Nicolas Maeterlinck

Coupes drastiques dans le secteur culturel flamand: "Incompréhensible et néfaste pour tous"

Dans sa note d'explication budgétaire, le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) indique que "le soutien aux projets du secteur culturel sera examiné sous une nouvelle perspective après la mise en oeuvre d'économies dans les subsides accordés". Concrètement, les subsides accordés à différents projets passeront en 2020 de 8,47 à 3,39 millions d'euros, soit une baisse drastique de 60%. Le secteur culturel a exprimé sa profonde inquiétude.

Les différentes notes de politique du nouvel exécutif flamand sont en ligne depuis vendredi. En tant que ministre de la Culture, Jan Jambon y explique notamment qu'il entend poursuivre le développement des points forts du secteur tout en lui donnant de nouveaux accents afin de "maximiser la valeur sociétale, personnelle et économique de la culture".

Le secteur ne sera toutefois pas épargné par les économies. Les subsides de fonctionnement seront ainsi rabotés de 6%, un recul toutefois limité à 3% pour les institutions reconnues telles que le Vooruit à Gand ou l'Ancienne Belgique à Bruxelles.

Les subsides octroyés aux projets, eux, chuteront de 60%, de 8,47 à 3,39 millions d'euros. "La politique relative aux projets ne doit pas créer l'illusion de subsides structurels automatiques. Des choix plus sélectifs conduiront à un meilleur soutien", estime encore Jan Jambon.   

"Néfaste pour les artistes et pour le public"

De très nombreux acteurs du monde culturel ont réagi aux précisions données par Jan Jambon. "Les coupes financières vont enterrer l’afflux de nouveaux artistes", a commenté le directeur du centre des Arts Vooruit, Franky Devos.

De son côté, le directeur du théâtre royal flamand KVS évoque un coup dur pour les arts de la scène. "Cela va par ailleurs à l’encontre de l’esprit de l’accord gouvernemental qui parle d’excellence", indique Michael De Cock. "Venant d’un parti nationaliste qui mise sur l’identité, c’est vraiment incompréhensible".

Les deux directeurs soulignent que le secteur culturel est en mode épargne depuis maintenant 10 ans, et que les nouvelles coupes impliqueront la suppression de certains spectacle dès la saison prochaine. Les mesures auront ainsi des conséquences pour les artistes mais aussi pour le public.

"L’argent de nos impôts"

Le pianiste Jef Neve ne cache pas sa colère face aux économies annoncées. "Il s’agit de 5 millions d’euros, ce qui représente des cacahuètes par rapport au budget total de la Flandre. Mais pour le secteur culturel, c’est réellement néfaste", réagit-il. "Ils essaient de nous réduire au silence, comme ils tentent de le faire avec la VRT. Ils jouent à la maitresse sévère à laquelle il faut obéir, mais je ne suis pas d’accord. C’est notre argent, celui de nos impôts, avec lequel ils paient leurs propres postes et salaires", dénonce encore le musicien.

Et d’ajouter : "quand on voit le montant des indemnités de départ des politiciens qui ne se font pas réélus, on parle de 22 millions d’euros pour les députés dans leur ensemble. Peut-être qu’ils devraient renoncé à un quart de leurs indemnités, on aura ainsi directement trouvé 5 millions d’euros et résolu le problème", conclut Jef Neve.