"La couche de glace fond plus vite, la situation est plus grave que ce que l’on pensait il y a 10 ans"

"On constate clairement un accélération, ces dernières années, de la perte de masse des glaces partout dans le monde, en lien avec le réchauffement climatique, et dès lors de la hausse du niveau des mers", souligne Frank Pattyn, glaciologue à l'Université Libre de Bruxelles (ULB). Le scientifique faisait partie de la délégation belge présente à Monaco lors de la 51e session du Giec qui a approuvé le dernier rapport spécial sur les océans et la cryosphère.

"Je trouve toujours intéressant de comparer ce type de rapport avec un précédent. Celui-ci confirme pleinement un rapport précédent, qui datait de 2013, mais avec la différence que les choses s'accélèrent. La glace fond plus vite, le niveau des mers s'élève plus vite, avec pour conséquence que les effets dramatiques de nos prévisions se produisent plus tôt", explique Frank Pattyn.

Selon le rapport du Giec, l'élévation du niveau des mers atteindrait entre 30 et 60 cm en 2100, même en cas de forte réduction des gaz à effet de serre, et entre 60 et 110 cm si rien n'est fait pour freiner les émissions.

Sur la période 2006-2015, l'augmentation du niveau des mers est estimée à 3,6 mm par an en moyenne alors que la hausse sur tout le 20e siècle n'avait été "que" de 15 cm. Si les émissions se poursuivent au rythme actuel, la hausse du niveau des mers serait de 15 mm par an en 2100 et de "plusieurs centimètres par an" au cours du 22e siècle pour atteindre au final "plusieurs mètres" d'ici 2300. Par contre, si la communauté internationale met en oeuvre des mesures drastiques pour limiter le réchauffement sous 2°C, la hausse serait de 4 mm par an en 2100 et pourrait être contenue à moins d'un mètre en 2300.

Le rapport spécial avertit également des conséquences néfastes pour l'environnement et les populations humaines d'une fonte des glaciers, du permafrost, de l'acidification et du réchauffement des océans, de cyclones tropicaux plus intenses, de phénomènes naturels extrêmes plus fréquents affectant les zones côtières (tempêtes, grandes marées)...

"Si l'on regarde plus loin, on voit que les plus grands changements, qui sont véritablement catastrophiques, se produisent plus tard. On parle alors de hausse du niveau des mers de 2 à 5 mètres entre 2300 et 2500. C'est super rapide, car même si l'on compare à des périodes géologiques, on parle de seulement deux siècles. Ce sont des échelles de temps telles qu'une adaptation est presque impossible", s'inquiète le glaciologue pour qui la rapidité des changements, et donc la capacité de l'être humain à s'y adapter, est une question-clef.

Pour autant, tout n'est pas encore perdu. Si l'on parvenait à stabiliser la hausse des températures autour de 2°C, il serait possible de ralentir les changements climatiques et leurs conséquences néfastes et donc de s'y adapter moins difficilement, souligne encore le scientifique.

"Nous nous trouvons clairement dans l'anthropocène. L'être humain a modifié tellement fortement la Terre que nous nous retrouvons avec une nouvelle donne climatique, avec des températures comparables avec le lointain passé. Sauf que la présence de l'homme n'était alors pas aussi prédominante", conclut Frank Pattyn.