Le cynisme de la politique belge, une analyse d’Ivan De Vadder

Le mois de septembre avance à grands pas et la rentrée parlementaire qui se profile à l’horizon se fera en mode mineur puisque les députés devront interroger des ministres faisant partie de l’ancien gouvernement, toujours en affaires courantes. Pourtant certaines décisions ont été prises dans les milieux politiques ces derniers jours. Le journaliste politique de la VRT Ivan De Vadder fait un tour d’horizon. A noter que le mot "cynique" revient plusieurs fois dans son analyse.

C’est ce lundi que les deux informateurs Johan Vande Lanotte (SP.A) et Didier Reynders (MR) remettront leur rapport final au roi Philippe. Il est plus que probable que leur mission sera une nouvelle fois prolongée.

Pour Ivan De Vadder : "C'est toujours le même raisonnement depuis quelques temps : il faut attendre la formation des gouvernements régionaux. Le gouvernement wallon sans doute cette semaine, le flamand en fin de semaine ou en début de semaine prochaine. Ce n'est qu'alors que nous pourrons envisager la formation d'un gouvernement fédéral".

Ces élections simultanées nous posent finalement pas mal de problèmes

Des élections simultanées signifient que la formation des différents gouvernements doit se faire en même temps, de sorte que l'ensemble du pays est de toute façon politiquement bloqué. C'est un peu étrange : nous avons un Etat fédéral avec des Régions et des Communautés autonomes, et pourtant tout le monde doit attendre les autres".

Ce lundi matin dans l’émission "De ochtend" (VRT), John Crombez, président du SP.A., déclarait que les informateurs avait fourni beaucoup de travail en termes de contenu. "Il faudra que cela ressorte clairement d'un document, que nous n'avons pas encore été en mesure de consulter. Ce que nous savons c’est qu’il y a eu deux réunions ouvertes avec différents partis autour de la table ", déclare Ivan De Vadder.

C’est une étrange manière de procéder, ajoute le journaliste politique De Vadder. En principe on choisit d’abord les partis et puis on se met autour de la table pour négocier. Mais cette fois on a plutôt procédé par élimination. Le PVDA-PTB et le Vlaams Belang ont été exclus dès le début, le CDH s'est exclu lui-même, Ecolo s'est en quelque sorte mis de côté lui-même. Groen a été poussé dehors. La question est à présent de savoir si le CD&V sera la prochaine victime ?

Un gouvernement jaune-violet ou violet-vert ?

Un gouvernement jaune-violet signifierait le PS et la N-VA ensemble au niveau fédéral, un gouvernement violet-vert exclurait la N-VA. Les informateurs partaient du principe qu’il fallait impliquer les deux plus grandes formations politiques de part et d’autre de la frontière linguistique. Mettre ensemble le PS et la N-VA , les deux plus grandes formations politiques, cela a toujours été l’intention des informateurs et c’est la raison pour laquelle certains partis ont été mis sur le côté.

Mais ce week-end, Ahmed Laaouej, chef de groupe du PS à la Chambre déclarait dans une interview à La Libre Belgique que: "La clé des négociations n’était pas au parti socialiste, mais bien au CD&V et à l’Open VLD". Sont-ils prêts à gouverner sans la N-VA ? On se retrouverait alors dans l’option violet-vert, qui est mathématiquement possible mais qui n'est actuellement plus sur la table des informateurs.

Encore une fois, tout le monde s’attend. Le PS déclare que si les partis flamands le voulaient vraiment alors il ne faudrait pas négocier avec la N-VA. La N-VA a été piqué au vif et dans l’émission "De zevende dag" , dimanche, Valerie Van Peel a déclaré : "Le PS ne veut tout simplement pas nous parler". Et encore une fois, nous nous retrouvons au même point : PS et la N-VA qui ne peuvent pas ou ne veulent pas négocier."

"C’est Didier Reynders qui va nous taper sur les doigts"

John Crombez a également précisé ce matin que l'informateur Johan Vande Lanotte ne deviendra pas le prochain Premier ministre.
"L'autre informateur Didier Reynders deviendra, lui, commissaire européen. Et il y a un côté cynique à cela, parce qu'il pourrait bien devenir commissaire au budget. Cela signifie donc que c’est lui qui pourrait nous taper sur les doigts si nous n'arrivions pas à obtenir de budget en octobre. Or c'est lui aussi qui ne parvient pas à former un gouvernement, ajoute Ivan De Vadder.

Et enfin, c’est ce week-end aussi qu’on a appris que Sophie Wilmès était pressentie par le MR pour succéder à Charles Michel au poste de Premier ministre, d'un gouvernement en affaires courantes.

"Permettez-moi de trouver cela un peu cynique qu'elle soit effectivement la seule candidate du MR à parler un peu le néerlandophone et du coup à devenir immédiatement candidate Premier ministre. Mais c'est la réalité des négociateurs du MR. Et puis Sophie Wilmès fait déjà partie de ce gouvernement fédéral (elle est ministre du Budget) et elle est peut-être finalement la candidate logique à proposer.

Le MR reste le plus grand parti du gouvernement (l’Open VLD et le CD&V sont plus petits en sièges)".