La Belgique viole-t-elle l’embargo américain en important du pétrole vénézuélien ?

Les exportations de pétrole vénézuélien vers la Belgique ont plus que quadruplé l'année dernière. C’est ce que révèlent les chiffres du secteur pétrolier belge dans son rapport annuel de 2018, publié fin juin. Le seul fait que la Belgique importe du pétrole du Venezuela pourrait être en conflit avec les sanctions américaines contre le régime du président vénézuélien Nicolás Maduro.

C’est le magazine Knack qui avait révélé l’information le week-end dernier. Selon un rapport de la Fédération pétrolière belge (BPF) notre pays a importé 433.000 tonnes de pétrole brut du Venezuela en 2018, contre seulement 93.000 tonnes un an auparavant. Une telle augmentation soulève évidemment des questions. Mais le fait que la Belgique importe du pétrole vénézuélien n'est pas non plus passé inaperçu aux yeux des Américains.

L'envoyé spécial des Etats-Unis pour le Venezuela en visite à Bruxelles

L'envoyé spécial des États-Unis pour le Venezuela, Elliott Abrams, était en visite en Belgique ce mardi. La nouvelle de l'importation belge de pétrole vénézuélien ne lui a pas échappé non plus : " J'ai interrogé le ministère des Affaires étrangères à ce sujet. C'est nouveau pour moi, je l'ai lu aussi dans la presse belge", a déclaré Elliott Abrams à la VRT lors d'un point de presse informel.

"Le pétrole vénézuélien est d'un type très lourd et apparemment il y a des raffineries dans le port d'Anvers qui peuvent le traiter. Je ne le savais pas, a ajouté Abrams. "Il existe en effet à Anvers un certain nombre de raffineries qui ont beaucoup investi ces dernières années dans des technologies spéciales pour pouvoir traiter ce type de pétrole", confirme Jean-Benoît Schrans, de la Fédération pétrolière belge.

La question est bien sûr de savoir si ces importations belges sont en conflit avec les sanctions américaines contre le Venezuela. "Ce n'est peut-être pas une violation des sanctions. Mais il va sans dire que nous sommes préoccupés par cette nouvelle, car les importations de pétrole fournissent des revenus au régime Maduro", explique Elliott Abrams.

Les sanctions américaines étranglent le Venezuela

Lors de la conférence de presse d'hier, Elliott Abrams a annoncé des sanctions encore plus sévères contre le Venezuela de la part des États-Unis : "Nous ne voyons aucun signe d'abandon du pouvoir par le régime Maduro, alors nous devons continuer à augmenter la pression ", ajoute Elliott Abrams. En se rendant à Bruxelles, il veut persuader l'Union européenne de suivre les États-Unis dans cette voie. Abrams a également répété que l'intervention militaire pour forcer un changement de régime au Venezuela était toujours sur la table à Washington, mais les analystes estiment que la probabilité d'une invasion américaine du Venezuela est très faible.

La Russie et la Chine maintiennent le Venezuela à flot, mais les sanctions américaines ont déjà réduit les exportations de pétrole vénézuéliennes en août à leur plus bas niveau en 2019. La compagnie pétrolière d'État chinoise CNPC a suspendu ses achats, réduisant la production pétrolière vénézuélienne à 770 000 barils par jour en août. En juillet, le Venezuela produisait 992 565 barils par jour et en juin 1,13 million de barils par jour.

La compagnie pétrolière d'État russe Rosneft est devenue le principal négociant en pétrole vénézuélien. Selon Elliott Abrams, ce commerce n'est pas en violation de l'embargo américain, car le pétrole est utilisé pour régler les dettes du Venezuela envers Rosneft.

Est-ce que la Rosnef aurait quelque chose à voir avec les importation belge de pétrole vénézuélien ?

"Est-ce que la Rosnef aurait quelque chose à voir avec les importation belge de pétrole vénézuélien s'interrogeait encore Abrams. "Cela pourrait être une transaction. Le fait que les importations belges de pétrole vénézuélien aient quadruplé ne signifie pas que la Belgique consomme quatre fois plus. Qui importe ce pétrole et à qui est-il destiné ? Nous avons donc beaucoup de questions, mais nous en saurons probablement plus dans un avenir proche", a conclu l'envoyé spécial des Etats-Unis pour le Venezuela lors de sa visite à Bruxelles.

L’embargo américain sur le pétrole vénézuélien, qui représente 96 % du revenu national, est entré en vigueur, fin avril 2019. Une opération lancée par Washington dans le but affiché de pousser le président Nicolas Maduro vers la sortie.

Ces sanctions américaines ne seront pas sans conséquence, d’autant qu’elles s’appliquent à toutes les sociétés étrangères entretenant des liens avec les Etats-Unis, ce qui couvre la quasi-totalité de la planète.

Le décret promulgué par le président américain Trump le lundi 5 août dernier a immédiatement gelé tous les avoirs de l'État vénézuélien et des principaux membres de l'administration Maduro aux États-Unis. Dans le monde entier, les entreprises et les particuliers qui font affaire avec le gouvernement vénézuélien risquent à présent des sanctions américaines.

La communauté internationale a été avertie : "Nous envoyons un signal à tous ceux qui veulent faire des affaires avec le régime Maduro : soyez extrêmement prudents, ne compromettez pas vos intérêts commerciaux avec les États-Unis", a menacé le conseiller américain John Bolton.