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Pieter De Crem: "Il est quasi impossible pour les djihadistes européens de revenir chez nous"

Alors que la sécurité des camps de détention kurdes est mise à mal par l’offensive turque en Syrie, d’aucuns estiment que les djihadistes belges, détenus dans ces camps, pourraient en profiter pour fuir. Mardi, le directeur de l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM), Paul Van Tigchelt, avait indiqué sur le plateau de la VRT qu’il n’était "pas impossible" que certains combattants profitent de la situation. Hier soir, le ministre de l’Intérieur du gouvernement en affaires courantes, Pieter De Crem (CD&V), a précisé qu’il leur serait toutefois extrêmement compliqué de rejoindre l’Europe de l’ouest.

Interrogé par la VRT lors de l'émission Ter Zake (VRT), Paul Van Tigchelt avait indiqué qu’il n’était "pas impossible" que certains combattants belges partis en Syrie et détenus dans des camps kurdes profitent de l'opération turque pour prendre la fuite". Il avait toutefois également souligné qu'il était désormais plus difficile qu'auparavant, pour ceux-ci, de se rendre en Europe, en raison des mesures anti-terroristes prises entretemps.

D’après le cabinet du ministre de la Justice Koen Geens (CD&V), "il n'est pas inimaginable que des combattants en Syrie puissent s'échapper de camps où ils sont détenus et tenter de revenir en Belgique en l'absence de contrôle. C'est sur ce danger que nos services de sécurité insistent. Le gouvernement suit l'évolution de la situation de près. Il prendra ses responsabilités et décidera de ce qui est le mieux pour la sécurité des citoyens".

De son côté, le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA) a exprimé son inquiétude. "Car si ces 50 combattants belges s'en vont dans la nature... Ce sont des bombes à retardement", a-t-il commenté ce jeudi matin au micro de Radio 1 (VRT).

"Un retour quasi impossible"

La question du retour possible des "foreign fighters" a été abordée mardi, en marge d'un conseil des ministres européens à Luxembourg, par sept pays européens concernés. D’après le ministre de l’Intérieur Pieter De Crem, "les troupes françaises et britanniques veilleront à ce qu'il restent dans ces camps dans l'attente de leur procès là-bas".

Selon lui, en cas de fuite des djihadistes, il leur sera particulièrement compliqué de revenir en Europe de l’ouest. Le ministre a souligné que ces combattants ne pouvaient rejoindre l'Europe que par la Turquie. "Et la Turquie n'autorisera jamais la présence de combattants de l'EI sur son territoire". Pour Pieter De Crem, cela ne signifie pas pour autant que le travail ne doit pas être fait rapidement pour organiser les procès des combattants étrangers dans la région où leurs crimes ont été commis.

Où faut-il juger les djihadistes ?

Lors de son entretien avec la rédaction de la VRT, le directeur de l’OCAM n’a pas caché que l'avantage de pouvoir poursuivre, juger et emprisonner les combattants en Belgique résidait dans leur maintien sous contrôle. "C'est en revanche moins sûr sur ce plan, s'ils sont jugés en Irak", avait ajouté Paul Van Tigchelt.

Une position que le ministre de l’Intérieur ne partage pas : "Monsieur van Tigchelt joue un rôle important dans l’analyse de la menace, mais d’autres doivent prendre des décisions politiques. Et nous sommes convaincus que les procès des djihadistes doivent avoir lieu dans la région concernée", a-t-il commenté, ajoutant que c’était d’après lui également l’avis de l’opinion publique belge. "Il faut maintenant agir rapidement pour qu'ils soient jugés dans la région", a-t-il encore déclaré.

Pieter De Crem a annoncé que la Belgique était prête à contribuer au financement d’un "tribunal spécial" qui se chargerait de ces affaires en Irak. De l’argent pourrait, selon lui, également être attribué pour la construction de prisons.