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La Belgique condamne les opérations turques en Syrie

La Belgique condamne les opérations en cours dans le nord-est de la Syrie, a indiqué mercredi le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, en commission de la Chambre. Plus tôt dans la journée, elle avait appelé à la retenue et demandé qu'il n'y ait pas d'invasion. Un débat parlementaire se profile par ailleurs quant à une éventuelle participation militaire de la Belgique sur le terrain. De son côté, le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA) réclame des sanctions économiques européennes contre la Turquie.

Premières salves de bombardements et premières victimes: la Turquie a lancé mercredi, comme elle s'y était engagée, son offensive contre les forces kurdes du nord-est de la Syrie, alliées des Occidentaux dans la lutte antidjihadistes, faisant fi des mises en garde internationales.

D’après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), cette opération, dont l'objectif est d'éloigner de la frontière la puissante milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), a fait 15 morts dont 8 civils. Des "milliers de déplacés" fuient par ailleurs les zones bombardées.

Urgence

La Belgique a demandé avec la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne l'inscription en urgence de ces événements à l'ordre du jour de la réunion du Conseil de sécurité des Nations-Unies. "L'urgence, maintenant, c'est le Conseil de Sécurité. C'est là qu'il est possible d'avoir une véritable réaction car c'est là que les problèmes de sécurité se règlent", a-t-il dit en réponse aux questions des députés.

Plusieurs d'entre eux ont réclamé des actions à l'échelon européen et de l'OTAN. Le député Samuel Cogolati (Ecolo) plaide à ce titre pour la suspension de toute forme de coopération militaire avec la Turquie, membre de l'OTAN, et l'adoption de sanction européennes. Le chef de la diplomatie belge n'a rien exclu mais ne s'est pas engagé dans une telle voie pour le moment. "Nous essayons d'avoir une position commune au niveau de l'Union européenne. Ce n'est pas encore le cas", a-t-il constaté.

Devant le parlement européen, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a toutefois déjà appelé la Turquie à faire preuve de retenue et à mettre fin aux actions militaires en cours. Une réunion du Conseil Affaires étrangères est prévue lundi à Luxembourg. Quel que soit le groupe politique à s'exprimer, l'heure était à l'indignation devant les opérations militaires turques ainsi que le retrait américain de la région. En filigranes, se dessinait aussi la question d'une interposition militaire impliquant des pays européens, dont la Belgique.   

Débat sur la participation belge

Il faudra "plus que des mots", a averti le chef de groupe N-VA, Peter De Roover. "Il faut tirer les conséquences de notre indignation. On ne peut plus éviter ce débat", a-t-il ajouté.

Mardi, en séance plénière, Georges Dallemagne (cdH) et Christophe Lacroix (PS) avaient également emprunté cette voie, le premier jugeant que la Belgique "pourrait faire plus", le second qu'il faudrait "un engagement plus fort de notre pays".

La Belgique a déjà participé à des opérations dans la région, d'abord en Irak avant d'étendre son action à la Syrie, par le biais de chasseurs-bombardiers F-16 opérant depuis la Jordanie. "Mais avec une demande très claire du parlement: pas de présence de nos militaires sur le sol syrien", a précisé M. Reynders.

Si le royaume, dans un cadre européen, devait participer à une force d'interposition dans le nord-est de la Syrie, il faudra sans doute modifier cette règle. "C'est un débat qui devra avoir lieu aussi au parlement. Si on plaide pour une action européenne, nous ne serons pas très convaincants si l'on annonce dès le départ qu'on ne sera pas présent sur le terrain", a fait remarquer le chef de la diplomatie.

Jambon veut des sanctions économiques

Le ministre-président flamand, Jan Jambon, a appelé jeudi l'Union européenne à prendre des sanctions économiques contre la Turquie.

Interrogé sur les ondes de la VRT,  Jan Jambon, compétent pour les Relations internationales flamandes, juge particulièrement cynique l'attaque lancée contre les forces kurdes "en remerciement de leur travail formidable contre l'Etat Islamique".

Selon lui, l'Union européenne doit revoir de manière substantielle sa relation commerciale avec la Turquie.  Les ministres européens des Affaires étrangères se réuniront lundi à Luxembourg. L'UE doit démontrer à cette occasion qu'elle a une "pertinence" sur la scène international". Le ministre-président appelle aussi l'OTAN à rappeler la Turquie à l'ordre.