’accord de May prévoirait en effet "une collaboration large et intense à l’avenir".

"Mais l’actuel gouvernement britannique veut se limiter à un accord de libre-échange, dans lequel il ne serait pas obligé de suivre les règles du marché européen", indique Verhofstadt, qui ne cache pas son inquiétude à propos de cette évolution. Selon lui, pareil accord ne peut en aucun cas être négocié.

Report du Brexit ?

Si le Royaume-Uni demandait un nouveau report du Brexit, le Parlement européen donnera un avis positif. "Le Conseil européen devra prendre cette décision, mais le Parlement européen y donnera un avis positif", expliquait Verhofstadt.

Un Fonds européen sera également créé pour soutenir les entreprises dans l’Union qui seront les plus touchées par le Brexit. "Il s’agit de fonds existants. Deux fonds à l’échelle européenne, qui seront largement remodelés, pour éponger les éventuels revers. Toujours dans l’espoir qu’il ne sera pas nécessaire d’y avoir recours".