Qui est Jan Jambon, le prochain ministre-président flamand ?

Jan Jambon est pressenti pour diriger le nouveau gouvernement flamand durant les 5 prochaines années en tant que ministre-président. Un gouvernement composé du CD&V, de l’Open VLD aux côtés de son parti, la N-VA. Mais qui est-il et comment dirigera-t-il son équipe ministérielle ? Aurons-nous un changement de style par rapport au passé ?

Geert Bourgeois, ministre-président sortant a été élu parlementaire européen, Bart De Wever, le président de la N-VA, ne voulait plus du job, c’est donc Jan Jambon qui à la mi-août, a été chargé de diriger les négociations en vue de former un nouveau gouvernement flamand.

"Ce n'était pas un second choix"

Devenu formateur, il était presque certain qu'il devienne ensuite ministre-président flamand. Mais ce n’était pas un second choix. "En fait, cela a toujours été son intention ", a déclaré le politologue Carl Devos (UGent) le mois dernier. "Le fait que Bart De Wever annonce soudain être candidat au poste de ministre président flamand avant les élections, a été la surprise. Aujourd’hui on en est revenu à ce qui était dans l’ordre des choses".

Pour Peter De Roover, chef de groupe N-VA à la Chambre "Jan Jambon a littéralement et figurativement les épaules pour le job." Selon De Roover, être à la tête de ce qu'il appelle "la nation flamande" est "l'objectif suprême d’un nationaliste flamand".

Mais ce n'est pas encore le point final, il n’a pas encore réalisé la totalité de son rêve", ajoute De Roover. "Je pense que Jan préférerait être ministre-président d'une Flandre dans un scénario confédéral ou d'une Flandre ayant une autonomie totale. Cela reste son premier objectif, sans aucun doute. Mais il y a 35 ans, nous n'aurions jamais pu imaginer en arriver là. C'est donc un moment très spécial."
 

Une réputation de bon gestionnaire

A 59 ans Jan Jambon a déjà une belle carrière derrière lui. Il a notamment travaillé chez IBM et a été directeur de Bank Card Company.
En 2007, il succède à la Chambre à Kris Peeters, car à l’époque le CD&V et la N-VA forment un cartel. Lors des élections de juin 2010 et de mai 2014, il est réélu en tant que chef de file de la N-VA pour Anvers et devient chef de groupe de ce parti au Parlement.

En 2014, il devient vice-Premier ministre et ministre fédéral de la Sécurité et de l'Intérieur, chargé de la Régie des Bâtiments, au sein du Gouvernement Michel I. Il le restera jusqu’en décembre 2018. 

Lorsqu’il était ministre fédéral, Jan Jambon s’est montré bon gestionnaire, respecté par les autres partis flamands ainsi que de l'autre côté de la frontière linguistique. Il aurait aussi eu de très bonnes relations avec le Premier ministre démissionnaire Charles Michel (MR).

Après les attentats du 22 mars 2016 dans le métro Maelbeek à Bruxelles et à l’aéroport de Zaventem Jan Jambon présentera sa démission mais elle sera refusée par le Premier ministre Charles Michel.

Pourtant Jan Jambon ne terminera pas la législature au sein du gouvernement fédéral. Fin 2018, son parti quitte le gouvernement fédéral suite à la crise au sujet du Pacte des Nations Unies sur les migrations. Le 9 décembre 2018, Jan  Jambon est remplacé par Pieter De Crem (CD&V).

Jan Jambon se présente aux élections de mai 2019 au Parlement fédéral. Mais surtout : en tant que candidat premier ministre d'un nouveau gouvernement fédéral.

Un style différent de celui de Geert Bourgeois

Mais les élections ne se passent pas comme prévu. C’est un échec pour la N-VA et pour les partis de la coalition suédoise. Le PS semble à nouveau incontournable. Les circonstances nécessitent un scénario différent, la N-VA annonce le mois dernier le choix de Jan Jambon comme ministre-président flamand.

Geert Bourgeois aura été ministre président pendant les 5 dernières années. "Avec Jan Jambon ce sera un autre style", estime Matthias Diependaele, le chef de groupe N-VA au Parlement flamand.

"Jan sera plus présent", pense de son côté Peter De Roover. "Geert Bourgeois était un gestionnaire très fiable, mais dans le monde plus assertif et communicatif dans lequel nous vivons aujourd'hui, il n’a peut-être pas reçu l’attention qu’il méritait. Jan Jambon liera son style de gestion à un style de communication plus affirmé. Il communiquera certainement avec plus de force, là où Geert restait très prudent."

Selon Carl Devos, Jan Jambon sera "davantage un chef", "il revendiquera un peu plus son poste de ministre-président". "Geert Bourgeois le faisait un peu moins, on a dit que le gouvernement flamand manquait d’une image forte pour une équipe dirigée par la N-VA. Jambon est une personnalité politique plus forte qui sera le visage du gouvernement flamand bien plus que ne l’était Bourgeois. Bien qu'il soit aussi une personne plutôt sobre, on s'attend à ce qu'il soit plus offensif et plus pointu dans sa communication".

En plus de ses mandats nationaux, Jan Jambon a aussi une longue carrière dans la politique locale. Après des années comme échevin à Brasschaat, il est devenu bourgmestre de la commune en 2013. Il a transmis l’écharpe à Koen Verberck, Jambon n'était que bourgmestre en titre. En octobre 2018, la N-VA a obtenu la majorité absolue à Brasschaat avec 44,2%, permettant à Jambon de redevenir bourgmestre.

Homme affable et nationaliste flamand pur jus

Jan Jambon a débuté en politique chez les jeunes de la Volksunie, puis dans l'aile droite de la Volksunie. Il quittera ce parti en 1988 après l'élargissement voulu par Hugo Schiltz et Jaak Gabriëls, et passera avec Peter De Roover au Vlaamse Volksbeweging (VVB) un groupe de pression qui prône l'indépendance de la Flandre.

À la même époque, il participe à la création de la section Vlaams Blok à Brasschaat. Il aurait participé à des réunions avec Gerolf Annemans et Filip Dewinter – qui à l’époque habitaient aussi à Brasschaat. Mais Jan Jambon n’aurait jamais eu de carte de membre du Vlaams Belang.

Mais il ne fait aucun doute que Jan Jambon a toujours été un nationaliste flamand pur jus. En 2006, il passe à la N-VA.

En 2013, des photos de Jan Jambon sont diffusées alors qu'il prononce un discours le 5 mai 2001, au nom du Vlaamse Volksbeweging lors d'une réunion jubilaire du Sint-Maartensfonds, organisation fondée par d'anciens volontaires flamands de la Légion flamande.

Ce passé de Jan Jambon ainsi que ses déclarations sur la collaboration créeront une polémique et trois jours après sa nomination comme ministre fédéral, il essuiera  les critiques de l'opposition où certains vont jusqu'à demander sa démission.

Avec un tel passé nationaliste, il est donc clair que Jan Jambon affichera la carte flamande comme ministre-président. "Je n'en doute pas. C'est dans son cœur et dans son âme ", déclare Matthias Diependaele. "Je le connais depuis 35 ans. Jan a un profil national flamand très clair", dit Peter De Roover. "Il va tout faire pour renforcer l'autonomie de la Flandre. Il ne sera certainement pas réticent à renforcer les compétences qui sont déjà en place aujourd'hui. Il utilisera tout l'espace au maximum."

Quant à Carl Devos, il rappelle que Jan Jambon avait déclaré avant les élections que "si la Belgique devenait ingouvernable, le confédéralisme serait peut être une bonne solution pour sortir de l’impasse".