Injections risquées et faux médecins: enquête dans les coulisses du monde du botox

Le botox et autres injections d’acide hyaluronique séduisent un public de plus en plus large, mais aussi de plus en plus jeune. D’après une enquête du magazine d’investigation Pano (VRT), il arrive toutefois que ces pratiques soient réalisées illégalement par de faux médecins. La journaliste Liesbeth Indeherberge a plongé dans les coulisses du monde de la beauté artificielle. Le résultat de son enquête a mené à l’ouverture d’une enquête judiciaire. 

Habituellement, le botox est utilisé pour combler les rides, alors que les fillers servent notamment à gonfler les lèvres. Les injections de ces produits connaissent aujourd’hui un succès croissant, notamment grâce à certains réseaux sociaux tels que Instagram, qui créent de nouveaux idéaux de beauté. "On voit tous les jours des photos de personnes qui ont subi des injections, ou qui ont retravaillé leur corps et leur visage. Les excès d’hier sont désormais devenus la norme", constate Elke Van Hoof, professeur en psychologie de la santé à la VUB.

Depuis 2013, une loi est venue réguler en Belgique la pratique des interventions esthétiques. Elle détermine clairement que seuls les médecins compétents en la matière ont le droit d’effectuer des injections. Les spécialistes de la beauté ne sont ainsi par autorisés à utiliser des seringues.   

Sur le Net, il n’est malgré tout pas compliqué de trouver des salons de beauté affichant des publicités pour des séances de botox ou de fillers. Sur Instagram aussi, les professionnels s’affichent pour attirer de nouveaux clients. Ce constat a mené l’équipe de Pano à infiltrer le milieu pour vérifier la légalité de ces praticiens.

Un business qui rapporte gros

Le Botox et le filler sont des interventions esthétiques qui ne perdurent pas dans le temps. Pour un résultat à long terme, celles et ceux qui choisissent cette méthode doivent donc répéter l’opération tous les X mois. Chaque injection coûte en moyenne 200 euros. Pour les fillers nasaux, qui servent à redresser le nez, le prix s’élève à 350 euros. Ces sommes que les clients sont prêts à débourser attirent sans grande surprise des praticiens illégaux.

Pano a ainsi découvert un institut de beauté belge qui fait venir des dentistes depuis les Pays-Bas pour effectuer des injections labiales. L’équipe du magazine d’investigation s’est rendue sur place munie d’une caméra cachée pour une supposée intervention. Interrogée sur ses compétences par sa prétendue cliente, la praticienne a indiqué qu’elle avait étudié la médecine et qu’elle était "docteur en cosmétique". Elle a également affirmé avoir réalisé des injections quelques milliers de fois. Après vérification de la journaliste Liesbeth Indeherberge auprès du SPF Santé, il s’est avéré que cette femme était dentiste, et non médecin. Sa pratique est dès lors totalement illégale.

Botox Party

A l’image des "réunions Tupperware", certaines personnes organisent également des "Botox parties". Ces évènements attirent de nombreuses femmes, parfois très jeunes. Sur place, elles sont accueillies avec un verre de champagne, dans une atmosphère joviale. Liesbeth Indegherberge s’est rendue à l’une de ces "fêtes". Elle y a rencontré de nombreuses jeunes femmes venues pulper leurs lèvres, ainsi que le médecin en charge des interventions. La pratique de ce dernier n’est pas illégale, puisqu’il possède les compétences requises. Elle n’en demeure pas moins controversée, la déontologie des médecins étant en effet opposée à toute pratique commerciale.

Le risque d’une injection dans une veine

L’injection de botox ou de filler n’est jamais totalement sans risque, même lorsqu’elle est pratiquée par un médecin officiel. "Il existe le risque que le produit soit injecté dans un vaisseau sanguin, il faut donc toujours faire très attention", explique le chirurgien plastique Patrick Tonnard à la VRT. "Si le produit entre dans une veine, cela peut causer un dépérissement de la peau. Et cela peut mener à des catastrophes. Lorsque l’injection a lieu autour des yeux, le produit peut atteindre le cerveau. Le patient peut en devenir aveugle. C’est rare, mais le risque existe", précise le plasticien.

Se refaire la poitrine chez le dentiste

Au fil de l’enquête, la journaliste de Pano découvre que certains médecins étrangers non-reconnus en Belgique s’adonnent à des pratiques risquées. Sur certains sites de salons de beauté, les propositions de séances de botox ou de filler se retrouvent listées entre les soins manucures et les épilations à la cire. C’est à nouveau munie d’une caméra cachée que Liesbeth Indeherberge se rend dans un de ces lieux. Une fois sur place, elle est directement menée vers une arrière-chambre et accueillie par un homme parlant mal l’anglais. "Je suis médecin en Russie. Je travaille ici maintenant. Je suis généraliste", lui explique-t-il. En réalité, ce praticien illégal ne se retrouve dans aucun registre de médecins du pays.

Un autre site attire encore l’attention de la journaliste : celui d’une clinique dentaire. Dans l’établissement, un homme lui explique que cette clinique effectue des soins dentaires, mais que l’on peut également y subir une opération esthétique de la poitrine ou encore des injections dans les lèvres. A la question de savoir si l’homme est chirurgien plastique, ce dernier répond : "non, je ne suis pas médecin, pas pour la poitrine". Après vérification, lui non plus ne figure pas dans les registres du SPF Santé. Ça ne l’empêche apparemment pas de pratiquer des injections et des interventions esthétiques en Belgique depuis plus de 18 ans.

Ouverture d'une enquête judiciaire

Suite à la diffusion du reportage de Pano, le parquet a ouvert une enquête judiciaire à l’encontre de chacun de ces faux spécialistes de l’esthétique. L’enquête ne concerne pas uniquement la pratique illégale de médecine, mais aussi la diffusion de publicités interdites.

Plusieurs perquisitions ont été menées par la justice. Les enquêteurs ont effectué des opérations dans plusieurs établissements à Anvers et en Flandre orientale. Ils y ont saisi un certain nombre d’outils, dont des seringues et des produits contenant du botox. Aucune personne n’a toutefois été appréhendée.