Les gouvernements flamand, wallon et bruxellois sont-ils réellement si différents?

Depuis que les membres de la nouvelle coalition flamande ont prêté serment mercredi, les régions du pays ont désormais toutes trois un gouvernement. Dans quelle mesure leurs accords politiques diffèrent-ils ? Y a-t-il par ailleurs des similitudes frappantes ? Le politologue Dave Sinardet a examiné les textes de plus près.

Une différence de ton

D’après Dave Sinardet, la comparaison d’accords gouvernementaux doit tenir compte du fait que la politique, c’est aussi souvent une histoire de perception. "Une différence importante réside donc également dans la manière de communiquer. Il faut voir quelles priorités sont mises en avant, et quel ton est adopté", souligne-t-il au micro de Radio 1 (VRT).

Côté flamand, le nouveau gouvernement a beaucoup insisté sur le durcissement de la politique d’intégration, "ce qui est quasi inexistant du côté wallon et bruxellois, surtout dans la communication", remarque le politologue. Ces deux gouvernements ont préféré mettre l’accent sur le climat et un certain nombre de mesures sociales. "Ce n’est pas non plus illogique quand on sait que les verts et les socialistes font partie de la majorité", souligne-t-il.

Similitudes dans la politique d’intégration

Au-delà du discours, Dave Sinardet constate qu’à y regarder de plus près, certaines différences ne semblent au final pas si importantes, notamment au niveau de l’intégration. "Il existe un certain nombre de nuances. Il se fait que la Wallonie et Bruxelles ont toutes deux adopté le modèle d’intégration obligatoire de la Flandre. La Wallonie depuis déjà 2015, alors que Bruxelles va l’appliquer dès 2020", explique-t-il.

Par ailleurs, il faudra voir jusqu’où aboutira précisément le durcissement du système flamand. "La limitation d’avantages sociaux pose quelques problèmes au niveau juridique", rappelle-t-il. "C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines propositions ont été supprimées de la note de base. Il faudra donc voir comment cela va se traduire lors des prochaines années".

Ambitions climatiques

Au niveau des mesures liées au climat, la différence semble toutefois bien réelle, tant dans le discours que dans les faits. "La Wallonie a tout de même des objectifs assez ambitieux, alors qu’en Flandre, on ne voit clairement pas beaucoup d’objectifs chiffrés".

Dave Sinardet s’attend également à des problèmes concernant la distribution des responsabilités et la position internationale de la Belgique. "La Wallonie et Bruxelles affirment clairement soutenir l’adoption d’ambitions plus sévères par l’Union européenne. La Flandre y impose quant à elle de nombreuses conditions".

Pas de nouvelles taxes

"On remarque à ce niveau qu’il n’y a en fait pas beaucoup de différences", analyse encore Dave Sinardet. "La Wallonie et Bruxelles ne veulent pas de nouveaux impôts pour les cinq prochaines années. La Flandre aussi ne désire pas imposer plus de taxes. Elle pourrait toutefois les abaisser pour tous ses citoyens, mais elle a à nouveau choisi de ne pas le faire".

Le politologue constate en outre que le gouvernement Jambon s’est mis d’accord pour supprimer le bonus habitation et les droits d’enregistrement, une mesure que Bruxelles avait déjà adopté lors de la précédente législature.

Situations kafkaïennes à Bruxelles

Pour finir, Dave Sinardet constate aussi qu’un certain nombre de dossiers finissent immanquablement par se chevaucher. Un nouvel-arrivant qui débarque à Bruxelles devra par exemple choisir entre le modèle d’intégration flamand ou francophone. Il se peut dès lors que si la Communauté flamande demande de l’argent, le nouvel-arrivant se tourne principalement vers la Communauté française.

"Bruxelles est très spécifique. On y trouve des compétences communautaires différemment gérées, et cela mène à des situations relativement absurdes et kafkaïennes", souligne-t-il. "Cela ne concerne d’ailleurs pas que l’intégration".

"En Belgique francophones, certains craignent que de nombreux nouveaux-arrivants opteront désormais pour Bruxelles ou la Wallonie, à cause des mesures plus sévères que la Flandre compte appliquer. Il faudra attendre pour voir si ce sera effectivement le cas", conclut le politologue.