Comment d'innocentes photos d’enfants se retrouvent entre les mains de pédosexuels

Des photos provenant de dizaines de mouvements flamands de jeunesse, d’écoles et d’associations sportives sont la cible de pédosexuels. C’est ce qu’a découvert une équipe de l’émission d’investigation Pano (VRT). Certains clichés sont visionnés plusieurs centaines de milliers de fois, et souvent accompagnés de commentaires salaces. La plupart des organisations de jeunesse ne sont pas conscientes que les photos qu’ils publient sur certaines plateformes sont utilisées à leur insu.

C’est sur Flickr que l’équipe de Pano a tout d’abord décelé des activités douteuses. La plateforme est utilisée pour faciliter la diffusion de photos. En Flandre, de nombreuses organisations de jeunesse l’utilisent pour partager des clichés avec les membres et leurs parents, ou pour promouvoir leurs activités à l’étranger.

"Nous ne sommes pas un si grand mouvement de jeunesse", explique Louis, chef scout depuis 6 ans. "Habituellement, nos photos sont vues quelques centaines de fois. Mais soudainement, on a remarqué que certaines photos avaient été vues plus de 200.000 fois". Les clichés concernés montraient tous un enfant en maillot ou un bout de sous-vêtement.

Il y a six ans, Anke, une ancienne cheffe scoute, avait créé sur Flickr un album de son camp d’été. Aujourd’hui, elle découvre que sa publication a été regardée pas moins de 16 millions de fois.

Facebook, Instagram, Snapchat et Skype

Au total, plusieurs dizaines d’écoles, de mouvements de jeunesse et d’associations sportives sont concernées, la majorité du temps sans s’en rendre compte.

Flickr n’est pas la seule plateforme touchée par le problème. Tout médium utilisé pour partager des photos peut être la cible de pédosexuels. Durant l’enquête, l’équipe de Pano a découvert des sites totalement consacrés à la diffusion de photos volées d’enfants. Les clichés proviennent de Facebook, d’Instagram, mais aussi de Snapchat et Skype.

L'équipe de Pano a ainsi réussi à infiltrer un groupe sur le plateforme d'échange de messages, Telegram. Dans la conversation, l'un des participants a  signalé au reste des membres le nom d'un compte Instagram via lequel une mère partageait de nombreuses photos de ses enfants.  

"Utilisez vos paramètres de confidentialité!"

L’une des plateformes rassemblant des photos d’enfants est un site russe qui avait déjà fait la une de l’actualité il y a deux ans. Deux mouvements de jeunesse avaient alors découvert que le site utilisait leurs photos de camp. Aujourd’hui, rien n’a changé : Pano a pu constater que des photos de ces mêmes mouvements étaient toujours diffusées sur le site.

"Ce site fait office de bases de photos, mais il est aussi de plus en plus utilisé comme un lieu de rencontre", commente le chef de la cellule ‘abus d’enfant’ de la police fédérale, Yves Goethals. "Ils y apprennent à se connaître, et par la suite, ils poursuivent leurs activités via des canaux sur lesquels ils sont moins visibles de nos services".

Faut-il dès lors totalement arrêter de publier des photos d’enfants sur le Net ? Pour la CEO de Child Focus, il s’agit de trouver un juste milieu entre la prudence et la pudibonderie. "On peut aussi faire en sorte que les personnes qui voient une éventuelle signification sexuelle à nos photos ne puissent pas y accéder. Les paramètres de confidentialité sont là pour être utilisées", insiste-t-elle.

"Plus de sensibilisation, mais pas plus de règles"

Le ministre flamand en charge des Médias et de la Jeunesse, Benjamin Dalle (CD&V), a indiqué mercredi qu'il allait discuter avec les mouvements de jeunesse au sujet de la protection de la vie privée.

Il a plaidé pour davantage de sensibilisation, mais pas forcément de règles. "Nous devons agir avec précaution quand il s'agit des réseaux sociaux et de l'usage de canaux digitaux au sein d'organisations de jeunes", indique-t-il. Il promet ainsi de chercher des solutions, avec le secteur de la jeunesse.

Par le passé, des conseils avaient déjà été transmis aux organisations de jeunes via le centre de connaissances flamand "mediawijsheid" , note-t-il. Les actions en la matière "doivent être renforcées". "Engageons-nous dans une meilleure information et sensibilisation des organisations et de leurs responsables", dit-il, estimant que de nouvelles règles ne sont pas nécessaires. "Cela commence d'abord par nous-mêmes: avec de bons paramètres de confidentialité, on peut déjà éviter pas mal de problèmes", assure-t-il.

Le reportage de Pano sera diffusé ce mercredi soir sur la chaîne Eén, puis sur le site de VRT NU.

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