Patrick Gueneau

Les francophones ont-ils ouvert la porte du communautaire ou s’agit-il d’un "simulacre de manœuvres"?

Alors que des ténors du PS et du MR ont prudemment suggéré ce week-end qu’ils étaient ouverts à de nouvelles discussions sur l’avenir de la Belgique, certains responsables flamands se demandent à quel point ces déclarations sont sérieuses. Pour le journaliste politique Marc Van de Looverbosch, les représentants francophones sont prêts à faire un effort en échange de nouvelles compétences. Reste toutefois à savoir si ces concessions seront suffisantes pour la N-VA.

Il y a d’abord eu les déclarations du nouveau président du Parlement régional, Jean-Claude Marcourt, à l’occasion des Fêtes de Wallonie. Celui-ci a plaidé en faveur de "solutions équilibrées", alors que "les réalités, modes de vie, de penser et de voter s’éloignent chaque jour davantage d’un côté à l’autre de la frontière linguistique".

Sur le plateau de l’émission dominicale ‘De Zevende dag’ (VRT), Jean-Luc Crucke, vice-président MR, n'a pour sa part pas exclu que les partis politiques s'engagent dans des pourparlers communautaires, pour autant que ceux-ci ne portent pas sur le confédéralisme ni la scission du pays. "Les portes doivent toujours rester ouvertes pour trouver la meilleure solution possible pour la Belgique", a-t-il commenté.

Optimisme prudent à la N-VA

Invité ce lundi dans la matinale de Radio 1 (VRT), le chef de groupe N-VA à la Chambre, Peter De Roover, s’est montré prudent. "Il faut à présent voir s’il ne s’agit pas d’un simulacre de manœuvres", a-t-il commenté.

Selon lui, les contacts timides qui ont eu lieu jusqu’ici vont devoir s’intensifier. "Si nous ne sommes pas d’accord, cela doit au moins être déterminé par des discussions", a-t-il justifié.

Pour Peter De Roover, l’ouverture de Jean-Claude Marcourt ne signifie pas pour autant qu’elle mènera au confédéralisme. "Il n’utilisera certainement pas ce terme car c’est nous qui l’avons lancé. Mais il est impossible de continuer de garder les yeux fermés sur la réalité. Et cette réalité n’est pas celle de la N-VA, mais bien celle des nombres", a-t-il encore ajouté, faisant allusion aux résultats du dernier scrutin.

"Ouvrir des portes provoque des courants d’air"

Le journaliste politique Marc Van de Looverbosch s’est dit curieux de savoir jusqu’où ces ouvertures francophones iront. "Lorsqu’on ouvre trop de portes, on provoque des courants d’air", a-t-il commenté au micro de la VRT.

"Je n’ai entendu personne côté francophone dire : on va s’assoir à la table des négociations pour mettre sur pied le confédéralisme. On est toutefois prêt à faire quelque chose pour acquérir de nouvelles compétences. Mais il faut alors se demander si ce sera suffisant pour la N-VA, qui est supposée codiriger le pays".

Pour le journaliste, il faudra en outre voir quel chemin prendront les prochaines élections de présidents de partis. Ce week-end, Elio Di Rupo a indiqué qu’il ne sera plus candidat à sa succession. De son côté, Paul Magnette a déclaré qu’il allait se présenter. Les autres partis aussi attendent des changements à leur tête.

"Tout cela n’est pas vraiment une bonne nouvelle pour les négociations fédérales, car elles sont menées par les présidents de parti qui ont actuellement tous de l’expérience. Les nouveaux présidents mettront peut-être l’accent ailleurs. On ne peut donc pas prendre de décisions définitives sur la prochaine majorité et sur les partis qui la formeront", conclut-il. Selon Marc Van de Looverbosch, une chose est sûre : la confiance qui devra être établie entre les nouvelles têtes de partis demandera beaucoup de temps et de patience.