Les ministres européens n'adoptent pas d'embargo formel sur les ventes d’armes à la Turquie

Les ministres européens des Affaires étrangères, réunis ce lundi à Luxembourg, cherchaient à adopter une position commune à la suite de l'offensive turque dans le nord de la Syrie. Un embargo sur les ventes d'armes à la Turquie constituait l'une des pistes à l'étude, indiquait le ministre belge Didier Reynders (photo) en matinée. A l'issue de leur réunion, Federica Mogherini - Haute Représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères - a reconnu que l'appartenance de la Turquie à l'Otan a freiné la possibilité de l'adoption par l'UE d'un embargo formel sur l'exportation d'armes vers Ankara.

Ankara a déclenché mercredi dernier une offensive contre les "Unités de protection du peuple" (YPG), une milice kurde qu'elle qualifie de "terroriste" mais que les pays occidentaux soutiennent en raison du rôle de premier plan qu'elle a joué dans la lutte contre le groupe terroriste Etat islamique (EI).

"Nous essayons de faire en sorte qu'il y ait une pression suffisante de la communauté internationale pour arrêter cette opération. Je crois qu'on doit pouvoir avancer sur un embargo sur les armes fournies par les pays de l'Union européenne", commentait ce lundi matin le ministre belge, Didier Reynders, à son arrivée au Conseil. "La première priorité est de mettre fin à cette offensive car c'est une vraie déstabilisation de la région, avec toutes les conséquences que cela peut avoir", a ajouté le futur commissaire européen.

La possibilité de mettre en place un embargo européen sur les ventes d'armes à la Turquie figurait sur la table des ministres. Ces derniers jours, plusieurs Etats - dont la France, les Pays-Bas, l'Allemagne ou encore les pays scandinaves - ont annoncé qu'ils avaient déjà pris des mesures de cette nature. La Belgique ne livre pour sa part plus d'armes à Ankara depuis le coup d'Etat manqué de 2016, a précisé Didier Reynders. Des sanctions économiques ou des sanctions individuelles figuraient aussi dans l'arsenal de l'UE.

"Il est important que nous maintenions un dialogue avec la Turquie. Si ce n'est pas un succès, alors nous devons pouvoir envisager d'autres actions", avait souligné le ministre allemand, Heiko Maas. Irrité par les critiques de l'UE, le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé la semaine dernière l'Europe d'un flux de migrants. "Si vous essayez de présenter notre opération comme une invasion, nous ouvrirons les portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants", avait-il lancé.

La Turquie accueille 3,6 millions de réfugiés syriens sur son sol. Le flux de migrants depuis ce pays vers l'Europe s'est considérablement tari à la faveur d'un accord conclu en 2016 entre Ankara et l'UE. L'offensive turque figurera à nouveau au menu des discussions des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE qui se réuniront jeudi et vendredi à Bruxelles.

Mogherini défend l'absence d'embargo formel

"La Turquie est un allié au sein de l'Otan. Nous ne voulons pas qu'un allié Otan et pays-membre de l'UE soit dans une position juridique délicate à cause d'un embargo formel", a indiqué Federica Mogherini (photo) à la suite d'un Conseil des Affaires étrangères de l'UE.

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont adopté des conclusions n'ouvrant pas la voie à un véritable embargo européen sur l'exportation d'armes vers la Turquie, mais renvoyant les Etats membres aux critères fixés dans une précédente "position commune" de l'UE. Ces critères stipulent notamment qu'il faut tenir compte, au moment d'évaluer une demande d'autorisation d'exportation de matériel militaire, de la nécessité de ne pas porter atteinte de manière significative à la stabilité régionale.

Il y a bien un "engagement pris par les Etats membres", celui "d'avoir des positions nationales claires et fortes quant à l'exportation d'armes vers la Turquie", s'est défendue Federica Mogherini lundi après-midi en conférence de presse. Les Etats "se sont tous engagés à appliquer ce cadre à leurs exportations vers la Turquie". Selon la cheffe de la diplomatie européenne, les effets devraient être pratiquement les mêmes qu'un embargo sur l'exportation de matériel militaire.

"Cela veut bien dire qu'il y a un coup d'arrêt aux exportations. Mais, c'est vrai, sans pour autant passer par l'instauration formelle d'un embargo qui devrait traverser d'autres canaux de prise de décision". Le mécanisme choisi "permet une décision beaucoup plus rapide, au niveau national avec supervision européenne", a estimé l'Italienne. Elle a rappelé que "dans la plupart des cas, notre politique d'embargo suit des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU", et une telle direction n'a pas été prise pour la Turquie. 

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