Nicolas Maeterlinck

Sophie Wilmès à propos des négociations fédérales : "Il manque un sentiment d’urgence"

La nouvelle Première ministre et négociatrice du MR à l'échelon fédéral, Sophie Wilmès, espère que le rapport des préformateurs Geert Bourgeois et Rudy Demotte, attendu lundi prochain, sera l'amorce d'un travail sur le contenu d'un projet politique. A ses yeux, il n'y a plus de temps à perdre. Elle affirme reprendre la direction du gouvernement en affaires courantes avec "un sentiment de responsabilité".

Charles Michel a remis dimanche en fin de journée le badge d'entrée du 16 rue de la Loi à la nouvelle Première ministre Sophie Wilmès, assurant que le gouvernement avait posé, en sa personne, le choix de "la stabilité, la sérénité et la responsabilité". Arrivant à la tête d'un gouvernement d'affaires courantes, Sophie Wilmès a d'emblée reconnu que son périmètre d'action était limité. "C'est un grand honneur, une grande responsabilité que j'envisage comme un travail de continuité. Les affaires courantes ne nous laissent pas énormément de possibilité d'agir, et j'appelle donc à la formation d'un gouvernement de plein exercice au plus vite".

"Je suis une personne de dialogue, et il y aura un dialogue à installer" avec le Parlement, a répondu l'ex-ministre du Budget à la question de l'absence d'une majorité gouvernementale à la Chambre. Elle juge "irresponsable" l'épisode de jeudi, quand un amendement budgétaire du PVDA-PTB créant un fonds d'urgence "blouses blanches" a été adopté avec le soutien des socialistes, des écologistes et de l'extrême droite. Si elle reconnaît sans peine la nécessité de soutenir davantage le secteur des soins de santé, elle déplore l'adoption de cet amendement "sans débat de fond ni connaissance budgétaire".

Première femme à occuper le poste de Première ministre dans l'histoire de la Belgique, Sophie Wilmès n'a cependant pas insisté sur ce point. "Toute ma vie, j'ai mis en avant l'égalité hommes-femmes. Ce gouvernement l'a fait aussi. Je n'aurai pas à beaucoup plaider pour continuer sur cette voie. On n'aura pas attendu Sophie Wilmès pour agir à cet égard".

Résidant en Flandre dans la commune à facilités de Rhode-Saint-Genèse, bilingue et membre de l'Union des francophones, Sophie Wilmès (44 ans) assure avoir "toujours travaillé pour le respect mutuel" entre les Communautés. "Je suis Première ministre pour tous les Belges", a-t-elle martelé. Charles Michel et Sophie Wilmès se côtoieront au Conseil européen, le cénacle des chefs d'État et de gouvernement des Vingt-Huit que le premier présidera dès décembre.

Devant les journalistes, le futur président du Conseil européen a fait l'éloge de la nouvelle Première ministre. "J'éprouve pour elle une très grande estime, une très grande appréciation. Je connais son sens des responsabilités, sa connaissance des dossiers, son sérieux. A travers elle, le gouvernement a fait un choix de stabilité, de sérénité et de responsabilité", a-t-il affirmé.

"J’attends avec impatience le rapport des préformateurs"

"J'ai énormément de respect pour le travail des préformateurs, j'attends avec impatience leur rapport mais c'est loin d'avancer suffisamment eu égard au temps qui passe. Il manque un sentiment d'urgence", estimait aussi Sophie Wilmès, interrogée sur les ondes de La Première (RTBF).

Les regards sont toujours tournés vers le PS et la N-VA, premier parti dans leur communauté et dont sont issus les préformateurs désignés par le Roi -le socialiste Rudy Demotte et le nationaliste Geert Bourgeois. "On a plaidé pour qu'ils (PS et N-VA) se parlent. Il y a des rumeurs qu'ils se parlent mais il ne faut pas seulement se parler, il faut parler de manière constructive, mettre un projet sur la table, y associer les autres partis", a souligné la libérale francophone.

La Première ministre se refuse à parler à ce stade de l'échec d'une tentative de former une coalition associant les socialistes francophones et les nationalistes flamands. A l'entendre, quatre mois après les élections, les discussions en vue de former un gouvernement ne sont pas encore entrées dans le vif du sujet. "On n'a pas encore eu de réelles discussions de contenu. C'est dès lors difficile d'acter un échec de ces négociations-là, sauf à dire qu'un des deux partis admet qu'il est impossible de discuter avec l'autre. Mais, à ce moment-là, il faut le dire", a ajouté Wilmès.

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Michel : "Je ne suis plus le même depuis les attentats"

De son côté, l'ex-Premier ministre a évoqué cinq dernières années "intenses", marquées à ses yeux par les réformes et une priorité principale: "jobs, jobs, jobs". Il a rappelé les grandes difficultés auxquelles le gouvernement a été confronté après les attentats terroristes de Bruxelles et Zaventem, des événements qui l'ont profondément bouleversé. "Je ne suis plus le même après ces attentats", a-t-il affirmé en évoquant les familles des victimes.

Le président du MR - pour quelques semaines encore - ne cache pas son amertume d'avoir vu son attelage N-VA, MR, CD&V, Open VLD chuter en décembre dernier, en raison du "cynisme de ceux qui ont fait des choix électoralistes". C'est à eux aussi qu'il attribue la responsabilité du déficit budgétaire actuel, tandis qu'il met en avant l'assainissement réalisé par la Suédoise et les créations d'emplois. Il a reconnu aussi avoir éprouvé des difficultés à "expliquer ce que l'on faisait". Mais dans quelques années, croit-il savoir, "on reconnaîtra les progrès réalisés aux niveaux économique et social".

Charles Michel pointe aussi la responsabilité des partis arrivés premiers dans leur Communauté - N-VA et PS - dans le blocage politique des cinq derniers mois. "J'ai le sentiment d'avoir fait de mon mieux dans des circonstances exceptionnellement difficiles. Après les attentats, la Belgique était dépeinte comme un État défaillant. Nous avons travaillé pour redorer l'image du pays, qui a ensuite été plébiscité par les autres pays du monde pour accéder au Conseil de sécurité des Nations Unies", a fait valoir Charles Michel.

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